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Elégie de l'olivier

Featured Replies

Posté(e)

- Père ! Il fait encore grand jour cet hiver, le soleil réussit à percer les ténèbres vespérales et je peux apercevoir à ma grande surprise notre olivier en fleurs !

- Fils ! répond le père d’une voix tremblotante, tu regardes sans doute mal et ce que tu prends pour une fleur n’est que l’ombre qui commence à se répandre malgré la clarté du jour restante.

- Père ! reprend le fils d’une voix pleine d’assurance, je te respecte mais je respecte encore plus comme tu me l’as appris l’autorité bienfaitrice et j’ai vu le bûcheron venir ce matin s’occuper de notre olivier.

- Fils ! répond le père d’une voix qu’il ne peut plus cacher, le bûcheron est venu, je te l’accorde volontiers, mais la fleur qu’il a observée, je suis au regret de te l’affirmer, n’était pas blanche mais noire comme la mort.

- Père ! reprend le fils d’une voix qu’il ne peut plus cacher lui non plus, je t’écoute mais n’entends pas ce que tu me dis : le bûcheron ne protège-t-il pas la vie ?

- Fils ! affirme le père, c’est un fait et je ne reviendrai pas là-dessus car le père se doit d’avoir des paroles claires à l’égard de ses enfants : oui, le bûcheron coupe mais soigne aussi.

- Père ! affirme le fils, je crains de trop comprendre ce que tu cherches à me cacher car si le bûcheron est venu ce matin, c’était donc pour couper la noirceur de la fleur de l’olivier malade ?

- Fils ! affirme le père, il est sans doute temps pour toi de grandir et grandir commence par admettre la cruelle vérité de la vie et de la mort. Oui, notre olivier est malade, le bûcheron me l’a dit il y a longtemps.

- Père ! affirme le fils, cet olivier a fondé notre jardin, toi-même l’as déclaré souvent en disant que, sans lui, tu ne serais pas devenu l’homme que tu es.

- Fils ! gronde le père d’une voix qu’il voudrait pourtant apaisante, cet olivier me fut cher pendant ma jeunesse et j’espérais qu’il accompagnerait ma vieillesse !

- Père ! gronde le fils d’une voix qu’il voudrait pourtant moins capricieuse, n’as-tu pas vu comme moi le bûcheron ce matin se diriger vers le jardin du bourgmestre dont l’olivier est plus noirci encore ?

- Fils ! apaise le père, c’est un fait et tu dois apprendre une nouvelle leçon aujourd’hui : l’homme qui sert servira toujours qui pourra lui assurer le meilleur salaire et la meilleure situation, c’est l’injustice.

- Père ! apaise le fils, toi aussi pourtant tu sers notre bourgmestre et jamais je ne l’ai entendu se plaindre de toi tandis qu’il a plus d’une fois sermonné le bûcheron.

- Fils, c’est la dure loi de la vie !

- Non, c’est la raison du plus fort !

- Fils, nous ne sommes rien !

- Non, nous faisons tout !

- Fils, je ne t’ai pas élevé pour insulter !

- Non, tu m’as élevé pour être un homme !

Et sans un regard pour son géniteur, le jeune citoyen s’approche de l’olivier aux fleurs duquel les lueurs de la fin du jour donnent un semblant de couleur d’or.

A la vue, à l’odorat, au toucher, il a compris la moisissure et la mort prochaine, non de la fleur, mais de l’arbre tout entier et, avec lui, du jardin de son enfance et de sa rapide vie d’adulte.

Aussi se saisit-il de lui-même d’une fleur plus noircie que les autres et l’écrase-t-il dans un récipient en bois qu’il garde pour boire mais ce n’est pas d’eau qui le remplit mais de crachats et d’injures.

- Cette fontaine, s’exclame le pubère révolté, je l’offrirai à notre bourgmestre et il en tombera malade, comme l’olivier que j’ai chéri depuis mon enfance et qui me protégeait de son ombre apaisante.

- C’est une autre ombre qui t’attend, mon fils, tente une dernière fois celui qui n’est plus un père, car notre bourgmestre est comme tous ceux qui ont le pouvoir : il ne laissera rien passer, encore moins une tentative d’assassinat.

- Qui te parle d’assassinat, mon père ?, tente une dernière fois celui qui n’est plus un fils : l’hilote à Sparte s’est bien rebellé contre ceux qui prétendaient faire de leur corps le rempart de leur cité, qu’il en soit ainsi du corps de notre bourgmestre !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un dialogue dramatique où s'affrontent les visions de deux générations opposées. Voilà qui est bien mené. Je ne sais s'il faut tirer une morale, mais le parallèle des deux discours me fait penser au symbolisme de Maeterlinck.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit allégorique très prenant, une quête de savoir et de sagesse subtile dont on espère qu'elle aura une suite !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

En résumé, cette élégie est bien plus qu’un adieu à un arbre : c’est le récit d’une initiation douloureuse et d’une transgression qui sépare à jamais un fils de son père.

Le fils rejette la soumission du père “la dure loi de la vie” et choisit l’action radicale, s’inspirant de la révolte des hilotes de Sparte. Le geste final "broyer la fleur noircie dans un mélange de crachats et d'injures" est un acte symbolique de vengeance et de rupture.

Je suis surprise que vous ayez choisi l'olivier : il évoque la paix, la rédemption et l'esprit de renouvellement.

Il est lié à d'innombrables récits bibliques, symbolisant la miséricorde et la paix divine, et honoré par les branches d'olivier portées lors de cérémonies liturgiques.


Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le style du dialogue entre père et fils m’a d’abord fait penser au Roi des Aulnes, mais le texte s’avère finalement freudien traduisant le rejet des valeurs traditionnelles et le meurtre symbolique du père.

Posté(e)
  • Auteur
Il y a 18 heures, Joailes a écrit :

En résumé, cette élégie est bien plus qu’un adieu à un arbre : c’est le récit d’une initiation douloureuse et d’une transgression qui sépare à jamais un fils de son père.

Le fils rejette la soumission du père “la dure loi de la vie” et choisit l’action radicale, s’inspirant de la révolte des hilotes de Sparte. Le geste final "broyer la fleur noircie dans un mélange de crachats et d'injures" est un acte symbolique de vengeance et de rupture.

Je suis surprise que vous ayez choisi l'olivier : il évoque la paix, la rédemption et l'esprit de renouvellement.

Il est lié à d'innombrables récits bibliques, symbolisant la miséricorde et la paix divine, et honoré par les branches d'olivier portées lors de cérémonies liturgiques.


C'est justement en raison du caractère très symbolique de l'olivier que j'ai choisi cet arbre : sa maladie symbolise la corruption du monde dans lequel le fils devra vivre.

Je laisse par ailleurs la fin volontairement ouverte pour laisser le lecteur s'interroger sur la légitimité de la révolte de ce dernier mais la dimension collective, avec la référence aux hilotes, est bien présente.

Posté(e)

Belle fable philosophique entre un père qui incarne la résignation ( l'homme qui sert....) et le fils la contestation ( hilote de Sparte, figure de l'opprimé qui se soulève) . L'olivier, symbole de la paix, est malade et mourant, comme la société. Dialogues en escalade émotionnelle jusqu'à la rupture : très prenant!!

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