Poésie
183 poèmes dans cette catégorie
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Où repose un grand homme, un dieu vient habiter. Tu me l’as fait sentir, j’ose t’en attester, Île des peupliers ; toi, qui m’as vu descendre Te demandant Rousseau dont tu gardes la cendre. Oh ! Comme à ton aspect s’émurent tous mes sens ! Quelle douleur muette étouffa mes accents ! Combien je vénérai, combien me parut sainte L’ombre des verts rameaux qui bordent ton enceinte ! Cette île était un temple ; et de mes tristes yeux Tandis que s’échappaient des pleurs religieux, Rousseau, je crus, pen
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Chute des reins, chute du rêve enfantin d’être sage, Fesses, trône adoré de l’impudeur, Fesses, dont la blancheur divinise encor la rondeur, Triomphe de la chair mieux que celui par le visage ! Seins, double mont d’azur et de lait aux deux cîmes brunes, Commandant quel vallon, quel bois sacré ! Seins, dont les bouts charmants sont un fruit vivant, savouré Par la langue et la bouche ivres de ces bonnes fortunes ! Fesses, et leur ravin mignard d’ombre rose un pe
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L'une avait quinze ans, l'autre en avait seize; Toutes deux dormaient dans la même chambre. C'était par un soir très lourd de septembre : Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraise. Chacune a quitté, pour se mettre à l'aise, La fine chemise au frais parfum d'ambre. La plus jeune étend les bras et se cambre, Et, sa sœur, les mains sur ses seins, la baise, Puis tombe à genoux, puis devient farouche Et tumultueuse et folle, et sa bouche Plonge sous l'or blond, dans les ombres grises; Et l
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Princesse ! à jalouser le destin d'une Hébé Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres, J'use mes feux mais n'ai rang discret que d'abbé Et ne figurerai même nu sur le Sèvres. Comme je ne suis pas ton bichon embarbé, Ni la pastille ni du rouge, ni Jeux mièvres Et que sur moi je sais ton regard clos tombé, Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres ! Nommez-nous... toi de qui tant de ris framboisés Se joignent en troupeau d'agneaux apprivoisés Chez tous br
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Dans Sainte-Pélagie, Sous ce règne élargie, Où, rêveur et pensif, Je vis captif, Pas une herbe ne pousse Et pas un brin de mousse Le long des murs grillés Et frais taillés. Oiseau qui fends l'espace... Et toi, brise, qui passe Sur l'étroit horizon De la prison, Dans votre vol superbe, Apportez-moi quelque herbe, Quelque gramen, mouvant Sa tête au vent ! Qu'à mes pieds tourbillonne Une feuille d'automne Peinte de cent couleurs, Comme les fleurs ! Pour que mon âme triste Sache encor qu'il exi
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Étoile de la mer voici la lourde nappe Et la profonde houle et l’océan des blés Et la mouvante écume et nos greniers comblés, Voici votre regard sur cette immense chape Et voici votre voix sur cette lourde plaine Et nos amis absents et nos cœurs dépeuplés, Voici le long de nous nos poings désassemblés Et notre lassitude et notre force pleine. Étoile du matin, inaccessible reine, Voici que nous marchons vers votre illustre cour, Et voici le plateau de notre pauvre amour, Et voici l’océan de not
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Tendre, la jeune femme rousse, Que tant d'innocence émoustille, Dit à la blonde jeune fille Ces mots, tout bas, d'une voix douce : « Sève qui monte et fleur qui pousse, Ton enfance est une charmille : Laisse errer mes doigts dans la mousse Où le bouton de rose brille, Laisse-moi, parmi l'herbe claire, Boire les gouttes de rosée Dont la fleur tendre est arrosée, – « Afin que le plaisir, ma chère, Illumine ton front candide Comme l'aube l'azur timide. »
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Quand on est heureux, on n’a pas d’histoire. On se cache, on s’aime à l’ombre, tout bas ; Rien de glorieux, pas de fait notoire ; Le monde oublié ne vous connaît pas. Si quelqu’un pourtant, avec un sourire. Dit, en vous voyant fuir l’éclat du jour : «Ce sont des hiboux !» eh bien, laissez dire… Ce sont des oiseaux éblouis d’amour. Quand le baiser fait la parole vaine, On s’en va, muets, dans les grands prés verts. — Loin de mon bonheur, je fixe ma peine Sur l’émail fr
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Quand reviendra l'automne avec les feuilles mortes Qui couvriront l'étang du moulin ruiné, Quand le vent remplira le trou béant des portes Et l'inutile espace où la meule a tourné, Je veux aller encor m'asseoir sur cette borne, Contre le mur tissé d'un vieux lierre vermeil, Et regarder longtemps dans l'eau glacée et morne S'éteindre mon image et le pâle soleil.
