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Penthésilée

Featured Replies

Posté(e)

Les dieux sont revenus voir les travaux des Moires.

Tout près du Simoïs, sous les remparts d'Ilion,

Les Troyens et les Grecs défendent les mémoires

De leurs défunts lassés, ombres sans rébellion,

Descendus aux Enfers traverser les eaux noires.

Charon en voit passer chaque jour un million.

 

Au royaume d'Hadès, il pleut bien des oboles

Car Calchas a prédit la fin des Dardaniens,

Mais si Hector est mort, il faut vaincre les folles

Et sanglantes enfants d'Arès que les Troyens

Ont fait venir avec les pressantes paroles,

les serments et les dons de Priam et des siens.

 

Pourtant, Penthésilée est venue en découdre

Non pas pour acquérir des biens, mais affronter

Les plus grands héros grecs. Et dans son cœur la foudre

Du désir la conduit à la brutalité.

La gloire du combat a pu seule résoudre

Ce cœur farouche et fier à sauver la cité.

 

Et la reine amazone a fait bien des victimes

Depuis son arrivée avec douze des sœurs

Qu'Artémis aime tant. Amazones sublimes,

Elles tirent à l'arc inspirant dans les cœurs

Et la crainte et l'amour, sentiments légitimes,

Quoiqu'elles soient ici dépourvues de douceurs.

 

Surtout Penthésilée est belle entre ces belles.

Ses cheveux noirs et longs, son teint mat, ses yeux d'or,

Son corps ferme et musclé, tout rappelle, entre celles

Qui voulaient le fruit d'or, la plus chaste. Et le port

D'Athéna, son maintien, ses colères rebelles

À l'amour sont pareils... Et seule elle s'endort.

 

Au plus fort du combat, chevauchant sa cavale,

Hongre gris pommelé, sa flèche du carquois

Est très vite encochée, elle tire et le râle

D'angoisse de sa cible inspire des émois

Tels que les Danéens, en fuyant la royale

Meurtrière aux yeux d'or, invectivent leurs rois.

 

"Diomède, qu'attends-tu ? Abats donc cette femme !"

"Ménélas, que fais-tu ? Sauve-nous de la mort !"

"Agamemnon, son frère, es-tu un lâche infâme ?"

"Ulysse, prends ton arc et transperce son corps !"

"Idoménée, arrive et tue-la de ta lame !"

"Ajax, fils d'Oïlée, elle est pire qu'Hector !"

 

"Philoctète, avec l'arc d'Hercule, l'eût tuée..."

"Ajax le Grand est mort bien avant la saison..."

Ainsi parlaient les Grecs qui telle la nuée,

Quand Zéphyr souffle fort, derrière l'horizon

Se précipite et court, du pâtre saluée.

Mais de ce vain babil les flèches ont raison.

 

Scylès l'aède tombe. Tout près de l'omoplate

Un cruel dard l'atteint et son âme s'enfuit.

Transperçant son œil sain, la flèche scélérate

Touche Arsénios le borgne et l'agonie s'ensuit.

Zeuxis s'effondre aussi et son sang écarlate

S'étend en large flaque où le soleil reluit.

 

La reine trait sur trait tire et, visant Diomède,

Le second d'Achaïe est près de trépasser...

Lorsque son destrier atteint sous elle cède !

L'aérien javelot de loin l'a transpercé.

Penthésilée en se levant voit le sang tiède

Sortir à flots pressés du cheval terrassé.

 

Tournant vers les Argiens un regard plein de haine

Et désirant savoir qui d'entre eux a osé,

Elle voit s'avancer un guerrier dans la plaine,

Courant à sa rencontre. De loin il a visé

Et touché la cavale. Il court vite et sans peine.

La reine a tendu l'arc. Son trait va le briser.

 

Mais lui, courant toujours, en se jouant l'esquive.

Penthésilée encor s'y reprend à deux fois.

Sans même ralentir, attendant qu'elle arrive,

Et méprisant le trait comme fétu de bois,

De justesse il évite en une action furtive

Le dard cruel et sûr qu'on dirait qu'il prévoit.

 

Son casque corinthien à la lumière brille.

Sur sa crête s'agite un grand panache blanc.

