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Le manteau aux mille étoiles (2/2)

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

          Le jeune garçon était ébahi. Son cœur battait la breloque ! « Que dois-je faire ? demanda-t-il. Rien ne m’est impossible pour mériter un tel présent. – Tu dois, reprit l’elfe en chatouillant sa barbiche blanche, tu dois : en premier lieu, courir jusqu’aux proches montagnes, enneigées et déchiquetées (les vois-tu, là-bas ?), leur parler et les persuader de s’assoupir. Puis tu iras jusqu’au rivage du tumultueux océan et, pareillement, tu le convaincras de s’endormir. Enfin, tu invoqueras le ciel lui-même et tu l’amèneras lui aussi à basculer dans le sommeil. » Et l’elfe disparut.

 

          Le lendemain, à la première heure, notre jeune garçon quitta discrètement le logis familial. Il courut à travers la plaine et gagna les montagnes escarpées qu’il gravit jusqu’aux cimes les plus vertigineuses. « Ô montagnes ! clama-t-il alors. Que cherchez-vous à absorber le ciel, avec vos ravins sans fond et vos aiguilles de lys ? – Et pourquoi ne chercherions-nous pas à engloutir le ciel, ou à le mordre ? répliquèrent ces dames de glace. – Parce qu’il est inaccessible. – Comment ? Ces collines blanches et cotonneuses, sans cesse changeantes au-dessus de nos têtes, ne pouvons-nous les réduire en poussière ? – Non, insensées montagnes, car ce sont des nuages d’eau et de brume et que leurs flancs redondants vous bernent… »

 

          Il n’eut pas le temps d’achever que les montagnes, résonnant de soupirs, vinrent à tomber dans un profond sommeil. Notre jeune garçon, alors, courut à toutes jambes jusqu’aux rives de l’océan grondant : « Ô grave océan, lui dit-il, que cherches-tu, par tes ridicules flux et reflux, à atteindre le ciel ? – Comment, dit l’océan, je ne pourrais donc pas un jour caresser le ciel ? – Non, car cette mer d’azur n’est faite que d’air, de vent et de vide, d’impalpable… »

 

          Aussitôt, ayant calmé ses flots écumeux, l’océan s’endormit. Le jeune garçon alors regagna aussi vite qu’il put à la plaine et, s’arrêtant au milieu des champs et des vergers, il leva les yeux vers les nues. « Ô ciel paresseux ! dit-il. Que cherches-tu à dresser les montagnes, à gonfler les flots marins et à sécher la rosée de nos plaines ! – Et pourquoi ne le ferais-je pas, tonna le ciel. – Parce que les montagnes sont figées et que l’océan monte sans cesser. Ronde est notre sphère aux verts plaisirs. Et toi, qu’es-tu sinon le zéphyr de ses doux soupirs ? »

 

          Cette fois, non seulement le ciel glissa dans le sommeil, mais il sembla complètement disparu, tant l’air ambiant était devenu léger et limpide. Fou de joie, notre jeune homme courut dans la ville jusque chez lui et gagna sans mot dire sa chambre. L’elfe l’attendait, debout sur la table de chevet de son lit. « Tu as réussi ! » constata-t-il. Sans rien ajouter, il lui fit présent de la baguette d’argent. A peine le garçon l’eut-il bien en main qu’il se trouva vêtu, à la place de ses haillons, d’une magnifique pièce de manteau ocre, plus douce que velours, satin et feutre, resplendissante, étincelant à tel point que la mère et la sœur, accourues dans l’intention de le punir de son absence, furent aveuglées pour le restant de leurs jours. Et, déjà, lorsque disparut l’elfe, emportant sa baguette d’argent devenue inutile, le jeune homme vit apparaître à travers le tissu, les premières étoiles galactiques, tandis que pulsaient sur ses épaules d’orgueilleuses épaulettes d’or.

 

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Tout est bien qui finit bien, sauf pour la petite famille de ce jeune sorcier en herbe ("Familles, je vous hais", disait Gide) !

Ah ! La pensée magique ! Il n'y a que ça de vrai !

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un final éblouissant où la poésie triomphe de l'injustice.

Le jeune héros, par la seule force de sa parole et de sa justesse, obtient une rédemption magique : le manteau retrouvé devient symbole de lumière et de dignité, aveuglant ceux qui l'avaient spolié.

Le conte s'achève dans une douce et éclatante vengeance.

Je cherche la morale ...


Posté(e)

Aaahh que je l'attendais cette suite! Très belle histoire qui m'a tenue en haleine, et belle fin réjouissante pour notre jeune garçon!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un conte philosophico-poétique qui semble prédire un avenir doré à l’humanité qui domptera la nature. C’est plutôt rassurant.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos
Il y a 14 heures, Joailes a écrit :

Je cherche la morale ...

Moi aussi... Ce conte date de ma jeunesse. Je crois qu'il a quelque chose à régler avec la psychanalyse. C'est très anti-oedipien... 🤓

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)

J'ai bien fait de patienter avant de lire la suite (😉), elle le méritait ! Le jeune garçon use d'une parole fort sage, c'est une leçon pour nous tous !

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