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Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, devisant et filant, Direz chantant mes vers, en vous émerveillant : Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, Déjà sous le labeur à demi sommeillant, Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant, Bénissant votre nom de louange immortelle. Je serai sous la terre, et, fantôme sans os, Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ; Vous serez a
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Déjeuner ou dîner, Dîner ou déjeuner, Ce n'est pas ça ma joie, Mais c'est, sans qu'on me voie, D'emporter mon goûter dehors. Chic, alors ! Au fond du jardin où je sors, A l'abri des plus belles branches, Entre des fleurs roses et blanches, Je mange mon pain que voilà Et mon bâton de chocolat. Et si je fais quelque bêtise, Aucune voix qui dise : "Ote ton coude !... Tiens-toi bien !... Si tu parles, tu n'auras rien !" personne ne me gronde. Je me sens seul au monde Dans l'ombre du sapin, Seul avec
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Des roses sur la mer, des roses dans le soir, Et toi qui viens de loin, les mains lourdes de roses ! J’aspire ta beauté. Le couchant fait pleuvoir Ses fines cendres d’or et ses poussières roses... Des roses sur la mer, des roses dans le soir. Un songe évocateur tient mes paupières closes. J’attends, ne sachant trop ce que j’attends en vain, Devant la mer pareille aux boucliers d’airain, Et te voici venue en m’apportant des roses... Ô roses dans le
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Ses purs ongles très-haut dédiant leur onyx, L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore, Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix Que ne recueille pas de cinéraire amphore Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx, Aboli bibelot d'inanité sonore, (Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.) Mais proche la croisée au nord vacante, un or Agonise selon peut-être le décor Des licornes ruant du feu contre une nixe, Elle, défunte nue en le miroir
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Tu te tairas, ô voix sinistre des vivants ! Blasphèmes furieux qui roulez par les vents, Cris d'épouvante, cris de haine, cris de rage, Effroyables clameurs de l'éternel naufrage, Tourments, crimes, remords, sanglots désespérés, Esprit et chair de l'homme, un jour vous vous tairez ! Tout se taira, dieux, rois, forçats et foules viles, Le rauque grondement des bagnes et des villes, Les bêtes des forêts, des monts et de la mer, Ce qui vole et bondit et rampe en cet enfer.
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Ce que je cherche en toi ce n’est pas de l’ivresse, Ni l’assouvissement d’un désir insensé ; Ma main na pas de feu lorsque ta main la presse, Mon front ne brûle pas où ton souffle a passé. Mes yeux qui n’ont des tiens point cherché la caresse, Ignorent si l’azur en est clair ou foncé ; Mais près de toi mon cœur a la douce paresse Et l’envahissement du souhait exaucé. D’autres voudront sans doute essayer de le lire Ce livre de ton cœur que je n’ai pas ouvert, Tu pourrais leur donner l’extase
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Fagoté plaisamment comme un vrai Simonnet, Pied chaussé, l'autre nu, main au nez, l'autre en poche, J'arpente un vieux grenier, portant sur ma caboche Un coffin de Hollande en guise de bonnet. Là, faisant quelque fois le saut du sansonnet, Et dandinant du cul comme un sonneur de cloche, Je m'égueule de rire, écrivant d'une broche En mots de Pathelin ce grotesque sonnet. Mes esprits, à cheval sur des coquecigrues, Ainsi que papillons s'envolent dans les nues, Y cherchant que
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Je viens de loin : je viens d'un pays où l'artiste, Lotus ou mimosa, végète lentement, Où tout gémit et pleure, où tout est sombre et triste, Où, pour vivre, chacun ploie ou rampe humblement, Où le peuple abruti sommeille, fataliste, Pauvre fœtus qu'au front marqua l'avortement, Où tout un enfer hurle, et pullule, et subsiste, Vêtu de soie et d'or, gavé de pur froment. Et cependant, malgré la bêtise et la haine, Malgré que, défaillant sous le poids de ma chaîne, À chaque pas nouveau je tombe d
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Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur, Un automne jonché de taches de rousseur, Et vers le ciel errant de ton œil angélique Monte, comme dans un jardin mélancolique, Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur ! – Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon, Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.