La cuirasse dorée et solide l'habille.

Son bouclier orné est d'un détail troublant.

La cnémide descend jusque sur sa cheville.

Le voilà tant il court à Arès ressemblant.

 

Devant elle il se tient et l'on voit un sourire

Se dessiner après le bronze indifférent.

Il sourit l'insolent ! Penthésilée inspire

Puis se jette sur lui, mais sa lance en ouvrant

Ce ravissant balai passe loin sans occire

L'audacieux. Leur combat va en s'accélérant.

 

Bien qu'il soit très agile, elle est bien plus rapide.

Artémis n'instruit pas ses protégées en vain.

En plus d'être rapide elle est très intrépide,

Elle accélère encor et peu à peu le vainc.

La lance habile enfin, visant la carotide,

En soulevant le casque offre un aspect divin.

 

De blonds cheveux dorés où le soleil éclate.

De très grands yeux sérieux et bleus comme Athéna.

Un visage aux traits fins, à la peau délicate.

Le teint plus frais, vermeil qu'une Amazone n'a.

Et tout au fond de l’œil une pupille agate.

Cela brûle au fond d'elle et plus fort que l'Etna !

 

Son regard s'agrandit, sa lèvre carmin tremble,

Son sang se précipite en son cœur affolé

Et sa main sur la lance à la feuille ressemble

Agitée par le vent et qui va s'envoler.

Vainement elle songe et ses esprits rassemble.

Malgré elle, elle sent ses jambes flageoler.

 

Rougissant, n'osant voir, c'était pourtant facile,

Les yeux couleur d'azur, où de l'acier le gris

Se mêle, dans son sang entre le fer d'Achille !

Elle tombe étonnée et son cœur est surpris

D'être ainsi traversé, il est enfin fragile.

Elle ôte alors son casque, Achille pousse un cri.

 

Elle voudrait parler car il tremble à son tour,

Mais dans son sein le fer cruel s'est fait jour.

« Tu... Tu m'as... » Il se penche, il la prend dans ses bras

Il pleure, Achille pleure. Il sait bien qu'il n'aura

Que cet instant. Souriante elle lui dit : « Heureuse,

je meurs. » Et dans ses bras, elle expire amoureuse.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je sors épuisé, mais ô combien admiratif, de ces combats homériques dont la conclusion tragique est superbe. Juste une petite critique: pourriez-vous adopter une typographie plus lisible?

Posté(e)
  • Auteur

Mes excuses. Il semble que la police dont je me suis servi ne soit pas passée.

Je ferai mieux d'utiliser les polices proposées directement sur le site.

Posté(e)

J'avoue que, bien souvent j'ai beaucoup de mal à garder ma concentration lorsque les poèmes sont très longs, mais là, bravo, j'ai tout lu avec beaucoup d'avidité tellement je voulais connaître la fin de cette aventure de manière poétique (je connaissais déjà l'histoire de Penthésilée).

Fidèle à vous-même cher Sertorius @Sertorius, votre poème ne manque jamais de scènes de guerre, de bataille, de sang, de vainqueurs et de vaincus mais lorsque les sentiments font trembler le bras des uns qui meurent sous l'épée de l'autre alors l'histoire prend une autre dimension.

Merci pour cet épisode de la mythologie Grecque qui nous remet en mémoire ces guerrières Amazones qui n'avaient peur de rien mais dont le coeur, souvent solitaire, pouvait battre pour un homme.

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'admire votre art du détail, @Sertorius. Très beau poème, assurément ! La fin est éblouissante.

Posté(e)

Épuisée je suis aussi! 

 

une véritable odyssée chaque fois…qui se termine dramatiquement.

encore un féminicide bon sang !🤔

rien n’a donc changé …

Posté(e)

J'en reste bouche bée devant tant de connaissances mythologiques que vous mettez en vers avec un brio déconcertant.

Posté(e)

J'ai bien envie de reprendre à mon compte le commentaire de @Patricia qui a si bien dit mon propre ressenti ! 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

On a beau croire tout savoir de ce drame archétypal, on en sort toujours secoué, ne serait-ce que par un détail oublié bien que terrible.  Moi qui n'ai jamais aimé Achille, je sors confirmé dans mon exécration.

