Poésie
183 poèmes dans cette catégorie
-
Soulève ta paupière close Qu’effleure un songe virginal ; Je suis le spectre d’une rose Que tu portais hier au bal. Tu me pris encore emperlée Des pleurs d’argent de l’arrosoir, Et parmi la fête étoilée Tu me promenas tout le soir. Ô toi qui de ma mort fus cause, Sans que tu puisses le chasser Toute la nuit mon spectre rose A ton chevet viendra danser. Mais ne crains rien, je ne réclame Ni messe, ni De Profundis ; Ce léger parfum est mon âme Et j’arrive du paradis. Mon destin fut digne d’envie
-
Le Globe, vers l’aimant, Chemine exactement, Teinté de mers si bleues De cités tout en toits, De réseaux de convois Qui grignotent des lieues. Ô ma côte en sanglots ! Pas loin de Saint-Malo, Un bourg fumeux vivote, Qui tient sous son clocher, Où grince un coq perché, L’Ex-Voto d’ un pilote ! Aux cierges, au vitrail, D’un autel en corail, Une jeune madone Tend d’un air ébaubi Un beau cœur de rubis Qui se meurt et rayonne ! Un gros cœur tout en sang, Un bon cœur ruisselant, Qui, du soir à l’aurore
-
I Avant d’entrer dans ma cellule Il a fallu me mettre nu Et quelle voix sinistre ulule Guillaume qu’es-tu devenu Le Lazare entrant dans la tombe Au lieu d’en sortir comme il fit Adieu Adieu chantante ronde Ô mes années ô jeunes filles II Non je ne me sens plus là Moi-même Je suis le quinze de la Onzième Le soleil filtre à travers Les vitres Ses rayons font sur mes vers Les pitres Et dansent sur le papier J’écoute Quelqu’un qui frappe du pied La voûte III Dans une fosse comme un ours Ch
-
Comment peut-on tourmenter une femme ? Ne pas se plaire à faire son bonheur ? Il est pourtant des maris pleins d’humeur Avec aigreur Toujours chantant leur gamme. Que leur opposer ?... La douceur. Sexe charmant ! nature bonne et sage En a fait votre heureux partage, Profitez-en... et songez à l’adage : La patience vient à bout De tout. Une Souris logeait tout auprès d’une grange : On est bien fort dans l’endroit où l’on mange ; Mais sentir son dîner à travers un gros mur, Pour l’appétit, c’est
-
Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu, Contre le mur une échelle - haute, haute, haute, Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec. Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales, Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu, Un peloton de ficelle - gros, gros, gros. Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute, Et plante le clou pointu - toc, toc, toc, Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu. Il laisse aller le marteau - qui tombe, qu
-
Voici le cabinet charmant Où les Grâces font leur toilette. Dans cette amoureuse retraite J'éprouve un doux saisissement. Tout m'y rappelle ma maîtresse, Tout m'y parle de ses attraits ; Je crois l'entendre ; et mon ivresse Ce bouquet, dont l'éclat s'efface, Toucha l'albâtre de son sein ; Il se dérangea sous ma main, Et mes lèvres prirent sa place. Ce chapeau, ces rubans, ces fleurs, Qui formaient hier sa parure, De sa flottante chevelure Conservent les douces odeurs.
-
I Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres Le bois retentissant sur le pavé des cours. Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère, Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, Et, comme le soleil dans son enfer polaire, Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé. J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho
-
En toi je vis, où que tu sois absente : En moi je meurs, où que soye présent. Tant loin sois-tu, toujours tu es présente : Pour près que soye, encore suis-je absent. Et si nature outragée se sent De me voir vivre en toi trop plus qu'en moi : Le haut pouvoir qui, œuvrant sans émoi, Infuse l'âme en ce mien corps passible, La prévoyant sans son essence en soi, En toi l'étend comme en son plus possible.
-
Déjeuner ou dîner, Dîner ou déjeuner, Ce n'est pas ça ma joie, Mais c'est, sans qu'on me voie, D'emporter mon goûter dehors. Chic, alors ! Au fond du jardin où je sors, A l'abri des plus belles branches, Entre des fleurs roses et blanches, Je mange mon pain que voilà Et mon bâton de chocolat. Et si je fais quelque bêtise, Aucune voix qui dise : "Ote ton coude !... Tiens-toi bien !... Si tu parles, tu n'auras rien !" personne ne me gronde. Je me sens seul au monde Dans l'ombre du sapin, Seul avec
-
Klop, Klip, Klop, Klop, Klip, Klop, Goutte à goutte égrenant son rythmique sanglot, Aux vasques du bassin où l'eau rêve immobile, Un jet d'eau trouble seul la grande Nuit tranquille. Quel silence ! On dirait que le monde assoupi Sur des flots de velours roule dans l'infini. Là-haut, criblant l'Espace à des milliards de lieues, Pèlerins ennuyés des Solitudes bleues, Enchevêtrant sans fin leurs orbes indolents, Sans soucis des martyrs qui grouillent sur leurs flancs, Les étoiles en chœur circulent
-
Il n’est sottise, pour vous plaire, Qu’on ne fît chez nos bons aïeux, Et qu’aujourd’hui pour vos beaux yeux On ne soit tout prêt à refaire. Par vos rigueurs ou par vos trahisons, J’ai vu l’un s’en aller, la tête la première, Finir sa peine au fond de la rivière ; Un autre la traîner aux Petites-Maisons. Vous disposez de la balance Entre les mains du magistrat ; Pour vous le héros de la France Trahit un jour le secret de l’État. Crésus regorgeait de richesse : Il rencontre Thémire au bal ; Cré
-
Je r’passe tous les ans quasiment dans les mêmes parages Et tous les ans, j’trouve du changement de d’ssus mon passage À tous les coups, c’est pas l’même chien qui gueule à mes chausses Et pis voyons, si je m’souviens, voyons dans c’coin d’Beauce Y avait dans l’temps un bieau grand chemin Chemineau, chemineau, chemine ! A c’t’heure n’est pas pus grand qu’ma main Par où donc que j’cheminerai d’main ? En Beauce, vous les connaissez pas, pour que ren n’se parde,
-
À André Billy Le chapeau à la main il entra du pied droit Chez un tailleur très chic et fournisseur du roi Ce commerçant venait de couper quelques têtes De mannequins vêtus comme il faut qu’on se vête La foule en tous les sens remuait en mêlant Des ombres sans amour qui se traînaient par terre Et des mains vers le ciel plein de lacs de lumière S’envolaient quelquefois comme des oiseaux blancs Mon bateau partira demain pour l’Amérique Et je ne reviendrai jamais Avec l’argent gagné dans les pra
-
La nuit n’est jamais complète Il y a toujours puisque je le dis Puisque je l’affirme Au bout du chagrin une fenêtre ouverte Une fenêtre éclairée Il y a toujours un rêve qui veille Désir à combler faim à satisfaire Un cœur généreux Une main tendue une main ouverte Des yeux attentifs Une vie la vie à se partager.
