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La Déclaration d’impôts

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  • Semeur d’échos

La Déclaration d’impôts

 

Récit fantastique

 

Paul tapotait sur son clavier avec la résignation d’un homme qui savait qu’il n’en sortirait pas indemne. La déclaration d’impôts en ligne affichait son éternel sourire administratif : froid, blanc, implacable. Étape 3 sur 5. Les cases s’alignaient comme des soldats, prêtes à juger la moindre erreur.

Il cliqua sur « Revenus exceptionnels soumis au système du quotient ». Rien dans sa vie n’avait quoi que ce soit d’exceptionnel, encore moins ses revenus. Le jeune homme soupira. Il se massa la nuque. La lumière bleutée de l’écran lui donnait un teint de fantôme. Son café refroidissait à côté de la souris. Tout était si normal, banal, prosaïque…

Puis le curseur cessa de clignoter. Paul resta figé puis fronça les sourcils. Il tenta de cliquer ailleurs. Rien. Le curseur refusait de quitter la case 8BK. La page vibra. Les champs de saisie se mirent à s’animer. Les menus déroulants s’ouvrirent tout seuls, révélant des options absurdes : « Revenus de potions, Gains de course de licornes, Prime de téléportation, Héritage d’un dragon grincheux ».

La case 8BK se mit à gonfler. Littéralement. Elle se dilata, comme une bulle de savon numérique. Puis elle éclata silencieusement, révélant une ouverture lumineuse. Une voix douce, légèrement essoufflée, résonna  :

- En retard, en retard, en retard ! Entrez, vite !

Le jeune homme se leva d’un bond.

- Mais… mais je vous connais ! Vous êtes… vous êtes LE lapin blanc !

- Évidemment, répondit le lapin, vexé. Vous croyez qu’il y en a deux ?

Paul leva les mains, paniqué.

- Je veux juste finir ma déclaration  !

- Trop tard, dit le lapin.

Et l’écran l’aspira. Paul atterrit sur un sol moelleux, composé de petits carrés lumineux. Le ciel était un immense écran incurvé, jaune pâle, parcouru de nuages roses en forme de lignes de code. Une rivière de données coulait en chantonnant. Le lapin se tenait devant lui, le regardant fixement.

- Bienvenue dans l’Imagerie Numérique, dit-il. Là où vont les données qui refusent d’être rangées.

Le jeune homme se redressa, furieux.

- Je veux rentrer ! Je veux mon bureau, mon écran, mes cases à cocher  ! Je veux râler contre l’administration  ! Je vais envoyer un mail de plainte  !

Le lapin éclata de rire.

- Ici, personne ne se plaint. On se perd, on se transforme, on s’amuse. C’est beaucoup plus efficace.

- Je ne suis pas Alice ! répéta Paul, scandalisé.

- Personne ne l’est, répondit le lapin.

Paul ouvrit la bouche pour protester, mais une créature ressemblant à un chat immense apparut, flottant dans les airs, son sourire gigantesque se matérialisa dans le vide.

- Oh, un nouveau ! miaula-t-il. Tu vas adorer te perdre ici.

- Je ne veux pas me perdre ! Je veux remplir ma déclaration !

Le chat éclata d’un rire cristallin. Paul tenta de reculer, mais le sol se déroba sous ses pieds. Il glissa sur une pente de chiffres, roula dans une cascade de données, rebondit sur un nuage de pixels. Chaque fois qu’il tentait de se relever, l’univers se déformait, changeait, riait de lui.

- Arrêtez ! cria-t-il. Je veux rentrer !

Le lapin apparut à côté de lui, imperturbable.

- Vous rentrerez quand vous aurez compris.

- Compris quoi ?

Le lapin sourit.

- Qu’on ne contrôle rien. Pas même une déclaration en ligne.

Paul voulut protester, mais une vague de lumière l’enveloppa. Le monde tourna comme une toupie, se plia, se déplia, se reconfigura. Quand le jeune homme rouvrit les yeux, il était allongé sur une herbe violette qui sentait la menthe. Le lapin le regardait, triomphant.

- J’ai gagné, dit-il.

Paul voulut répliquer. Mais il vit alors, au-dessus de lui, un nuage rose qui se transformait lentement en hippocampe. Une rivière de chiffres qui chantait une berceuse. Un papillon de pixels qui venait se poser sur son épaule. Il sentit soudain quelque chose qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps : de la joie face à ce monde mouvant, insaisissable. Il sourit malgré lui.

- D’accord, murmura-t-il. Peut-être que je peux rester un peu.

Le lapin hocha la tête, satisfait.

- Bienvenue de l’autre côté.

Paul voulut protester, mais quelque chose vibra en lui. Une sensation ancienne, oubliée. Comme un tiroir qu’on ouvre empli de mots magiques, et dont s’échappe une odeur d’enfance. Les nuages roses tournaient lentement au-dessus de lui, dessinant des spirales, des arabesques, des formes qui n’avaient pas de nom. Quelle merveille ! Puis les paroles revinrent. Des mots fous, des mots de poésie. Ce fut comme une évidence. Le garçon se redressa, inspira, et laissa le poème s’imposer à lui.

Le lapin hocha la tête, ravi.

- Voilà, dit-il. Vous voyez ? Vous n’êtes peut-être pas Alice, mais vous aviez besoin de tomber.

Paul sentit une chaleur douce lui envahir la poitrine. Il éclata d’un rire léger, presque timide.

- Et maintenant ? demanda-t-il.

Le lapin sourit, un sourire large, victorieux.

- Maintenant, vous partez. Le reste suivra.

Paul se leva. Le monde autour de lui vibrait, respirait, chantait. Et pour la première fois depuis longtemps, il n’avait plus envie de cocher de case. Il avait trouvé, ou retrouvé, la Porte. Celle qui mène à soi-même.

 

FIN

 

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