Posté(e)
  • Auteur

Voici la version de Théodore de Banville dans Les Exilés :

 

Quand son âme se fut tristement exhalée
Par la blessure ouverte, et quand Penthésilée,
Une dernière fois se tournant vers les cieux,
Eut fermé pour jamais ses yeux audacieux,
Des guerriers, soutenant son front pâle et tranquille,
L’apportèrent alors sous les tentes d’Achille.
On détacha son casque au panache mouvant
Qui tout à l’heure encor frissonnait sous le vent,
Et puis on dénoua la cuirasse et l’armure,
Et, comme on voit le cœur d’une grenade mûre,
La blessure apparut, dans la blanche pâleur
De son sein délicat et fier comme une fleur.
La haine et la fureur crispaient encor sa bouche,
Et sur ses bras hardis, comme un fleuve farouche
Se précipite avec d’indomptables élans,
Tombaient ses noirs cheveux, hérissés et sanglants.
Le divin meurtrier regarda sa victime.
Et, tout à coup sentant dans son cœur magnanime

Une douleur amère, il admira longtemps
Cette guerrière morte aux beaux cheveux flottants
Dont nul époux n’avait mérité les caresses,
Et sa beauté pareille à celle des Déesses.
Puis il pleura. Longtemps, au bruit de ses sanglots,
Ses larmes de ses yeux brûlants en larges flots
Ruisselèrent, et, comme un lys pur qui frissonne,
Il baignait de ses pleurs le front de l’amazone.
Tous ceux qui sur leurs nefs, jeunes et pleins de jours,
Pour abattre Ilios environné de tours
L’avaient accompagné, fendant la mer stérile,
Frémissaient dans leurs cœurs, à voir pleurer Achille.
Mais seul Thersite, louche et boiteux et tortu
Et chauve, et n’ayant plus sur son crâne pointu
Que des cheveux épars comme des herbes folles,
Outragea le héros par ces dures paroles :
Cette femme a tué les meilleurs de nos chefs,
Dit-il, puis les ayant chassés jusqu’à leurs nefs,
Envoya chez Aidès, les perçant de ses flèches,
Des Achéens nombreux comme des feuilles sèches
Que le vent enveloppe en son tourbillon fou ;
Toi cependant, chacun le voit, cœur lâche et mou,
Qui te plains et gémis comme le cerf qui brame,
Tu pleures cette femme avec des pleurs de femme !
À ces mots, regardant le railleur insensé,
Achille s’éveilla, comme un lion blessé
Sur le sable sanglant qu’un vent brûlant balaie,
Dont un insecte affreux vient tourmenter la plaie,

Et, voyant près de lui ce bouffon sans vertu,
Il le frappa du poing sur son crâne pointu.
Thersite expira. Car le poing fermé d’Achille
Avait fait cent morceaux de son crâne débile,
De même que l’argile informe cuite au four
Est fracassée avec un grand bruit à l’entour,
Alors que le potier, justement pris de rage
Et fâché d’avoir mal réussi son ouvrage,
En se ruant dessus brise un vase tout neuf.
Il tomba lourdement, assommé comme un bœuf,
Et, regardant encor la guerrière sans armes,
Achille aux pieds légers versait toujours des larmes.

 

(Par parenthèse, il ne s'agit évidemment pas d'un féminicide.

Ce n'est pas un meurtre, mais un duel entre deux guerriers au cours d'un conflit armé, dont l'un est une femme.

Penthésilée n'est pas tuée parce qu'elle est femme, mais parce qu'elle baisse sa garde pendant le duel.

Quant à Achille, il meurt quelques jours plus tard, tué par une flèche tiré par Pâris.)

Posté(e)
il y a 10 minutes, Sertorius a écrit :

 

 

(Par parenthèse, il ne s'agit évidemment pas d'un féminicide.

Ce n'est pas un meurtre, mais un duel entre deux guerriers au cours d'un conflit armé, dont l'un est une femme.

Penthésilée n'est pas tuée parce qu'elle est femme, mais parce qu'elle baisse sa garde pendant le duel.

 

Je plaisantais bien sûr 

Encore que….