-
Il brille, le sauvage Été, La poitrine pleine de roses. Il brûle tout, hommes et choses, Dans sa placide cruauté. Il met le désir effronté Sur les jeunes lèvres décloses ; Il brille, le sauvage Été, La poitrine pleine de roses. Roi superbe, il plane irrité Dans des splendeurs d'apothéoses Sur les horizons grandioses ; Fauve dans la blanche clarté, Il brille, le sauvage Été.
-
Faux éclat des grandeurs pour lequel on soupire, Opulentes cités, ambitieux palais, Princes, et toi, Fortune, au perfide sourire, J'ai trouvé loin de vous l'innocence et la paix. Exilé de la cour, oublié de l'envie, Dans le sein du silence et de l'oisiveté, Sans désirs, sans douleurs, je vais couler ma vie, Et mon plus cher trésor sera ma pauvreté. Lieux qui m'avez vu naître, aimable solitude, Au moment du retour que vos charmes sont doux ! Je pourrai donc enfin, libre d'in
-
" Car ou soies porteur de bulles, Pipeur ou hasardeur de dés, Tailleur de faux coins et te brûles Comme ceux qui sont échaudés, Traîtres parjurs, de foi vidés ; Soies larron, ravis ou pilles : Où s'en va l'acquêt, que cuidez ? Tout aux tavernes et aux filles. " Rime, raille, cymbale, luthes, Comme fol feintif, éhontés ; Farce, brouille, joue des flûtes ; Fais, ès villes et ès cités, Farces, jeux et moralités, Gagne au berlan, au glic, aux quilles Aussi bien va, or
-
N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre. Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau. J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre, Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau. N’écris pas ! N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes, Ne demande qu’à Dieu... qu’à toi, si je t’aimais ! Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes, C’est entendre le ciel sans y monter jamais. N
-
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfle
-
Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant La vie est variable aussi bien que l’Euripe Tu regardais un banc de nuages descendre Avec le paquebot orphelin vers les fièvres futures Et de tous ces regrets de tous ces repentirs Te souviens-tu Vagues poissons arques fleurs surmarines Une nuit c’était la mer Et les fleuves s’y répandaient Je m’en souviens je m’en souviens encore Un soir je descendis dans une auberge triste Auprès de Lu
-
Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte O le beau soir de mai ! Tous les oiseaux en chœur, Ainsi que les espoirs naguère à mon cœur, Modulent leur prélude à ma croisée ouverte. O le beau soir de mai ! le joyeux soir de mai ! Un orgue au loin éclate en froides mélopées; Et les rayons, ainsi que de pourpres épées, Percent le cœur du jour qui se meurt parfumé. Je suis gai! je suis gai ! Dans le cristal qui chante, Verse, verse le vin ! v
-
Bon appétit ! messieurs ! — Ô ministres intègres ! Conseillers vertueux ! Voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison ! Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure, L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure ! Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts Que remplir votre poche et vous enfuir après ! Soyez flétris, devant votre pays qui tombe, Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! — Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur. L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et
-
Voici la mort du ciel en l'effort douloureux Qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux. Le ciel gémit d'ahan, tous ses nerfs se retirent, Ses poumons près à près sans relâche respirent. Le soleil vêt de noir le bel or de ses feux, Le bel oeil de ce monde est privé de ses yeux ; L'âme de tant de fleurs n'est plus épanouie, Il n'y a plus de vie au principe de vie : Et, comme un corps humain est tout mort terrassé Dès que du moindre coup au coeur il est blessé, Ainsi faut que le monde et m
-
Gilbert, de votre cœur savez-vous ce qu’on pense ? Hypocrite, jaloux, cuirassé d’impudence, Vous ne l’ignorez pas, votre méchanceté Donna seule à vos vers quelque célébrité, Et l’oubli cacherait votre muse hardie, Si vous n’aviez médit de L’Encyclopédie. Encor si démasquant les prêtres, les dévots, Vous diffamiez leur dieu par d’utiles bons mots ; Peut-être on vous pourrait pardonner la satire : Lorsqu’on médit de Dieu, sans crime on peut médire. Mais toujours critiquer en vers pieux et froids,