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Pitié pour les pendus - La Poésie au fil du temps II

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Pitié pour les pendus !

 

Nos frères sont pendus, c'est Villon qui le dit.
Bien étrange parole et bizarre langage
Dans ce Paris d'antan qui nous semble maudit,
La scène nous fait peur, quelle terrible image !

 

Ils se balancent tous en plein coeur de l'été,
Pitoyables pantins et pourtant nos semblables,
Ces voleurs maladroits fuyant l'éternité,
Ces criminels voués aux Enfers véritables.

 

La mort est là présente à chaque carrefour,
Leur châtiment se dresse en potence effrayante.
Toute l'humanité dans son immense amour
Peut-elle mettre un terme à cette fin sanglante ?

 

Alba

 

 

 

***

 

 

Ballade des pendus
(François Villon, vers 1450-1460)

 

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les cueurs contre nous endurciz,
Car, si pitié de nous pouvres avez,
Dieu en aura plustost de vous merciz.

 

Vous nous voyez cy attachez cinq, six.
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.

 

De nostre mal personne ne s’en rie,
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

 

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.

 

Jamais nul temps nous ne sommes assis.
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.

 

Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre 

 

 


En français moderne :

 

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous pitié.

 

Vous nous voyez ici attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est déjà dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

 

De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu qu'il veuille bien tous nous absoudre !

 

La pluie nous a lessivés et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont crevé les yeux 
Et arraché la barbe et les sourcils.

 

Jamais nous ne sommes stabilisés,
À droite, à gauche, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesse il nous balance,
Plus becquetés d’oiseaux que des dés à coudre.

 

Ne rejoignez pas notre troupe ;
Mais priez Dieu qu'il veuille bien tous nous absoudre !


***

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il faut dire que de sacrés larrons fréquentaient le quartier latin d'alors! Le français du XVe est déjà plus reconnaissable. Serge Reggiani a chanté cette ballade: un régal!

J'avais quinze ans quand j'ai dû réciter ce texte en tâchant de respecter les codes phonétiques indiqués par notre professeur: pas facile!

Tu rends hommage et de belle façon, Alba, à l'un de nos plus beaux poèmes. Merci.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un des plus grands poèmes de François Villon débordant d’humanité !

Merci @Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L’indépassable témoignage de la cruauté de la justice à la fin du Moyen Âge.

Posté(e)
  • Administrateur

J'admire ce talent que vous déployez en reprenant ainsi ces grands classiques de notre littérature poétique.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des mots très forts, d'une telle puissance ... mis en lumière par tes mots au début de tes vers, @Alba.

Une fin qui interroge et une question tout aussi marquante teintée d'ironie, me semble-t-il. Bravo !

Toute l'humanité dans son immense amour
Peut-elle mettre un terme à cette fin sanglante ?

 

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous !

 

Une création reprenant une gravure d'époque, si cela vous intéresse (Sphyria est mon pseudo ailleurs) :

 

ho5k.jpg

Modifié par Eathanor
intégration de l'image dans le corps du message

Posté(e)

Superbe introduction poétique à cette grande œuvre de la littérature française, qui témoigne d'une époque cruelle avec humanité @Alba.
Dans un autre registre et une autre langue, cette chanson m'a toujours fait penser au poème de Villon (le sujet n'est pas le même, et pourtant...) :

 

  • 3 mois plus tard...
Posté(e)
Le 05/08/2024 à 13:20, Alba a écrit :

La mort est là présente à chaque carrefour,
Leur châtiment se dresse en potence effrayante.
Toute l'humanité dans son immense amour
Peut-elle mettre un terme à cette fin sanglante ?

Constat effrayant et poser la question n'est-ce pas y répondre ? Un style épuré dont je suis friand et qui par mots choisis fait remonter le temps. 🌟

Bravo pour ces réminiscences et l'offrande du texte de Villon.  

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