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Metallica

Featured Replies

Posté(e)

 

Rester en vie

 

Le feu avait pris au foirail

au pied de la citadelle

où les hommes vieillissaient d’impatience

 

Entends, il hurle encore

on n’a jamais, jamais… 

une meule tatare descendu

à bœufs, roulant charrois 

de vents et de marées

de vos entrailles survoltées

vacarme noir couvert de bris

et de limaille

la nuit ne tiendra pas debout, je dis 

serpents qui sifflent

la pluie ses javelots

lanières de ronces et d’embruns 

une pluie métallique

sur l’homme dépeuplé qui recule à tâtons

je ne puis tenir les mains ouvertes

est-ce la mer, n’y vois que guerre 

entends-tu, une coque brisée 

contre son sein

où se replie l’amour

vois encore, ce cheval flottant

cabré dans l’air éclair, efflanqué

hennissement démesuré

tend sa crinière de sang 

je suis transi d’un cheval ivre

qui vient de comprendre

que la parole l’abandonne

la barque, les arbres, le vent noir

les arbres qui se tordent geignent 

les branches arrachées de leurs bras

la tête contre le rocher les vagues

et le rocher contre les vagues

vent debout dans la barque solaire

prends ma tête entre tes mains

 

La petite n’est toujours pas rentrée

ce vent désert pétrifie la nuit

entends les chairs avortées du verbe 

elle se colle cette odeur

de cendre mouillée dans mon crâne

dans ma bouche

je n’en peux plus d’ouvrir les yeux

moulus à l’orbite la moelle bue

chienne la nuit ne tiendra

ses amants dans son lit

le vent la ceint le ventre à terre 

racine nue et la consomme 

j’ai froid de moi et tout se casse

braises lèvres des coquelicots jadis

les blés ont fui avec le feu

je ne vois plus ta maison

la petite n’est toujours pas rentrée

tu entends, la petite

elle n’est toujours pas rentrée

je veux dormir, j’ai trop chanté

demain viendra peut-être

enfin, il viendra, peut-être 

la mère morte de peur

 

Elle est folle, la mère

elle porte une pierre

sa bouche est une porte ouverte

hurle le vent avec les arbres

hurle la mer et ses loups

hurle l’encre à la nuit

où s’effacent les traces de mots

que veux-tu qu’on entende

chacun hurle son gouffre

engorgé de silence !

demain viendra ! chétive, la petite…

 

°°°

 

Il plut, il pleura

des jours, des jours encore

il sera mort maintenant

tant que le temps dure lamine

mes collines

les vents étaient retournés aux étables

les brumes amenuisaient les éminences

un grand oiseau cousait la béance du ciel

et les hommes pliaient dans la glanure

sur des jachères de landes à fougères

la solitude consumait la paille de leurs yeux

le pis des femelles pendant

il n’était plus de moisson

plus de vendanges ni d’abeilles

et les louves restaient vides

et non plus de chansons

sous le cœur infertile des femmes

les mots ne rassemblaient à rien

ni les phrases ramassées

sous le bonnet d’une même farine

la gouaille des tripot

il ne faisait pas bon se poser de question

et quand le volcan descendit par la cheminée

on sua le jour et on trembla la nuit

plus d'amour partant plus de joie

on avait à la hâte élevé une église

sur l’aire de battage 

mais chacun préféra sa chapelle

elle n’était pas restée debout

et les passants sans conviction

jetaient leur pierre à l’édifice 

à la mémoire de la petite lueur d’espoir

 

Infiniment les hommes

de pères en fils

ils pensaient

comme les ânes sauvages pensent

ils pensaient être libre

ils pensaient à la petite

qui dort le point fermé là-haut

au milieu de leurs rêves, ils broutaient

 

°°°

 

Il reste des mers et des terres brûlées

les corps des oliviers embrassés de soleil

les souilles à l’ubac de printemps

et le vent pour mémoire

 

Longue vie, bel été, jeunes gens 

qui courez nus en vos vertes années

sur les pentes du ciel les sentiers de la gloire

  

 

Posté(e)

@O Salto

 

Une prosodie entêtante pour un dithyrambe extatique. Et hop !

Posté(e)

Faut décidemment pas aller aux concerts de métal, on y consomme visiblement des substances illicites...

 

La contrepartie, ça fait de foutus beaux poèmes...

Posté(e)
Il y a 13 heures, O Salto a écrit :

Longue vie, bel été, jeunes gens 

qui courez nus en vos vertes années

sur les pentes du ciel les sentiers de la gloire


Rester en vie tu dis ?


c'était les sentiers de la mort ton concert …on sait où ils mènent  …des nuages de fumée .

 

Posté(e)

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai pensé à un désastre nucléaire en lisant le début de ce poème, probablement à cause de l'impression d'apocalypse qui se dégage des images.