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Nous étions, ce soir-là, sous un chêne superbe (Un chêne qui n’était peut-être qu’un tilleul) Et j’avais, pour me mettre à vos genoux dans l’herbe, Laissé mon rocking-chair se balancer tout seul. Blonde comme on ne l’est que dans les magazines Vous imprimiez au vôtre un rythme de canot ; Un bouvreuil sifflotait dans les branches voisines (Un bouvreuil qui n’était peut-être qu’un linot). D’un orchestre lointain arrivait un andante (Andante qui n’était peut-être qu’un flon-flon) Et l
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L’orageux crépuscule oppresse au loin la mer Et les noirs sapins. L’ombre, hélas ! revient toujours. Ah ! je hais les désirs, les espoirs, les amours, Autant que les damnés peuvent haïr l’enfer. Car je n’étais point né pour vivre : j’étais né Pour végéter, pareil à la mousse ou pareil Aux reptiles, et pour me gorger de soleil Sur un roc d’un midi sans trêve calciné. Aux plantes contigu, voisin de l’animal, Famélique sans crainte et repu sans remord, Je n’a
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De leur col blanc courbant les lignes, On voit dans les contes du Nord, Sur le vieux Rhin, des femmes-cygnes Nager en chantant près du bord, Ou, suspendant à quelque branche Le plumage qui les revêt, Faire luire leur peau plus blanche Que la neige de leur duvet. De ces femmes il en est une, Qui chez nous descend quelquefois, Blanche comme le clair de lune Sur les glaciers dans les cieux froids ; Conviant la vue enivrée De sa boréale fraîcheur A des régals de chair
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Tant que mes yeux pourront larmes épandre A l'heur passé avec toi regretter, Et qu'aux sanglots et soupirs résister Pourra ma voix, et un peu faire entendre ; Tant que ma main pourra les cordes tendre Du mignard luth, pour tes grâces chanter ; Tant que l'esprit se voudra contenter De ne vouloir rien fors que toi comprendre, Je ne souhaite encore point mourir. Mais, quand mes yeux je sentirai tarir, Ma voix cassée, et ma main impuissante, Et mon esprit en ce mortel
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Ô les glauques tentations Au milieu des ombres mentales, Avec leurs flammes végétales Et leurs éjaculations Obscures de tiges obscures, Dans le clair de lune du mal, Éployant l’ombrage automnal De leurs luxurieux augures ! Elles ont tristement couvert, Sous leurs muqueuses enlacées Et leurs fièvres réalisées, La lune de leur givre vert. Et leur croissance sacrilège, Entr’ouvrant ses désirs secrets, Est morne comme les regrets Des malades sur de la neige. Sous les ténèbres de leur deuil, Je v
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Je t’ai vue un soir me sourire Dans la planète des Bergers ; Tu descendais à pas légers Du seuil d’un château de porphyre. Et ton œil de diamant rare Éblouissait le règne astral. Femme, depuis, par mont ou val, Femme, beau marbre de Carrare, Ta voix me hante en sons chargés De mystère et fait mon martyre, Car toujours je te vois sourire Dans la planète des Bergers.