Achille savait très bien qu’il combattait une Amazone….guerrière mais néanmoins femme !;😊

Posté(e)
  • Auteur

Pas d'erreur possible, c'est bien une femme.

Mais rassurez-moi, Penthésilée a bien le droit de combattre et de mourir au combat comme n'importe quel homme ?

Le fait qu'Achille tue Penthésilée, qui est une guerrière redoutable, n'est pas plus criminel que le fait qu'il ait tué Hector, autre guerrier redoutable ?

Penthésilée est un guerrier comme les autres et sa mort n'est pas plus tragique que celle d'Hector.

Le genre est sans importance au point de vue du combat ou de la mort des protagonistes.

Ce qui fait l'intérêt de ce mythe, c'est l'amour entre Achille et Penthésilée.

C'est le coup de foudre réciproque et la mort immédiate qui sépare les amants.

Il s'agit de deux âmes sœurs, deux guerriers nés, faits l'un pour l'autre, réunis par le destin.

Penthésilée baisse sa garde, parce qu'elle tombe éperdument amoureuse.

Achille reconnaît, mais trop tard, que Penthésilée est son âme sœur.

Tout est dans l'effet de retardement.

La violence du combat m'intéresse beaucoup moins que l'amour tragique qui unit les deux protagonistes.

C'est le temps très court où ils sont unis dans l'amour, juste avant la mort, que je trouve émouvant.

Orphée se retourne en dépit de l'ordre d'Hadès et Eurydice disparaît pour toujours.

Des larmes d'Aphrodite inconsolable et du sang de son amant Adonis naît la première rose.

Brünnhilde, comprenant qu'elle aime encore Siegfried, se jette dans son bûcher.

Il s'agit en plus d'un amour impossible.

Penthésilée, comme les autres Amazones, n'a pas le droit d'aimer un homme.

Achille est roi de Phthiotide, vassal d'Agamemnon, et ne peut que combattre Penthésilée.

 

Et, tout à coup sentant dans son cœur magnanime

Une douleur amère, il admira longtemps
Cette guerrière morte aux beaux cheveux flottants
Dont nul époux n’avait mérité les caresses,
Et sa beauté pareille à celle des Déesses.
Puis il pleura. Longtemps, au bruit de ses sanglots,
Ses larmes de ses yeux brûlants en larges flots
Ruisselèrent, et, comme un lys pur qui frissonne,
Il baignait de ses pleurs le front de l’amazone.

 

Posté(e)
il y a 2 minutes, Sertorius a écrit :

Pas d'erreur possible, c'est bien une femme.

....

Penthésilée baisse sa garde, parce qu'elle tombe éperdument amoureuse.

 

 

Mais ouiiii ...mais voila ! la femme est victime de sa faiblesse et de ses sentiments !

pas Achille ! 

pourquoi cela n'a t il  pas été le contraire ? 😁

Posté(e)
  • Auteur

Mais les hommes sont couramment victimes de leur faiblesse et de leurs sentiments.

C'est très fréquent en littérature : Frollo dans Notre-Dame-de-Paris, Tristan dans Tristan et Yseult, Mathô dans Salammbô, Heathcliff dans les Hauts de Hurlevent, ...

Les hommes de la littérature sont très loin de l'image de force et d'inflexibilité qu'on veut leur donner.

Voyez Lancelot, Yvain, dès le Moyen-Âge, dans les romans de Chrétien de Troyes.

Les femmes de la littérature sont très loin de l'image de vulnérabilité qu'on a voulu leur donner.

Voyez tout Balzac, tout Stendhal ou La Princesse de Clèves.

Le fait que Penthésilée cède la première n'est dû qu'au fait qu'elle est la première à voir le visage d'Achille et celui-ci cède immédiatement à son tour, dès qu'il voit le visage de Penthésilée.

L'ordre est indifférent, à ceci près qu'Achille ne pouvait mourir que percé d'une flèche au talon, donc vraisemblablement pas sous les coups de Penthésilée.

C'est la cohérence du récit qui détermine l'ordre des événements et non la phallocratie d'Homère.

Et Achille pleure, victime de sa faiblesse et de ses sentiments.

