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Insomnie

Featured Replies

Posté(e)

Les nuits sont longues quand le sommeil se refuse.

Pour apaiser mes insomnies, nous voici engagés sur un chemin boueux, semé de pierres.

Des engins de chantier frôlent notre passage, menaçants, pour nous engloutir. Arrivés sur cette longue plage de sable blanc, la dune s’élève jusqu’au bord des flots.

Je m’y assieds, mais le sable s’enfonce sous moi comme des sables mouvants.

Au loin, sur la gauche, une montagne se dresse. Je sais que c’est un volcan. Un terrible volcan.

Mes fils dévalent les dunes, roulent jusqu’à la mer. Le sable s’effondre sous eux, projetant des nuées vers le ciel, comme des avalanches inversées.

Soudain, je suis dans l’eau. Je lutte pour regagner la terre ferme, je m’agrippe, je remonte.

Sur la plage, des instruments de mesure sont plantés dans le sable. Je comprends que nous sommes sur un site interdit, dangereux. Le volcan est jeune et le paysage entier instable, prêt à se transformer.

Je tente de rassembler Tout Le Monde pour fuir cet endroit pernicieux.

Nous franchissons une première porte, un sas qui s’ouvre sur une pièce. Un gaz, invisible, semble altérer nos esprits, nous anesthésier.

Une femme apparaît, se dit scientifique. Elle nous réprimande, nous tend une éprouvette contenant un liquide pâle — du vin blanc, prétend-elle, censé nous aider à avancer. Alors je sens le piège : c’est du poison. Je préviens les autres, et nous poursuivons notre fuite, franchissant porte après porte.

Étourdis, haletants, nous atteignons enfin le dernier portillon.

Mais mon père et Bastien ne sont plus là. Je rebrousse chemin pour les récupérer.

J’appelle Pol. Dans cette salle aux multiples entrées, je l’entends murmurer « ici », mais je ne le vois pas. Je colle mon oreille aux cloisons, j’ouvre chaque porte. Je le trouve et le soutiens vers la sortie.

Bastien manque encore.

Je retourne dans les profondeurs.

Dans une pièce, je le découvre étendu au sol, suffocant. Sa bouche est béante, son corps flasque.

La scientifique m’explique que le gaz provoque des arrêts cardio-vasculaires. Je le prends dans mes bras. Dans un ultime souffle, il me dit que je l’ai abandonné, qu’il m’aime.

Je décide de le porter jusqu’à la sortie. Je choisis de ne pas chercher davantage mon père. Il va mourir, de toute façon.

Je franchis le dernier seuil.

Et soudain, tout s’efface.

Le noir. Le vide. Du rouge écarlate.

Je me réveille.

Mais mon corps ne répond pas. Je ne réussis plus à remuer mes jambes. Mes yeux sont ouverts, fixés au plafond. Une chape invisible m’écrase. Mon cœur bat trop fort, trop vite. Je suis encore là-bas, dans le sable, dans le gaz, dans la perte.

La pièce est familière, mais étrangère. Mon lit, mes murs, la lumière du matin. Et pourtant, je suis prisonnière. Mon esprit hurle, mais ma bouche reste close. Je veux me lever, crier — rien ne vient.

La paralysie du sommeil.

Elle porte le fardeau du rêve, le poids de Bastien, elle porte aussi mon père que je n’ai pas sauvé.

Je reste là, figée, entre deux mondes. Le volcan est en moi, encore actif. Il remue mes peurs et mes regrets.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit qui touche les cœurs entre rêve et cauchemar, entre souvenirs et remords...

Une confession-confidence peut-être sous le vêtement du conte fantastique.

Posté(e)

Voilà une écriture libératrice. Sous le chaos des mots, sous la tension palpable du cauchemar, se cachent les cicatrices humaines. Pas de laxité. La nervosité, l'angoisse de la narratrice posent les cailloux façon petit poucet d'une délivrance, d'un chemin expiatoire.

La conclusion du texte, par ailleurs, en est le reflet.

Joli chemin torturé. J'aime cette fièvre dans l'écriture.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une nuit blanche bien noire!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une insomnie ? Plutôt un sommeil paradoxal cauchemardesque.

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