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Le dernier berger

Featured Replies

Posté(e)

 

Il paraît sur la crête mauve

Méditant quand la nuit se sauve

Pris dans la flammèche du jour ;

Sa cabane est en bas, pauvrette,

Cernée d’un roulis de clochettes

Près de la cascade au tambour.

 

Ses trois chiens épient les silences,

Le moindre écho sans vigilance,

Le museau tapi sous le vent ;

Il est temps de gagner l’estive,

De fuir les ornières actives

Trop bavardes pour le levant.

 

Tandis qu’un choucas chapelète,

Voilà le troupeau qui s’apprête,

Cinq cents moutons de Savournon*,

A suivre ce joyeux sillage,

Vieux patois d’oseille sauvage,

A drailler l’adret en chanson.

 

Le berger connaît chaque ronce,

Les sous-bois, sourcils qui se froncent,

Avant le mont au front pelé ;

Un loup se méfiant du nombre

Pourrait surprendre en sa pénombre

L’innocence d’un agnelet.

 

Bientôt le vallon et l’alpage,

La bonne herbe aux mains des nuages,

Tout ce que juin a dans le cœur :

Une source au goût de myrtille,

Mille fleurs ornées de pampilles,

Sous le mélèze, un doux rêveur…

 

Il rêve et jouit d’une oreille,

Pipette le chant des abeilles,

Attelle son âme avec soin

A la coquine bartavelle

Qui fait si bien la courte échelle

Aux senteurs cachées dans les foins.

 

Le temps chamoise sa passade,

Le grand cortège au loin s’évade

Mais le berger reste serein ;

Son ail des ours, son pain de seigle,

Sa cachaille* à détrôner l’aigle

Lui ont donné cet air mutin.

 

Ici, pas d’argent, pas d’affaires,

Il boit l’eau des montagnes mères

Offrant sa poitrine au soleil ;

Il sort d’une tige un nocturne,

D’un buis taillé, la toupie brune,

Change l’absence en pot de miel.

 

J’aime ce berger, sa frimousse

Et son quignon de lune rousse,

J’aime puiser dans son regard :

Un glacier bleu de galéjades,

Véga, ses charretées de jades,

Les guenilles d’un preux blizzard.

 

Certains diront : quelle vie rude

A ravauder sa solitude

Comme un poète, un exilé !...

Il se taira, pure sagesse…

Qui sait ce qu’un névé professe

Loue l’agnelage des pensées !...

 

La cachaille*d'origine provençale, est un mélange de vieux fromages de chèvre ou de brebis avec l'eau de vie et un peu d'huile d'olive. Cela peut se conserver pendant plusieurs années. C'est très fort, avis aux amateurs. il existe aussi une version corse...apocalyptique!

 

Savournon* est une commune des hautes -Alpes réputée pour ses agneaux.

 

Modifié par Frédéric Cogno

Posté(e)

Quel plaisir de lecture autant dans la forme que dans le fond!

Rien ne manque pour le lecteur qui aime s'évader en suivant les vers d'un auteur qui sait raconter une histoire à travers la vie simple et magnifique de ces bergers qui savent la vie et qui, pourtant, humblement, se taisent.

Le paysage est de toute beauté, les couleurs, les parfums, les bruits mais aussi les craintes se cachent derrière vos mots mais surtout la quiétude, la sérénité et le silence de ses grands espaces font rêver chaque poète.

La seule chose qui, j'avoue ne me fait pas rêver c'est la cachaille!!!!

Merci Frédéric @Frédéric Cogno pour cet esprit de liberté sauvage.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un doux voyage au coeur des alpages  avec de sublimes métaphores, @Frédéric Cogno ! Quel talent!

Modifié par Sophie

Posté(e)
Il y a 5 heures, Frédéric Cogno a écrit :

Certains diront : quelle vie rude

A ravauder sa solitude

Comme un poète, un exilé !...

Il se taira, pure sagesse…

Des vers si vrais...

 

Très belle chronique d'une transhumance à l'ancienne dans les alpages. Dans une langue riche, généreuse et passionnée. 👏

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je retrouve avec bonheur la truculence et la richesse de ta plume! Le pays - le vrai - chante dans ces sizains à la fois vigoureux et pleins de délicatesse. Un peu comme si Giono ou Ramuz s'étaient faits poètes. Un portrait enchanteur par une plume enchantée.

 

 

 

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un poème qui fleure bon la vie pastorale des alpages.

Posté(e)

merci à vous, la lecture est bonne et évocatrice de sensations, parfums et paysages...

Posté(e)

ça m'a rappelé "Le cul du berger sentira toujours le thym" chanté par Fernandel (je ne l'ai pas trouvée sur Youtube)

Voilà un poème bien provençal avec ses senteurs incomparables et ce berger (en voie de disparition) est bien sympathique sous ta plume ! 💫

Posté(e)
  • Auteur
il y a une heure, Joailes a écrit :

ça m'a rappelé "Le cul du berger sentira toujours le thym" chanté par Fernandel (je ne l'ai pas trouvée sur Youtube)

Voilà un poème bien provençal avec ses senteurs incomparables et ce berger (en voie de disparition) est bien sympathique sous ta plume ! 💫

Je suis comme un lutin

Tout nu dans la garrigue,

Le cul frotté de thym

Apprenant le becfigue,

 

Dans l’errance du soir,

J’ai l’âme du berger,

Ce mets, il faut le croire,

Me donne envie d’aimer.

