Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Elégie du semblable

Featured Replies

Posté(e)

- C’est la saison la plus chaude de l’année, celle au cours de laquelle le blé mûrit au soleil et se ramasse sous notre labeur, courbés que nous sommes à ramasser ce qui en nourrira d’autres… Je ne sais pas si je dois dire que c’est ironique mais j’avais entendu dire que l’on avait froid au moment de mourir ; pourtant, moi, j’ai chaud, plus chaud encore que la pierre qui reste à brûler sous les rayons de Phébus. Adossé contre un mur de pierres, je contemple la terre à laquelle je suis attaché : je vois encore clairement, car ma vue baisse en même temps que ma vie !, le champ de blé où je me suis acharné des années mais je ne fais qu’apercevoir la petite chaumière que j’avais construite de mes mains et au sein de laquelle, je l’imagine, mon épouse fait cuire le pain pour notre enfant, un autre esclave qui, à son tour, en nourrira d’autres par son travail. J’essuie la sueur qui coule de mes yeux et qui se mélange à mes larmes même si je m’étais juré de ne pas pleurer au moment de mourir. Pourquoi d’ailleurs me fatiguer à de tels gestes ? Que la sueur coule, après tout mon sang coule aussi de ma blessure : c’est qu’il ne m’a pas manqué, le bourreau ! Que mes larmes coulent aussi, après tout ma vie coule en même temps qu’elles : c’est que son poignard m’a bien enfoncé les côtes ! J’ai beau poser la main sur ma blessure, elle n’apaise en rien les déchirements qui sont les miens et qui m’arrachent une sourde plainte à l’heure de la mort. Quel paradoxe ! Je contemple un champ que j’ai toujours détesté en raison de la condition qu’il m’imposait mais je ne peux m’empêcher de songer, encore une fois, à cette petite chaumière que j’ai construite. Est-elle encore là d’ailleurs ? Je ne le sais plus tant ma vue se floue de plus en plus en même temps que mon dos glisse le long des pierres, qu’elles peuvent m’agresser de leurs arêtes aiguës !, et que mon menton, petit à petit, se rapproche de ma poitrine. J’ai de plus en plus de mal à respirer mais non point à cause de la douleur : celle-là, je peux encore la supporter. Non ! C’est le cadavre de mon ignoble assassin qui pourrit à quelques mètres de moi qui me fait révulser de tout mon être ! Regardez-le, ce « Semblable », à peine plus âgé que mon garçon si j’en juge à son visage pubère et juvénile. Ses membres sont gracieux même dans la raideur de la mort. Il faut dire qu’il n’a point de blessure puisque je l’ai étouffé de mes propres mains quand il me sautait dessus, à l’improviste, pour me poignarder ! Et de tels hommes se prétendent guerriers ! Et de tels hommes se prétendent le rempart de leur cité ! Et de tels hommes se nomment entre eux les « Semblables » ! J’aurai au moins le plaisir d’en avoir ôté l’un d’eux à leur si chère cité ! Qu’elle pourrisse au-delà des eaux du Styx ! Et elle, et sa population, et son territoire ! Ses lois sont celles d’un chien laissé à la vie sauvage ! Le mien, que j’ai domestiqué avec la plus grande affection, valait bien mieux qu’eux tous ! Tiens, le vent agite la cape rouge de mon assaillant. Sa couleur lui sied mal, lui qui est si pâle ! Mais comme elle m’irait bien, moi qui brûle en mon cœur d’avoir vengé mes propres « Semblables » assassinés depuis des lustres ! Une idée me vient, peut-être est-elle folle mais l’approche de la mort ne mène-t-elle pas à la folie ? J’use de mes dernières forces pour me tirer jusqu’au cadavre, je lui retire, non sans peine, sa cape. Je m’en doutais : elle m’est trop petite mais je m’en contenterai. Après tout, qui n’est rien ne doit-il pas se contenter de peu ? Regarde-toi, maintenant, « Semblable » ! Ta décomposition a déjà commencé, la puanteur emplit mes narines malgré la fraîcheur du vent. N’as-tu donc pas songé, jeune imbécile, que nous étions, toi et moi, bien plus semblables que les tiens et toi ? Mais la mort ne nous égalisera pas, j’en fais le serment ! Mon ombre à jamais restera plus qu’une ombre, perdue dans les limbes des Enfers, et toi, seras-tu « Pair » ou « Tremblant » ?

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Texte plein d'une belle vigueur, bien qu'il y soit question d'agonie. Je ne peux m'empêcher de penser aux homoioi spartiates, durs à la souffrance. Et à ce poème symphonique philosophique de Richard Strauss, Mort et transfiguration (1889):

Posté(e)
  • Auteur
il y a 37 minutes, Thy Jeanin a écrit :

Texte plein d'une belle vigueur, bien qu'il y soit question d'agonie. Je ne peux m'empêcher de penser aux homoioi spartiates, durs à la souffrance. Et à ce poème symphonique philosophique de Richard Strauss, Mort et transfiguration (1889):

Je vous remercie, @Thy Jeanin, et c'est bien à Sparte que je faisais référence même si, dans le cas présent, les rôles sont inversés...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un beau texte, dense et profond. Une lecture prenante.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une agonie qui s’exprime et se prolonge au terme d’un drame antique où la vertu dispute à la sagesse de celui qui meurt dans ses dernières pensées, une fin d’opéra.

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.