Posté(e)
  • Auteur

Je ne suis pas fasciné par la violence armée ou par je ne sais quelle virilité masculine.

Ce qui me passionne, c'est le drame humain, la souffrance, le malheur, la tragédie, la catharsis.

Je m'intéresse à des hommes ou des femmes aveugles aux prises avec leur destin dans un monde hostile.

Le sang est un accessoire, les armes sont du décor, les tambours de guerre un fond d'ambiance.

Achille et Penthésilée, c'est la petite sirène qui se change en écume de mer, c'est Tristan et Yseult buvant le hanap, ...

Posté(e)

Ne vous justifiez donc pas cher @Sertorius ! je vous taquine !

 

De toutes manières l'on sait bien que la Mythologie est remplie d'histoires féroces et guerrières

 qui finissent toujours en drames effectivement !

Une violence divine qui finira pas donner naissance à la violence humaine...

Posté(e)
Le 05/09/2023 à 09:18, Sertorius a écrit :

Les dieux sont revenus voir les travaux des Moires.

Tout près du Simoïs, sous les remparts d'Ilion,

Les Troyens et les Grecs défendent les mémoires

De leurs défunts lassés, ombres sans rébellion,

Descendus aux Enfers traverser les eaux noires.

Charon en voit passer chaque jour un million.

 

Au royaume d'Hadès, il pleut bien des oboles

Car Calchas a prédit la fin des Dardaniens,

Mais si Hector est mort, il faut vaincre les folles

Et sanglantes enfants d'Arès que les Troyens

Ont fait venir avec les pressantes paroles,

les serments et les dons de Priam et des siens.

 

Pourtant, Penthésilée est venue en découdre

Non pas pour acquérir des biens, mais affronter

Les plus grands héros grecs. Et dans son cœur la foudre

Du désir la conduit à la brutalité.

La gloire du combat a pu seule résoudre

Ce cœur farouche et fier à sauver la cité.

 

Et la reine amazone a fait bien des victimes

Depuis son arrivée avec douze des sœurs

Qu'Artémis aime tant. Amazones sublimes,

Elles tirent à l'arc inspirant dans les cœurs

Et la crainte et l'amour, sentiments légitimes,

Quoiqu'elles soient ici dépourvues de douceurs.

 

Surtout Penthésilée est belle entre ces belles.

Ses cheveux noirs et longs, son teint mat, ses yeux d'or,

Son corps ferme et musclé, tout rappelle, entre celles

Qui voulaient le fruit d'or, la plus chaste. Et le port

D'Athéna, son maintien, ses colères rebelles

À l'amour sont pareils... Et seule elle s'endort.

 

Au plus fort du combat, chevauchant sa cavale,

Hongre gris pommelé, sa flèche du carquois

Est très vite encochée, elle tire et le râle

D'angoisse de sa cible inspire des émois

Tels que les Danéens, en fuyant la royale

Meurtrière aux yeux d'or, invectivent leurs rois.

 

"Diomède, qu'attends-tu ? Abats donc cette femme !"

"Ménélas, que fais-tu ? Sauve-nous de la mort !"

"Agamemnon, son frère, es-tu un lâche infâme ?"

"Ulysse, prends ton arc et transperce son corps !"

"Idoménée, arrive et tue-la de ta lame !"

"Ajax, fils d'Oïlée, elle est pire qu'Hector !"

 

"Philoctète, avec l'arc d'Hercule, l'eût tuée..."

"Ajax le Grand est mort bien avant la saison..."

Ainsi parlaient les Grecs qui telle la nuée,

Quand Zéphyr souffle fort, derrière l'horizon

Se précipite et court, du pâtre saluée.

Mais de ce vain babil les flèches ont raison.

 

Scylès l'aède tombe. Tout près de l'omoplate

Un cruel dard l'atteint et son âme s'enfuit.

Transperçant son œil sain, la flèche scélérate

Touche Arsénios le borgne et l'agonie s'ensuit.

Zeuxis s'effondre aussi et son sang écarlate

S'étend en large flaque où le soleil reluit.

 

La reine trait sur trait tire et, visant Diomède,

Le second d'Achaïe est près de trépasser...

Lorsque son destrier atteint sous elle cède !