 

extrait de mon texte "la ratatouille" où j'évoque cette image. 

J'ignorais que Fernandel chantait cela. Merci Joailes!

Posté(e)

C'est beau coome un conte de fées.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un magnifique voyage vers l'alpage avec les senteurs et les bruits du terroir pour nous guider vers des pays que les nuages emportent je ne sais où ? Superbe d'authenticité @Frédéric Cogno🌠

Le 02/09/2023 à 17:39, Frédéric Cogno a écrit :

A suivre ce joyeux sillage,

Vieux patois d’oseille sauvage,

A drailler l’adret en chanson.

 

Posté(e)

@Frédéric Cogno

 

Le 02/09/2023 à 10:39, Frédéric Cogno a écrit :

Tandis qu’un choucas chapelète

Que demander de plus à la vie ? Et top !

Posté(e)
Le 02/09/2023 à 10:39, Frédéric Cogno a écrit :

 

Il paraît sur la crête mauve

Méditant quand la nuit se sauve

Pris dans la flammèche du jour ;

Sa cabane est en bas, pauvrette,

Cernée d’un roulis de clochettes

Près de la cascade au tambour.

 

Ses trois chiens épient les silences,

Le moindre écho sans vigilance,

Le museau tapi sous le vent ;

Il est temps de gagner l’estive,

De fuir les ornières actives

Trop bavardes pour le levant.

 

Tandis qu’un choucas chapelète,

Voilà le troupeau qui s’apprête,

Cinq cents moutons de Savournon*,

A suivre ce joyeux sillage,

Vieux patois d’oseille sauvage,

A drailler l’adret en chanson.

 

Le berger connaît chaque ronce,

Les sous-bois, sourcils qui se froncent,

Avant le mont au front pelé ;

Un loup se méfiant du nombre

Pourrait surprendre en sa pénombre

L’innocence d’un agnelet.

 

Bientôt le vallon et l’alpage,

La bonne herbe aux mains des nuages,

Tout ce que juin a dans le cœur :

Une source au goût de myrtille,

Mille fleurs ornées de pampilles,

Sous le mélèze, un doux rêveur…

 

Il rêve et jouit d’une oreille,

Pipette le chant des abeilles,

Attelle son âme avec soin

A la coquine bartavelle

Qui fait si bien la courte échelle

Aux senteurs cachées dans les foins.

 

Le temps chamoise sa passade,

Le grand cortège au loin s’évade

Mais le berger reste serein ;

Son ail des ours, son pain de seigle,

Sa cachaille* à détrôner l’aigle

Lui ont donné cet air mutin.

 

Ici, pas d’argent, pas d’affaires,

Il boit l’eau des montagnes mères

Offrant sa poitrine au soleil ;

Il sort d’une tige un nocturne,

D’un buis taillé, la toupie brune,

Change l’absence en pot de miel.

 

J’aime ce berger, sa frimousse

Et son quignon de lune rousse,

J’aime puiser dans son regard :

Un glacier bleu de galéjades,

Véga, ses charretées de jades,

Les guenilles d’un preux blizzard.

 

Certains diront : quelle vie rude

A ravauder sa solitude

Comme un poète, un exilé !...

Il se taira, pure sagesse…

Qui sait ce qu’un névé professe

Loue l’agnelage des pensées !...

 

La cachaille*d'origine provençale, est un mélange de vieux fromages de chèvre ou de brebis avec l'eau de vie et un peu d'huile d'olive. Cela peut se conserver pendant plusieurs années. C'est très fort, avis aux amateurs. il existe aussi une version corse...apocalyptique!

 

Savournon* est une commune des hautes -Alpes réputée pour ses agneaux.

 

Que serait la montagne sans le berger et l’inverse… un scénariste n’aurait pas eu l’élégance et l’esprit de vos mots amoureux pour restituer cet environnement et ce lien particulier de l’homme et la nature qui savent chacun ce qui est l’un de l’autre dans leurs complémentarités. Merci pour ce beau poème !

Posté(e)
Le 02/09/2023 à 10:39, Frédéric Cogno a écrit :

Qui sait ce qu’un névé professe

Loue l’agnelage des pensées !...

Vous nous donnez dans ce poème le grand air, la lumière, la montagne, le ciel, la solitude et la sagesse.

On ne peut que saluer la richesse du lexique qui se rapporte à la nature.

Et vous remercier pour cette bouffée d'air frais.

  • 2 semaines plus tard...
Posté(e)

Y a t-il un registre dans lequel tu n'excelles pas ? 

J'aime les images et la forme de tes mises en scène... 

Tu sais planter le décor et l'enjoliver par le choix de tes mots..bravo !! Et merci pour ce très beau partage 👍

  • 2 mois plus tard...
Posté(e)

Au fur et à mesure de ma lecture montait la voix de Fernandel dans un 33 tours reçu enfant et qui disait les "Lettres de mon moulin". cette authenticité du propos, que le poème parvient à mettre en avant offre la magnifique dureté de la vie du berger, la majesté des montagnes en la beauté des jours et des nuits.

 

Magistral 🌟

 

Le 02/09/2023 à 10:39, Frédéric Cogno a écrit :

Bientôt le vallon et l’alpage,

La bonne herbe aux mains des nuages,

Tout ce que juin a dans le cœur :

Une source au goût de myrtille,

Mille fleurs ornées de pampilles,

Sous le mélèze, un doux rêveur…

 

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