Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Ma mie

Featured Replies

Posté(e)

Ma mie, le sais-tu...

 

Que nos corps sont des cadavres en devenir ?

Nos chairs un sursis qui s’ignore, encore tiède ?

 

Chacun de nos pas dérange une odeur ancienne,

Cette odeur que le vivant feint de ne pas reconnaître.

 

Sous nos peaux, patiemment, veille la décomposition.

Longtemps, elle doit s'exercer avant de paraître.

Il lui faut tester à toute heure l'épaisseur des tissus.

Répéter le Grand Œuvre en silence, dans nos sommeils.

 

Tout en sachant l'inévitable fin, nos organes travaillent.

Nos cœur battent pour user ce qui s'obstine, non pour durer.

Les os supportent puis commencent à compter leurs fissures.

Et nos estomacs obèses digèrent la fatigue du monde.

 

Ce qui tient encore en nous se nourrit de ce que nous perdons.

À recycler les douleurs, à remâcher les mêmes souvenirs,

Nous devenons peu à peu une pauvre et lente charogne

Condamnée à vivre à perpétuité de ses restes intérieurs.

 

Dans nos sueurs partagées, une promesse de putréfaction.

 

Enlacés dans notre sommeil, il y a cette posture exacte

Que prendra le trépas avant le froid définitif des draps.

 

Dans nos salives mélangées, la mémoire d'eaux stagnantes.

 

Et quand enfin la nuit refermera sa bouche sur nos souffles,

Ce ne sera pas la mort qui viendra,

Mais ce cadavre que nous portions déjà,

Se servant dans nos restes avec la patience d’un affamé.

 

Ma mie, le savais-tu...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

"Des mots disposés pour atteindre leur but, c'est réussi.... peut-être, très cher", - aurait pu répondre cette douce amie.

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)

(∵) Wow! Ma parole, c'est Ronsard en version trash !!! Je dois avouer que toutes ces images créent un profond malaise chez moi ! C'est on ne peut plus véridique mais résolument très cru. Toute afféterie et toute sentimentalité doucereuse sont évidemment mises à part : mais un peu de douceur, cher @Eathanor , juste un peu de douceur dans ce monde si difficile à affronter pour la pauvre humanité que nous sommes ? 😉

Posté(e)

Un poème qui résonne comment une horloge impitoyable : 24 vers entre "Ma mie, le sais-tu..." et "Ma mie, le savais-tu...", 24 vers qui sonnent comme les 24 heures d'une journée... ou d'une vie !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des vers baudelairiens, @Eathanor Une conscience si aigue de la mort ....

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des vers nécrophages, j’adore !

Posté(e)

C'est du Baudelaire puissance 10

Posté(e)
  • Semeur d’échos

« Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. »…

Non seulement Baudelaire mais Pascal et Bossuet ont développé cette vérité…

Posté(e)

Votre texte @Eathanorassume pleinement son esthétique du dégoût amoureux, c'est ainsi que je l'interprète, dans la tradition d'un Baudelaire ("Une charogne") mais avec votre voix propre, plus introspective que descriptive. Un poème qui fait de l'amour une complicité dans la pourriture. Le "Ma mie..." adoucit le tout. C'est morbide, oui, mais aussi étrangement humain et intime.

Posté(e)
Il y a 20 heures, Eathanor a écrit :

Ma mie, le sais-tu...

 

Que nos corps sont des cadavres en devenir ?

Nos chairs un sursis qui s’ignore, encore tiède ?

 

Chacun de nos pas dérange une odeur ancienne,

Cette odeur que le vivant feint de ne pas reconnaître.

 

Sous nos peaux, patiemment, veille la décomposition.

Longtemps, elle doit s'exercer avant de paraître.

Il lui faut tester à toute heure l'épaisseur des tissus.

Répéter le Grand Œuvre en silence, dans nos sommeils.

 

Tout en sachant l'inévitable fin, nos organes travaillent.

Nos cœur battent pour user ce qui s'obstine, non pour durer.

Les os supportent puis commencent à compter leurs fissures.

Et nos estomacs obèses digèrent la fatigue du monde.

 

Ce qui tient encore en nous se nourrit de ce que nous perdons.

À recycler les douleurs, à remâcher les mêmes souvenirs,

Nous devenons peu à peu une pauvre et lente charogne

Condamnée à vivre à perpétuité de ses restes intérieurs.

 

Dans nos sueurs partagées, une promesse de putréfaction.

 

Enlacés dans notre sommeil, il y a cette posture exacte

Que prendra le trépas avant le froid définitif des draps.

 

Dans nos salives mélangées, la mémoire d'eaux stagnantes.

 

Et quand enfin la nuit refermera sa bouche sur nos souffles,

Ce ne sera pas la mort qui viendra,

Mais ce cadavre que nous portions déjà,

Se servant dans nos restes avec la patience d’un affamé.

 

Ma mie, le savais-tu...

Croître et pourrir … pour la chair

Vivre et grandir… pour l’esprit

Voici un poème tout à fait réaliste, implacablement lucide 😉

Posté(e)
  • Auteur
Le 05/01/2026 à 18:25, Nils Exo a écrit :

24 vers qui sonnent comme les 24 heures d'une journée... ou d'une vie !

Je me dois de saluer la sagacité de votre remarque @Nils Exo 👏

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une vision peu optimiste de la vitalité. Certes, esthétique est le rendu puisque le laid est indissociable du beau. Et c'est beau, dans la lignée de Baudelaire ou de Jarry, voire de Maurice Blanchot. La familiarité bonhomme de l'interpellation: "Ma mie le sais-tu" contraste avec l'horreur froidement décrite du constat: nous sommes des putréfactions sur patte. Finalement, cette délicatesse qui fait se pincer le nez est... d'un ange!?

Posté(e)

Quand on aime viscéralement la poésie, on doit savoir qu'elle n'est pas toujours là pour parler des fleurettes des champs, du soleil et autres merveilles ; qu'elle est là également pour exprimer d'autres versants, fussent-ils très abrupts ...

Le 05/01/2026 à 17:25, Eathanor a écrit :

Dans nos sueurs partagées, une promesse de putréfaction.

 

Enlacés dans notre sommeil, il y a cette posture exacte

Que prendra le trépas avant le froid définitif des draps.

Il y a là des images très fortes, très profondes, que chaque sensibilité de lecteur s'appropriera selon ce qu'il est prêt à affronter.

La lucidité est poussée à l'extrême : les draps sont le nid où l'on naît, où l'on aime, et également le linceul au froid définitif. La même posture exacte, in fine.

Posté(e)

En te lisant, me sont venus ces vers de Philippe Jaccottet :

" ...Et déjà notre odeur
est celle de la pourriture au petit jour,
déjà sous notre peau si chaude perce l’os,
tandis que sombrent les étoiles au coin des rues.

L’Effraie, 1953

Tes réflexions sont d'une lucidité froidement crue !

Posté(e)

Certes, un poème terrible, mais telle est la destinée des Hommes, et cela est imparable et bien exprimé.

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.