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Le nounours

Featured Replies

Posté(e)

Une jolie fillette au regard malicieux 

Adorait un nounours qui la couvait des yeux. 

Elle le dorlotait comme un petit enfant,

Lui, la réconfortait quand venait le couchant. 

Ils s'aimaient. Tous les jours, c'était touchant à voir 

Deux êtres pelucheux se serrant dans le noir. 

Ils se parlaient gaiement, chuchotaient des secrets,

La maîtresse expliquait, parfois même grondait 

Lorsque son élève faisait la sourde oreille...

-"Bon, tu seras privé de gelée de groseilles!...

Disait-elle. Ils formaient un duo si charmant!

Nous étions fascinés, nous les autres, les grands. 

Ce familier théâtre expulsait nos soucis,

Transformait la maison en un kiosque à grigri. 

Devant ce doux manège au milieu du salon,

Nous nous interdisions l'âcre télévision,

L'ogre écran monstrueux dévoreur de comptines 

Qui dit toujours des "chut" lorsque saute une mine...

Quel bonheur! Ils s'embrassaient sous chaque nuage,

Si le ciel était bleu, ils partaient en voyage,

Pas un frisson d'amour ne manquait à l'appel,

Ils ne se quittaient plus et partageaient leur miel. 

Ainsi passaient les jours loin des graves tourments

Et cette poésie comblait les grands-parents.

Même monsieur Hugo cognait à notre vitre,

Le coeur en mercredi voulant faire le pitre. 

On riait. Les corps fatigués prenaient des ailes,

Oubliaient un instant les symptômes cruels,

Le verdict du grand âge et son cortège odieux 

Quand les médicaments sont à la queue-leu-leu. 

Papy souffrait d'un mal plus taiseux qu'un mystère. 

Plus proche de l'enfant qui nimbait la grand-mère,

Elle était son rayon, son jardin, sa fontaine,

Sa simple apparition guérissait ses migraines,

Effaçait la douleur sur son ardoise noire. 

Du coup, la maladie se cachait dans l'armoire,

Demeurait quelque temps parmi les lourds dossiers 

Mais tout en conservant précieusement la clef. 

Il partit. Ce fut un drame pour la fillette. 

Celui qui faisait rire avec une allumette,

Ce conteur magicien, ce savant jardinier,

Là-haut au Paradis taillait déjà les haies. 

Vivre sans le grand-père ancrait l'inconcevable. 

Elle avait son nounours toujours aussi aimable. 

Témoin de la tristesse et des pleurs de mamie,

Émue par le chagrin et l'amour d'une vie,

Le deuil, la solitude et les vêtements noirs,

L'enfant eût cette idée pour vaincre un désespoir:

-Mamie, ne t'en fais pas, à partir d'aujourd'hui,

Je te donne nounours pour remplacer papy!..."

Posté(e)

Un texte qui m'a touchée, je songeais au début du poème à "l'art d'être grand père " et soudain je tombe sur ce passage qui me ravit " Même Monsieur Hugo cognait à notre vitre ", à travers ce poème j'ai retrouvé la tendresse, la douceur du grand écrivain et poète, complice de ses petits enfants, je suis persuadée qu'il aurait apprécié cette poésie. la fin est l'élan du cœur de cet enfant : " Mamie, ne t'en fais pas, à partir d'aujourd'hui, je te donne nounours pour remplacer papy !..."

Posté(e)
  • Auteur
il y a 6 minutes, Fleur de poème a dit :

Un texte qui m'a touchée, je songeais au début du poème à "l'art d'être grand père " et soudain je tombe sur ce passage qui me ravit " Même Monsieur Hugo cognait à notre vitre ", à travers ce poème j'ai retrouvé la tendresse, la douceur du grand écrivain et poète, complice de ses petits enfants, je suis persuadée qu'il aurait apprécié cette poésie. la fin est l'élan du cœur de cet enfant : " Mamie, ne t'en fais pas, à partir d'aujourd'hui, je te donne nounours pour remplacer papy !..."

Hugo est omniprésent dans ce poème. Je voulais lui rendre hommage. Le texte s'est aussi inspiré d'une histoire vraie. 

Merci à vous infiniment. 

Posté(e)

Cela peut paraître peu, mais je ne vois pas d'autres mots pour exprimer ce que je pense de ce texte, mon préféré de vous je crois: J'ADORE.

Posté(e)

Très émouvant Frédéric. Très juste ce regard d'enfant et cette présence au monde avec les adultes et leurq soucis et la réalité qui frappe. 

Ça me fait penser à un joli texte de Colette dans la Lanterne magique, Fantômes, je crois. 

La chute de ton texte est poignante. Bravo !

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

On ne peut qu'être touché par ce genre de poème et l'émotion va crescendo jusqu'à cette chute qui met une boule dans la gorge. Merci. 

Posté(e)

😮 Bon, je vais être dithyrambique mais votre poème est une éclatante réussite Frédéric, avec une chute qui ne peut que nous saisir.

Posté(e)

C'est un très beau travail d'écriture, sorte de conte pour enfant. On y retrouve de la délicatesse, de la pudeur, des sentiments simples, de l'intergénérationnel, de la tristesse et de la joie, en somme, toute une vie, taillée comme un bijou à hauteur d'homme!

Posté(e)
  • Auteur
Il y a 1 heure, Seawulf a dit :

C'est un très beau travail d'écriture, sorte de conte pour enfant. On y retrouve de la délicatesse, de la pudeur, des sentiments simples, de l'intergénérationnel, de la tristesse et de la joie, en somme, toute une vie, taillée comme un bijou à hauteur d'homme!

Merci seawulf votre commentaire me va droit au coeur. 

 

Posté(e)

@Frédéric Cogno J'arrive après tous les beaux commentaires mérités. Ce texte est superbe, l'écriture est fluide, la technique de versification est magistrale... Bravo !

Comme j'ai définitivement chassé la jalousie de mes sentiments, je ne peux qu'être admiratif.

Posté(e)

entre vous et la poésie, un enchantement mutuel de rébellion et de paix, que vous seul connaissez la profondeur! suis toute émue par votre poésie.

Posté(e)
  • Auteur
Il y a 1 heure, Camine a dit :

entre vous et la poésie, un enchantement mutuel de rébellion et de paix, que vous seul connaissez la profondeur! suis toute émue par votre poésie.

 

Merci Camine.

Je suis très touché 

Posté(e)

J'aime beaucoup, très émouvant où on peut se retrouver. A défaut d'un nounours j'ai une casquette en velours noir. Oh combien je bois ces vers tellement près de nos vies et nos absences

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