"La petite n'est toujours pas rentrée" : ce vers prend aux tripes – surtout quand on est mère, ce que je suis. 
Comme toujours chez vous, l'ensemble est d'une richesse incroyable et le rythme est haletant : vous n'écrivez pas, vous mitraillez des images et vos mots font mouche à chaque fois. Je suis fan ! 💫

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Tout comme @Natacha Félix, cette petite qui est attendu et ne reviendra pas m'a beaucoup touchée.

Elle m'a fait penser à un fait divers sordide comme il en est tant malheureusement.

Et cette mère dépeinte par ta plume, c'est si bouleversant. 

Des images et des mots d'une telle puissance qu'il est impossible de sortir indemne de la lecture de ton poème.

Pour moi, c'est un beau cri pour la vie.💫

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Il y a 16 heures, O Salto a écrit :

Entends, il hurle encore

J’aime le Métal Hurlant.

Posté(e)

J'ai toujours aimé cette atmosphère, @O Salto, que tu as le chic de répandre autour de ma lecture et je n'ose plus bouger, fascinée ...  oui, il y a peut-être quelque chose de métallique, de froid, de presque détaché

 

Il y a 20 heures, O Salto a écrit :

j’ai froid de moi et tout se casse

braises lèvres des coquelicots jadis

les blés ont fui avec le feu

je ne vois plus ta maison

c'est très fort !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Drame poignant en mots incendiés. Le verbe part en volutes et c'est triste à dire, mais c'est beau comme une tragédie antique.

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Le 23/06/2024 à 06:09, O Salto a écrit :

Le feu avait pris au foirail

au pied de la citadelle

où les hommes vieillissaient d’impatience

J’ai pensé au désert des tartares…

Posté(e)
  • Auteur

 

Dans ce pays où je me suis perdu où j’ai chanté tant d’années auprès de mes bêtes et de frugale humanité à vivre heureux du rebut d’une maigre terre, et mon corps t’en dira la tâche, j’aime en regardant à travers le ciel marcher dans les petits sentiers pavés de pierres insoumises sur les traces des résistants d’un autre temps ;

et je longe maintenant de bien frustes rivières que l’on dirait sauvages tant leurs berges sont lasses d’avoir vu fuir le temps, le crime, et la vie avec lui.

 

Là s’empêtrent des arbres sans allant, croix moussues comme les pierres sans soleil, aux branches barbelées, et leurs progénitures maladives le long d’anciens cheminements de troupeaux où ils allaient contents.

On croise parfois ruines de vieux moulin à vau-l’eau abîmés marmonant comme soi des pages entières dans les allées des souvenirs, qu’on s’échange alors le visage illuminé de voisinage et d’amitié, comme des saules ouverts à l’orage.

 

L’eau semble légère et pure comme sortie du bain quand elle convole en dentelles blanches et gloussements les rochers de passage qu’elle caresse de vacance inoubliable ! 

Mais c’est aussi un flot de peine qu’elle entraîne vers des bras trop larges qui ne pourront en saisir la douleur.

 

J’en emporte les mots comme un déserteur j’emporte mes voyages lorsque je monte les échelles de granit pour envelopper le monde !

Les femmes me sont la matière du monde, les hommes en seraient la marche, et les enfants mal mènent, tant bien que mal prendront le pas !

 

C’est parce que j’aime la vie que je regarde le monde ; et parce que je regarde le monde que j’aime la vie ! Vous aimez le bon côté de la vie ! Et l’autre côté de la vie se moque de vous !

Les rêves des puissants nous mènent en boucherie !

Tu sais @Diane, c’est parce que la vie m’aime que j’écris de ce côté-ci du rêve !

–  mon premier titre était : une lampe allumée quelque part

 

Merci @Marc Hiver, @Flobaire, @Jeep, @Thy Jeanin, @Tarentaise, merci à vous d’avoir vaincu ce long texte, et particulièrement @Natacha Félix, @Sophie, @Joailes et @Diane, mes préférées !

Quant à moi, j’espère passer entre les mailles !

 

 

Modifié par O Salto

Posté(e)
Il y a 6 heures, O Salto a écrit :

 

Tu sais @Diane, c’est parce que la vie m’aime que j’écris de ce côté-ci du rêve !

–  mon premier titre était : une lampe allumée quelque part

 

 

 

 

Ca ne pouvait être qu'un réverbère 😁

Posté(e)
  • Auteur
il y a une heure, Diane a écrit :

Ca ne pouvait être qu'un réverbère 😁

Ok, rue des Frères Lumière, comme d'hab !

 

  • 3 mois plus tard...
Posté(e)
Le 22/06/2024 à 23:09, O Salto a écrit :

La petite n’est toujours pas rentrée

ce vent désert pétrifie la nuit

entends les chairs avortées du verbe 

elle se colle cette odeur

de cendre mouillée dans mon crâne

Ce passage poétique est comme une vision d'absence au cours de laquelle l'esprit monte tout en épingle jusqu'à songer au pire. Une sorte de passage Oulipien 🌟...(mais je peux me tromper).

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