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Le passage des Alpes

Featured Replies

Posté(e)

Dans l'hiver rigoureux des hautes solitudes,

Là où même l'oiseau ne s'aventure pas,

Où aucun animal ne hasarde ses pas,

La Nature est hostile. Son austère attitude

Où le printemps n'est plus n'a pas le moindre appas.

 

Les flocons tombent dru, ajoutant à la glace

Une neige immortelle et neuve dont le blanc,

Plus pur que le néant lui-même, est accablant.

Le vent soufflant toujours ne peut tenir en place

Et hurle sans arrêt un "Air du froid" troublant.

 

À la hauteur horrible où vivre est impensable

Les dieux se penchent sans comprendre car soudain

On voit une colonne avancer, au dédain

Pour le froid, pour le vent, pour la mort inexpiable...

Dix, cent, puis mille et plus, que font donc ces gredins ?

 

Le soleil luit à peine à travers les nuées.

Son reflet pâle éclaire un casque, là le fer

D'une épée. Une armée escalade l'éther !

Ils sont bien pâles, las. On voit exténuées

Des bêtes emportant les chariots dans l'enfer.

 

Les haleines dans l'air glacé montent et fument.

Puis on distingue un son jamais entendu là.

La cime tremble un peu sous le pied lourd et plat

D'un éléphant d'Afrique avançant dans la brume.

Son congénère suit. Et l'on barrit, là-bas...

 

Un officier monté remonte la colonne

Et son cheval libyen, transi, fou de terreur

Progresse maladroit, rejoignant l'éclaireur.

Son cavalier songeur regrette fort l'automne

Rhodanien, l'Hispania... Le froid lui fait horreur !

 

Enfin, premier marcheur de cette armée défaite,

Le cavalier parvient près de son général,

Fils aîné d'Hamilcar, favori de Bâal.

Lui seul ne tremble pas, l’œil fixé sur le faîte

De la montagne, il marche, augurant l'idéal.

 

Vêtu comme un soldat, portant de belles armes,

Ayant sur son épaule un ample manteau blanc

Et le casque punique attaché à son flanc,

Il avance à grands pas. Dans la paix, les alarmes,

Il est confiant, serein et médite ses plans.

 

Son œil gris et couvant de ténébreux orages,

Où la foudre fleurit, est plus vif que le froid.

Il entend Maharbal, s'écarte de la voie

Qu'il trace et puis écoute, l'air patient et grave

Et plus froid que l'hiver, du cavalier la voix :

 

« Nous ne passerons pas. La montagne est trop haute !

Déjà les Celtes, les Numides, les Libyens

Et les Carthaginois, vos hommes et les miens,

Tous, nous n'en pouvons plus ! Ce n'est pas votre faute

Avec un pareil froid, personne ne peut rien... »

 

Un gémissement sourd plus loin se fait entendre.

Un éléphant s'écroule et le son se répand

De son effondrement. L'écho heurte les pans

De la montagne affreuse et couleur de la cendre.

L’œil taciturne attend, insoucieux du Liban...

 

En tombant l'animal a cassé sa défense.

Le pachyderme geint, alors son conducteur

Ajuste son maillet, son ciseau de malheur,

Puis achève d'un coup le mammifère immense.

Un frisson court l'armée, un frisson de douleur.

 

Et Maharbal ajoute, le cœur pétri d'angoisse :

« Nous y passerons tous, sans trouver de secours.

Cessons cette folie et faisons demi-tour

Ou bientôt de l'armée il n'y aura plus trace !

J'ai froid ! Je me languis de la chaleur du jour. »

 

Puis Hannibal Barca, car c'est ce capitaine

Dont il s'agit, sourit. Le Barcide sourit...

Son sourire audacieux mieux que le pain nourrit

La troupe ivre d'espoir qui néglige sa peine,

Car ce sourire fier les chauffe, les guérit.

 

Tout à coup les nuées s’écartant et la neige

Cessant, il semblerait que la montagne attend

Qu'il parle en général à ces cœurs hésitants.

Mais lui sourit toujours d'un sourire qui allège

Le fardeau des soldats. Il sait prendre son temps...

 

Puis il dit : « Souffle dans tes doigts gourds et courage,

Courage Maharbal ! Et ne crains pas la mort.

Elle viendra toujours. Ici, elle aurait tort

Elle est frileuse et il fait froid. Dans le carnage

D'une bataille on la verra faucher plus fort.

 

Des Romains écoutez ce que je vous dévoile :

Mon père a fait jurer de les aller chercher...

Tu sais lutter, Numide, et ne sais pas marcher ?

Par des sentiers ardus, nous irions aux étoiles !

Rien, pas même le froid, ne peut nous empêcher.

 

Il suffit de sept jours, ce sera l'Italie !

La Gaule Cisalpine est pleine de Gaulois...

Croyez-vous donc qu'ils aiment des Romains les lois

Assez pour oublier leur valeur avilie

Par les aigles de Rome et son peuple sans foi ?

 

Votre gloire est acquise en traversant les Alpes.

Dans deux mille ans d'ici, on se souvient de vous !

Assis dans son ennui, on envie tous ces fous,

Qui passant monts et mers, affrontent les fils d'Albe

Sur leur propre terrain. Bâal même est jaloux ! »

 

L'armée reprend sa marche en suivant son étoile,

Des armes impatiente et de l'âpre combat,

Suivant donc Hannibal pour qui chaque cœur bat.

De silence et de neige un blanc nouveau s'installe.

Un Aigle, derrière eux, sur l’éléphant s’abat.

Posté(e)

Toujours cette veine historique qui ne tarit pas.

Que dire de plus quand c'est si beau.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un morceau de bravoure à la hauteur de l’épisode historique. C’était quand même fou de faire traverser les Alpes à une armée avec des éléphants!

Posté(e)

Vous avez ce don de conter avec force détails les exploits de l'Histoire c'est du beau travail, bravo ! 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Superbe mise en vers de l'épopée punique du grand Hannibal! Mis à part la souffrance des éléphants, j'ai toujours été fan de celui qui a failli venir à bout de l'arrogance romaine. Que des Gaulois l'aient accompagné est logique, mais cela s'est retourné contre eux. Je rêvais à dix-sept ans d'écrire une tragédie sur le thème éminemment romantique de cet homme que son père a fait jurer de venger la patrie. Mais bon, on rêve beaucoup à cet âge-là...

Posté(e)

Quelle épopée @Sertorius ! Vous avez bien choisi votre pseudo.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Quel souffle, @Sertorius ! Un beau souffle épique.

Posté(e)

Bonsoir,

J'admire et je vous béni de partager avec nous !

Merci !

 

 

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

À la sortie de mon village dans la vallée de Tarentaise, à l'entrée des gorges qui bordent l'Isère, il est un passage que l'on nomme "Les échelles d'Hannibal".

Le 16/10/2023 à 04:20, Sertorius a écrit :

« Nous ne passerons pas. La montagne est trop haute !

Déjà les Celtes, les Numides, les Libyens

Et les Carthaginois, vos hommes et les miens,

Tous, nous n'en pouvons plus ! Ce n'est pas votre faute

Avec un pareil froid, personne ne peut rien... »

 

Merci @Sertorius pour la relation émouvante de cette superbe épopée !

Modifié par Tarentaise

Posté(e)
  • Auteur

Hannibal traversant les Alpes (Turner).

 

(Si vous regardez bien l'image, on voit la trompe d'un éléphant se dresser dans le lointain...)

Joseph_Mallord_William_Turner_081.jpg

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