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L'archiviste des oublis

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je suis celle qui tient le registre des choses mortes,
gardienne du musée des lumières éteintes
j'archive le parfum des roses éphémères
et le son des adieux qui hantent les enceintes.

Mes mains sont les récifs où viennent s'échouer
les derniers mots que l'on n'a jamais prononcés
ces je t'aime restés en gorge, naufragés,
dans le port sans bateau du futur renoncé.

Je collectionne l'heure où le thé refroidit
dans la tasse qui attend une main qui ne vient pas.
L'empreinte sur l'oreiller que la nuit a trahi,
et l'écho d'un rire qui ne reviendra pas.

J'entends le grésillement du poste de radio
qui diffuse en creux le silence d'une voix.
Je garde le ticket du dernier cinéma,
les deux places pour un film qui n'aura pas lieu.

Mon royaume est le lieu des ombres imparfaites,
le reflet dans le miroir qui se souvient de toi,
la poussière qui danse dans les rais de fenêtres

qui restent closes par peur du vide et du froid

Je suis le scribe pâle des amours inabouties,
celui qui verse l'encre qui pâlit sur le mot
le gardien du dernier soleil qui se meurt,

la mémoire d'un nom que tout le monde oubliera.

Car la pire des tristesses n'est pas dans la tempête,
mais dans le gris silence qui suit les grands départs.
C'est l'absence de l'absence, le vide qui s'arrête,
et le monde, indifférent, qui continue sa part.

(joailes -) 24 septembre 2025 - 23h 22

Posté(e)

J'étais à deux doigts moins cinq d'entamer ainsi mon commentaire : "Mais vous faites dans l'humour, le gai, le joyeux !?!". Puis, non, je renonce. Je renonce à prendre le contre pied de ces moments de renoncements, ces avortons avortés de volonté qui allait le faire, le faire très très bientôt. Je vous enverrai peut-être, quelques lettres mortes nés pour des amoureux disparues, dont les enveloppes ruissellent encore sur un coin de mon vieux bureau sur lequel je dois passer la poussière.

J'ai une liste de dates du plus bel effet, évoquant ces faux départs pour la plage, et ces véritables procrastinations bullistiques de canapé. Ou de fauteuil. Non, ne regarder pas sous le fauteuil, l'abandon totale du ménage à une gente à 8 pattes appelée à reigner sur un monde sombre et poussiéreux qui ressemblerait à s'y méprendre à un de ces mall états-uniens loin de toute présence humaine.

Je dois aussi avoir quelques bouts de bois de beau séchage en attente de sculpture. Je crois que le temps sera plus prompt que moi à œuvrer sur cette écorce vermoulue.

Appelez-moi quand vous voulez pour que je vienne enrichir votre collection de mes non-aboutissement. Mais pas cette semaine, ni lundi qui vient. La vie m'attend

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L’attente d’un cœur aimant resterait elle toujours en attente, chère @Joailes ?

Un poème aux images simples qui touchent profondément…

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des mots soyeux et fluides pour une tendre mélodie en doux désenchantement.

Pas de résignation amère, juste une acceptation de l'inéluctable, nulle révolte, juste un constat, solitaire et poignant.

Les ombres sont douces en tes murs, Joailes, mais sans retour...

Posté(e)
Il y a 8 heures, Joailes a écrit :

Je suis celle qui tient le registre des choses mortes,
gardienne du musée des lumières éteintes
j'archive le parfum des roses éphémères
et le son des adieux qui hantent les enceintes.

Mes mains sont les récifs où viennent s'échouer
les derniers mots que l'on n'a jamais prononcés
ces je t'aime restés en gorge, naufragés,
dans le port sans bateau du futur renoncé.

Je collectionne l'heure où le thé refroidit
dans la tasse qui attend une main qui ne vient pas.
L'empreinte sur l'oreiller que la nuit a trahi,
et l'écho d'un rire qui ne reviendra pas.

J'entends le grésillement du poste de radio
qui diffuse en creux le silence d'une voix.
Je garde le ticket du dernier cinéma,
les deux places pour un film qui n'aura pas lieu.