L'aérien javelot de loin l'a transpercé.

Penthésilée en se levant voit le sang tiède

Sortir à flots pressés du cheval terrassé.

 

Tournant vers les Argiens un regard plein de haine

Et désirant savoir qui d'entre eux a osé,

Elle voit s'avancer un guerrier dans la plaine,

Courant à sa rencontre. De loin il a visé

Et touché la cavale. Il court vite et sans peine.

La reine a tendu l'arc. Son trait va le briser.

 

Mais lui, courant toujours, en se jouant l'esquive.

Penthésilée encor s'y reprend à deux fois.

Sans même ralentir, attendant qu'elle arrive,

Et méprisant le trait comme fétu de bois,

De justesse il évite en une action furtive

Le dard cruel et sûr qu'on dirait qu'il prévoit.

 

Son casque corinthien à la lumière brille.

Sur sa crête s'agite un grand panache blanc.

La cuirasse dorée et solide l'habille.

Son bouclier orné est d'un détail troublant.

La cnémide descend jusque sur sa cheville.

Le voilà tant il court à Arès ressemblant.

 

Devant elle il se tient et l'on voit un sourire

Se dessiner après le bronze indifférent.

Il sourit l'insolent ! Penthésilée inspire

Puis se jette sur lui, mais sa lance en ouvrant

Ce ravissant balai passe loin sans occire

L'audacieux. Leur combat va en s'accélérant.

 

Bien qu'il soit très agile, elle est bien plus rapide.

Artémis n'instruit pas ses protégées en vain.

En plus d'être rapide elle est très intrépide,

Elle accélère encor et peu à peu le vainc.

La lance habile enfin, visant la carotide,

En soulevant le casque offre un aspect divin.

 

De blonds cheveux dorés où le soleil éclate.

De très grands yeux sérieux et bleus comme Athéna.

Un visage aux traits fins, à la peau délicate.

Le teint plus frais, vermeil qu'une Amazone n'a.

Et tout au fond de l’œil une pupille agate.

Cela brûle au fond d'elle et plus fort que l'Etna !

 

Son regard s'agrandit, sa lèvre carmin tremble,

Son sang se précipite en son cœur affolé

Et sa main sur la lance à la feuille ressemble

Agitée par le vent et qui va s'envoler.

Vainement elle songe et ses esprits rassemble.

Malgré elle, elle sent ses jambes flageoler.

 

Rougissant, n'osant voir, c'était pourtant facile,

Les yeux couleur d'azur, où de l'acier le gris

Se mêle, dans son sang entre le fer d'Achille !

Elle tombe étonnée et son cœur est surpris

D'être ainsi traversé, il est enfin fragile.

Elle ôte alors son casque, Achille pousse un cri.

 

Elle voudrait parler car il tremble à son tour,

Mais dans son sein le fer cruel s'est fait jour.

« Tu... Tu m'as... » Il se penche, il la prend dans ses bras

Il pleure, Achille pleure. Il sait bien qu'il n'aura

Que cet instant. Souriante elle lui dit : « Heureuse,

je meurs. » Et dans ses bras, elle expire amoureuse.

Wouhou 🙌 un excellent récit poétique, mythologique ! Une épopée des mots aux sonorités héroïques 😉 bravo !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un poème empli de bruit et de fureur, un don certain pour captiver ton lecteur !

Les images sont intenses, l'action omniprésente et les références tellement séduisantes !

Nous rêvons avec bonheur !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Vous avez l'art de subjuguer le lecteur et de le conduire avec passion à travers le feu des combats vers le dénouement de la tragédie. Superbe @Sertorius !

Le 05/09/2023 à 16:18, Sertorius a écrit :

Elle voudrait parler car il tremble à son tour,

Mais dans son sein le fer cruel s'est fait jour.

« Tu... Tu m'as... » Il se penche, il la prend dans ses bras

Il pleure, Achille pleure. Il sait bien qu'il n'aura

Que cet instant. Souriante elle lui dit : « Heureuse,

je meurs. » Et dans ses bras, elle expire amoureuse.

 

Posté(e)

@Sertorius

 

La guerre de Troie n'aura pas lieu ! Et hop !

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