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Accents poétiques

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Continuum

Featured Replies

Posté(e)

Continuum


Quand la mer brise à blanc sur les écueils

le thésaurus des poètes prend l'eau


Vois les étoiles, ta mémoire en éclats

un village par le fond

les pierres tombent des nues

graines sur l'océan

de la pierre naît la vie, le feu

l'amour peut-être

de la vie surgit le singe, arbre pleurant

ainsi tomba le fou !

mais que germera de l'homme

accroché à la matrice des singes

dans le continuum des astres


Vois le vent poursuivre

marée à marée

une frégate de passions

une mère en penailles barre

contre vents et marées

la guerre engrène

arme et bagage

au moulin-rires d'enfants

un clairon sonne

les siècles des siècles


Le cercle de l'intelligence

atteint son paroxysme

la poésie faite consolation

mais faudra t-il qu'un cheval meure


L'ombre dansante sur les crêtes

sur le rude hiver

caressera la voûte constellées

de son château fondé de peine

un petit tas de neige bleue

un peu de sel à côté sur son banc

puis viendra quand il s'allonge, le jour

à l'angle de rivière

ce qu'il reste de chaud


Poser sa tête en dédicace

un oreiller sans écriture

y entrer par mégarde

par les toiles ouvertes

mille grains fugaces de folie

écouter l'âme incongrue d'elle-même

qui cogne comme fut la pensée

de la pierre dans la paume du fou

aujourd'hui ce moi de mental fondu

et qui ne connaît plus le monde


Ce sont des corps sans voix

qui se couchent sans draps

dans la parole 

comme lui amarré

au bord d'une autoroute

il tient la voix entre ses mains

c'est une question de température

une question de distance

le corps contient ces deux-là

âme témoin du dessein des étoiles

et le mot tient debout

jour et nuit

cherchant à tâtons le crayon

il tient éveillé dans le noir

on va faire du feu viens

on a peur de le perdre


Un loup veille au pas du troglodyte

il regarde les roses qui croassent

sur les chaumes 

comme sont les pierres

prêtes à voler

plus rien ne remue ciel et terre

plus rien ne creuse la tête de son bec

plus rien ne tourne les pages des sages

le loup dans la lune ne regarde pas

il est loin

juste posé sur son nom

il est la pierre seulement

la pierre qui semble se fendre

qui semble vouloir défendre tout ce qui la tient

la pierre qui se tient dans la pierre

et la pierre fend le cercle de la pierre

et le loup hurle dans le dedans

il hurle à l'au-delà du cercle du loup

une parturition à venir

avant que la terre à nouveau se referme


O toi amour qui dévoile

les arabesques de couleurs inconnues

à la porte de mon front,

qui de mon sang envoûte

les cavernes du ciel

sur le désert blanc et doux de la soif

donne-moi à goûter les fruits

innommables de l'hiver

il nous tarde d'ouvrir de nouveaux paradigmes

ad libitum

Il nous tarde que perdent les eaux les poètes




Modifié par O Salto

Posté(e)
  • Semeur d’échos

On prend le large à bord de vos vers comme on voyage en musique ou par les yeux.

il y a 15 minutes, O Salto a écrit :

O toi amour qui dévoile

les arabesques de couleurs inconnues

à la porte de mon front,

qui de mon sang envoûte

les cavernes du ciel

sur le désert blanc et doux de la soif

donne-moi à goûter les fruits

innommables de l'hiver

il nous tarde d'ouvrir de nouveaux paradigmes

ad libitum

Il nous tarde que perdent les eaux les poètes




Posté(e)
  • Semeur d’échos

Les images cosmiques sont superbes et la réflexion profonde, réelle, pousse à s'interroger.

Ce lyrisme puissant est de toute beauté et touche les cœurs.

Posté(e)

"le thésaurus des poètes prend l'eau"

"Il nous tarde que perdent les eaux les poètes"

Entre ces deux vers, votre poème traduit avec une grande puissance poétique le cheminement intérieur du poète, sa recherche de l’inspiration et sa rage de vouloir s'exprimer.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ce poème dense, inspiré, habité, à la fois cosmique et humain, qu’il faut lire plusieurs fois pour en apprécier les nuances, interroge la genèse et la chute, la pensée et la folie, la pierre et l’amour et se termine par une ouverture spirituelle. De la grande poésie moderne !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La fonction de la poésie m'apparaît ici comme mise en doute.

Elle est qualifiée de consolation , ce qui n’est pas sans amertume et le poète semble lutter contre cette réduction.

Il y a une urgence, une violence sous-jacente : mais faudra-t-il qu’un cheval meure ?

Cette image, peut-être une référence au cheval sacrifié de la création poétique, Pégase ?, suggère que la vraie poésie exige un coût, une rupture, et ne saurait se contenter d’être un simple palliatif.

Le désir final est explicite : il nous tarde que perdent les eaux les poètes.

Qu'ils accouchent donc, et sans césarienne ! ;)

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