Mon royaume est le lieu des ombres imparfaites,
le reflet dans le miroir qui se souvient de toi,
la poussière qui danse dans les rais de fenêtres

qui restent closes par peur du vide et du froid

Je suis le scribe pâle des amours inabouties,
celui qui verse l'encre qui pâlit sur le mot
le gardien du dernier soleil qui se meurt,

la mémoire d'un nom que tout le monde oubliera.

Car la pire des tristesses n'est pas dans la tempête,
mais dans le gris silence qui suit les grands départs.
C'est l'absence de l'absence, le vide qui s'arrête,
et le monde, indifférent, qui continue sa part.

(joailes -) 24 septembre 2025 - 23h 22

Une merveille 🤩💫

que dire de ce mouvement où tu m’entraînes Joailes sur ce déroulement où l’imaginaire subtil prend place, tu es un scribe oui ta lecture est un chemin par ( parchemin) 🙃lequel tu m’envoies au sein de ton univers , l’espace d’un instant tu l’ouvres à cette grâce mystérieuse où les mots sont des ponts , abolissant les frontières, je me sens invitée et me rapproche de toi , merci pour ce registre des « choses mortes » qui nous maintiennent bien lucides dans le monde vivant de ce qui est en bordure , de tout ce qui passe et nous échappe 😌💫

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un poème qui est aussi une méditation émouvante dans laquelle transparaît la douleur infinie de l’absence, peuplée de « choses mortes », de «  roses éphémères », de «  je t’aime naufragés », de la mémoire fragile des « amours inabouties » qui débouche sur le « vide » et le « gris silence », mais tout commentaire reste en deçà de la beauté des vers qui nous touche en elle-même.

Posté(e)

Ecrire quoi ? N'importe quoi... Laisser la vague recouvrir la lecture, et puis fermer la porte doucement...

" Car la pire des tristesses n'est pas dans la tempête,
mais dans le gris silence qui suit les grands départs.
C'est l'absence de l'absence, le vide qui s'arrête,
et le monde, indifférent, qui continue sa part "

Amitié

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Cette archiviste collecteur de l'ineffable en creux me touche en plein cœur. Les images que tu as choisies sont toutes déchirantes et - telle est l'âme humaine - cette déclinaison des absences fait presque du bien, signe d'une prise de conscience, celle de la fatuité d'espérer du destin autre chose que... rien. Quand on n'attend rien, on échappe à la déception, Règle première d'une attitude stoïque. Mais tu collectes ce fardeau d'absences avec une résignation proche de l'illumination. C'est ce qui est beau.

Posté(e)

Les oublis archivés ne sont plus des oublis mais des souvenirs.

Un inventaire de tout ce qu'il ne faut pas oublier et que vous avez mis en vers avec votre talent habituel.

Posté(e)

@Joailes tu dresses ici un magnifique monument à l'éphémère dans ta langue traversière des rudesses de la vie et tes mots qui donnent corps à toutes les absences 💛💫

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une approche originale de l'oubli, des oublis qui au fond ne meurent jamais@Joailes

A chaque vers se lit ton émotion car les oublis sont si présents...

Tes deux derniers vers ont une telle intensité, @Joailes comme si tu allais au bout de l'oubli, au bout du bout...

Ils m'ont particulièrement touchée...

Une réflexion intense et profonde.

Posté(e)

J'ai trouvé ce poème magnifique et touchant. Nous lisons un peu le journal intime d’un conservateur de musée qui aurait un goût très prononcé pour les chaussettes orphelines et les tasses de café froid ! 🙂

Sérieusement, si un jour vous cherchez vos tickets de cinéma, vos oreillers chiffonnés ou même vos théières abandonnées… ne cherchez plus : l’archiviste a tout planqué dans ses rayonnages. C’est le gardien officiel de la salle des objets tristes de la vie quotidienne mais présenté avec une telle poésie que nous ne pouvons que fondre.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos
Posté(e)

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