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Nosferatu turlututu !

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  • Semeur d’échos

Nosferatu turlututu !

 

Récit policier

 

Il était près de minuit lorsque j’arrivai à la demeure de lord Wexham, sur les hauteurs brumeuses de Hampstead. J’avais reçu, quelques jours plus tôt, une lettre de son majordome, me suppliant de venir pour élucider un mystère que ni la raison ni la religion n’éclairaient. Curieux, je pris le train de Londres avec ma mallette d’enquêteur, persuadé qu’il s’agissait d’une supercherie de domestiques.

La maison m’apparut dès la sortie du fiacre  : haute, trapue, ses fenêtres semblables à des orbites éteintes. Le majordome m’accueillit sans un mot et me conduisit jusqu’à la salle des tapisseries.

Ce fut là que je vis, pour la première fois, le « tissage des ombres ». Sur trois murs pendaient d’immenses tapisseries représentant des scènes forestières. Mais les silhouettes brodées semblaient vibrer. Lord Wexham m’attendait dans un fauteuil, les yeux caves et le front moite.

- Docteur Morstan, dit-il, je suis maudit  ! Quelque chose a quitté le tissu. Cela rôde la nuit, et répond à un refrain ancré dans ma tête que je n’ai jamais osé répéter : « Nosferatu turlututu ».

Le mot traîna dans la pièce comme un soupir. Je crus voir les ombres onduler sur les murs Je voulus ramener la conversation à des considérations plus saines.

- Une hallucination, dis-je. Les jeux de la lumière, peut-être  ?

Mais le majordome sursauta  :

- Non, monsieur  ! Hier encore, la chose a traversé le couloir. Elle a laissé derrière elle un froid d'enfer et l’odeur de la laine brûlée.

Je décidai de passer la nuit sur place. À onze heures, lord Wexham se retira. À minuit, seul dans la salle des tapisseries, je disposai mes instruments : lampe, carnet, revolver. À minuit trente, le feu s’éteignit de lui-même. Le silence devint poisseux, sinistre, inquiétant.

Puis je l’entendis  : un léger froufrou, comme celui d’un tissu qu’on agite. Je braquai ma lampe : les tapisseries bougeaient. Sans comprendre pourquoi, je murmurai à mi-voix  :

- Nosferatu turlututu !

L’effet fut immédiat. Une créature de toile se détacha du tissu et posa un pied sur le sol. Une jambe, puis deux. Elle sortit lentement du mur, emportant des lambeaux de brocart qui pendaient à ses doigts. Elle était faite d’étoffe mouvante - un être cousu de nuit.

Je tirai sans hésiter : la balle traversa la silhouette sans autre effet qu’un léger frémissement. Le monstre se redressa et, d’une voix rauque, prononça distinctement  :

- Nosferatu turlututu.

Les ombres de la pièce se délièrent. Celle du fauteuil, celle du chandelier, celle même de ma main se dressèrent et vinrent s’enrouler à la sienne comme des serpents dociles. Le tissu brodé se gonfla, se mit à respirer. Je reculai, trébuchant contre une chaise. Mon esprit, encore rationnel, cherchait une explication  : un jeu de reflets, une projection mentale  ?

À cet instant, la voix de lord Wexham retentit derrière moi  :

- Il revient toujours quand on le nomme ! Taisez-vous, docteur, taisez-vous  !

Mais il était trop tard. Les lambeaux d’ombre s’enroulèrent au cou du malheureux aristocrate comme un foulard. Son cri s’étouffa dans le drap noir. En quelques secondes, il n’y eut plus rien que la tapisserie immobile, et au centre, une nouvelle silhouette. Celle de lord Wexham lui-même.

Je crus perdre la raison. M’approchant, je distinguai dans le tissage de la nouvelle figure une expression d’effroi pétrifié. Ses yeux brodés semblaient vivants. Une phrase surgit dans mon esprit, claire comme un verdict : « Le tissage des ombres réclame toujours son fil de chair ».

Je fuis dans le couloir. Mais à chaque détour, les ombres des rideaux se pliaient, se tordaient, comme attirées par ma course. J’entendais derrière moi un murmure répétitif, presque chanté, obsessionnel  :

- Nosferatu turlututu... Nosferatu turlututu...

Je trouvai enfin refuge dans le petit cabinet de lecture et refermai la porte à double tour. L’aube pointait. Je restai immobile, haletant et tremblant de peur, jusqu’à ce que le jour apparaisse. Quand je revins dans la salle, les tapisseries avaient cessé de bouger.

Lord Wexham avait disparu sans laisser de trace. Seule la tapisserie centrale semblait retouchée. Au centre, deux silhouettes nouvelles se tenaient côte à côte : l’une d’un noble en robe de chambre, l’autre, plus menue, d’un homme en redingote tenant une lampe. Ma propre redingote. Ma propre lampe.

Je quittai la maison avant midi, jurant de ne plus jamais enquêter sur des affaires de ce genre. Pourtant, en rentrant à Londres, je surpris une chose qui me glaça le sang  : dans le reflet de la vitre du wagon, ma propre ombre clignotait, comme si elle était tissée de plusieurs fils qui ne coïncidaient plus.

Et, dans la rumeur du train, j’entendis distinctement résonner, entre deux battements de roues  :

- Nosferatu turlututu !

 

FIN

 

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