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Reflets de fables 31) Le Barde et le Passant

Featured Replies

Posté(e)

A l’homme qui piétine de ses sandales les trônes somptueux de la Terre...

Quel cœur noir avait pu s’écraser dans les rues

De Tarantia la cité ?

Même l’ombre avait peur de cette obscurité

Dans ces ruelles parcourues

Par l’absence de l’ordre et l’absence du droit.

C’était l’heure du Mal, de l’égorgeur adroit,

Du bandit sans désir, du brigand sans attente

Sinon de la lame le froid.

Dans cette obscurité, la Bête décadente

Faisait s’éteindre l’Homme et l’art civilisé.

Le bête aveuglement était divinisé

Et plus rien ne chantait de peur que l’agonie

Ne terrassât l’Aquilonie.

On se cachait, on s’isolait, on s’enfermait

Pour n’endurer le mal qui dévorait l’empire ;

On plongeait dans l’abîme en tombant du sommet

Quand on voulait parler, quand on voulait écrire.

Un Barde cependant avait tenté le sort

Et cherchait dans la nuit l’impossible renfort.

Il ne voulait rien voir mais voulait tout entendre

Car il pensait n’avoir nul tort

A se fermer pour tout comprendre.

Il bâtissait un temple et dans ce temple un chant,

Un couplet à l’air hésitant

Car il ne connaissait l’art du soleil couchant

Ni celui des amours. Pour lui tout était sombre

Et sa mélancolie était une pénombre

A l’enchantement alléchant.

Il venait du Turan, avait vu l’Hyrkanie,

Descendit vers l’Iranistan

Pour repasser le Drujistan,

Atteignant enfin la Stygie.

Puis ce furent Kush, Shem, Koth et la Zamora,

Enfin la Corinthie et l’Ophir et son rêve.

« Je n’ai jamais porté le glaive,

Mon chant non plus ne portera

Clamait-il dans la rue à qui voulait l’entendre,

Méprisant son destin comme on méprise un mort

Dont on aurait perdu la cendre.

Vous oubliez, passants, le sort

Funeste qui devait vous saisir tous ensemble,

Lorsque l’Aquilonie était en proie au mal,

Au chaos devant qui tout tremble,

Au tourment du désordre et du règne animal,

Quand le voleur se voulait prince,

Quand le prince était un couard,

Quand nulle volonté n’évince

L’argent qui vole l’âme et la jette au hasard

Dans la mêlée et le brouillard.

Qui dans cette tempête apporta l’harmonie ?

Un barbare de Cimmérie.

Cet homme est devenu roi de l’Aquilonie,

Le grand royaume hyborien,

Bien qu’il fût tout : galérien,

Mercenaire, officier mais surtout un barbare.

Son pagne n’est pas fait d’une matière rare,

Il est pourtant l’habit que convoitent les Dieux.

Personne ici ne peut le suivre,

Personne ici n’accomplit mieux :

Qui ne souhaiterait-pas le vivre ?

Je chante les exploits du héros des héros,

De celui pour lequel on ne trouve les mots !

Il court sans s’arrêter, sans s’arrêter il passe,

Rien n’est pire pour lui que de rester en place !

Nous avions ce héros, vous l’avez renversé ;

Il n’est plus maintenant, il part à l’aventure !

Souvenez-vous que la nature

Reprend ce qu’elle a dépensé ! »

-----

« L’Ami, quelle est donc cette fable

Que tu chantes dans la cité

Comme le grillon chante à la fin de l’été ?

S’exclama dans le noir une voix improbable

Tant le faubourg était désert en pleine nuit.

Je t’écoute, peiné, dans ton simple réduit

Et je me demandais d’où te venait l’idée

Que Tarantia pût être fragilisée ?

Il est vrai : le Cimmérien

Ne dirige plus le royaume,

Il n’était qu’un comédien

Que les fils du pouvoir retenaient dans leur paume.

Un fort saisit ce fil qu’un autre fort fait sien,

Qu’un bras plus fort s’empare un jour par ce moyen :

Le pouvoir est fait de ce moule

Et tout depuis toujours s’écoule,

Car tel est l’univers, car tel est l’être humain.

- Ma tristesse a guidé ma main

Quand j’écrivais ce soir sur mon vieux parchemin ;

Ma peine alors s’est emparée

De ma voix pour toujours, dans la nuit, égarée,

Répond le Barde en frissonnant.

Mon âme est dès lors préparée

Car le roi part vers le Ponant.

- Voulais-tu lui parler ? - Oui, car il est mon guide

Bien que je lui sois étranger.

- Connais-tu ce pays ? - Non, je suis trop stupide

Pour un peu m’y risquer : je préfère échanger

Le paysage de ses routes

Contre celui de mon esprit.

- Tu rêves donc ? - Oui, j’aime et mon rêve et mes doutes.

Mais, et toi, l’Étranger ? Avec ton gabarit,

On ne doit te faire d’éloge

Et je te juge comme moi.

- Écoute bien, l’Ami ! Je n’entends nul aboi

Et j’aperçois chez toi l’aiguille de l’horloge :

Laisse-moi donc te raconter

Une fable pour te convaincre.

C’est un goujon qu’on ne sut vaincre

De quitter sa caverne et ses eaux affronter.

Il vécut, c’est vrai, mais sa vie

Ne fut au fond de lui qu’un triste enchantement.

A l’inverse un ours vit, et tout à fait sciemment,

Que sa propre caverne était bientôt ravie

Par un second ours dont l’envie

Lui prenait de voler. Comment, pour sa survie,

Fit l’ours au pouvoir usurpé ?

Cela lui fut plus que facile :

Il lui suffit d’atteindre un sommet escarpé

Pour y vivre toujours. Vois-tu, Barde infantile,

Ton âme est pleine d’eau, mon âme est moins fragile. »

Sur ces mots exprimés le calme est revenu.

L’âme n’est plus blessée et la voix est sans plainte.

L’aube tantôt surgit et c’est pour l’Inconnu

Le moment de partir sans laisser son empreinte.

Le Barde juge son livret,

Le déchire d’un geste et jette cet objet

Loin de lui. Le Passant s’empare de sa bourse

Et lui jette à son tour son ultime ressource.

« Prends, l’Ami, cette pièce en paiement de ce soir !

Mais promets-moi de ne plus faire

Un éloge aussi faux car tu ne sais pas voir !

L’Aquilonie est belle, elle est à satisfaire,

Le nouveau roi fera certes mieux son affaire !

- Mais, pourquoi me parler à moi ?

Et d’ailleurs, cette pièce a deux faces pareilles :

A quoi riment donc ces merveilles ?

- Car tu le sais : « Je suis Conan et non pas roi ! »

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une belle fable, profonde et subtile, qui pousse à l'action et non aux discours.

Elle révèle aussi les faiblesses des jugements hâtifs, toujours trop entachés de subjectivité !

Posté(e)

Ta fable laisse ouverte la question de savoir si la poésie peut encore dire quelque chose face à l’histoire quand celle-ci n’obéit qu’à la force. Bravo !


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