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La mer (II)

Featured Replies

Posté(e)

 

Sa caresse au long cours s’en remet à la plage,

Pubis aux cistes d’or où se tiennent sauvages,

Des va-et-vient moussants au mille doigts de fée,

D’algues et de cheveux, esprits échevelés,

Feulant et s’hérissant sur le sable frelot

Où se pâment souvent bracelets de grelots,

Galets sanguinolents, roulis d’île opaline,

Chuchotis chavirés, chaland des nuits chagrines,

Fétiches, talismans, amulettes d’écailles,

L’hymne pourpre et nacré au remous des trémails,

Pour des contrepoints noirs de fièvres sans répons

Quand l’immense naufrage a saigné les grands fonds.

 

Et le soleil paraît. L’horizon s’affranchit.

Pourtant malgré l’aurore il fait encore nuit.

L’air frais palpe une larme et attendrit les môles.

Les sternes lesteront crachins et fumerolles.

Elégies et douleurs vont chagriner les lieux.

On pressent un grand bruit jusqu’au donjon des cieux.

 

Il se passe c’est sûr quelque chose de grave.

Le ciel intimidé soudain prend un teint hâve.

De funèbres flambeaux dans le lointain surviennent.

S’ébrouent des poulpes noirs sous ses roches pelviennes.

 

Allongée sur le dos, dévêtue, cœur à prendre,

Non, ne lui parlez plus d’une matinée tendre.

Callipyge de l’aube elle s’offre aux vieux vents,

Les vagues du désir peignent les chevaux blancs.

Son front cherche minuit et bascule en arrière,

Ses flots se révulsant signent de courts éclairs.

Toute parée d’émois, ses mamelons s’insurgent

Devant ce grand vertige à l’est du démiurge.

Mercenaires, ses seins émergent des bas-fonds

Et son poitrail armé d’angoissants ailerons

Fait naître la panique et la houle à férir,

L’oppressant rituel qui va oindre et languir.

 

Des spasmes retenus explorent un malaise,

La troublée s’agrippe et griffe jusqu’à l’alaise.

Gigoteuse aux pieds fous, taclant les fonds crayeux,

Ses lames vont briser les plus profonds essieux.

Elle éclate en sanglot la tête entre ses mains,

Se vautre au bord du lit des douleurs dans les reins,

Se tourne et se retourne inondée de souffrances,

Avilie de salive et d’affreuses laitances ;

Elle vomit, vomit, toutes tripes dehors,

S’éjecte de stupeur pour insulter les ports,

Eructe un nœud de fiel entre toutes les baves

Parlant mille jargons en un reflux d’épave.

Un mal inexpliqué, transfert inavouable,

L’assaille et la lapide, elle crie, effroyable,

De terribles larsens, des débris de larynx

Comme on dépècerait plein de vie un gros lynx,

Des mots-brumes scalpés au grand rut du Moloch,

Détonnant d’irrespect bousculés sur les blocs,

Lèvres pincées, rieuse, ivre et mutine en transe,

Le regard imprégné de fausses innocences,

A force de tousser, ravagée, suffocante,

Mêlant ses longs cheveux au phare hiérophante,

S’agitant par à-coups, écervelée, rageuse,

Mais la moue suppliante et les traits d’une gueuse,

 Effarée, tâtonnant comme une vieille aveugle,

Elle crache l’injure et son sordide beugle.

Son front à l’horizon lève son voile noir,

L’enclouure à ses yeux l’interdit de nous voir.

D’obscènes séraphins arrivent par nuées,

La forcenée rugit, ils vont la pénétrer…

  

Assaillie d’ombres flasques, ô abysses fécondes !

Tu gifles tes aveux sur les rochers meurtris,

Un appel surgirait de tes gorges profondes

Où dorment les secrets sous le sable contrit.

 

A suivre...

Posté(e)

Une musique époustouflante de mots hauts en couleurs

Bravo.

Posté(e)

Hé bé…

 

Seconde bordée de stances d’un poème fleuve, enfin mer, plutôt, aux nombreux alexandrins en abondance d’épithètes et de métaphores sibyllines. Sous un soleil de napalm, s’ébrouent d’interlopes créatures marines et Vénus surgissant des flots, le tout saupoudré, çà et là, de visions hallucinatoires dans une sorte de bacchanale orchestrée des limbes neptuniennes comme si Hugo et Lovecraft avaient copulé frénétiquement sur la grève pour enfanter  une toile vierge que Dali n’aurait plus qu’à peindre.

 

On reste un peu pantois face à ce souffle épique et cette verve débridée et débrodée. Cette mer m’a un peu secouée la carcasse, je vais aller me recoiffer.

 

Hélo

Modifié par Héloïse Maubert

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Devant une personnification d'une telle ampleur, d'une si vivace beauté, je crois que même le grand Victor s'inclinerait. Frédéric, c'est un tableau époustouflant que tu nous offres - et qui donne opportunément, en ce printemps poussant sa vague, l'envie de se précipiter sur la côte pour se jeter dans les griffes de ce monstre adorable!

 

 

 

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)

La mer a ceci d'incommensurable qu'elle inspire à l'infini.  

 

Mais qu'as-tu voulu dire par là ? Encolure ? 

 

pardon de lire religieusement et de m'arrêter sur ce que je n'ai pas compris. 

 

Il y a 11 heures, Frédéric Cogno a écrit :

L’enclouure à ses yeux l’interdit de nous voir.

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Débauche de mots, exaltation, on est enseveli mais admiratif sous l’avalanche.

Posté(e)
  • Auteur
Il y a 5 heures, Joailes a écrit :

La mer a ceci d'incommensurable qu'elle inspire à l'infini.  

 

Mais qu'as-tu voulu dire par là ? Encolure ? 

 

pardon de lire religieusement et de m'arrêter sur ce que je n'ai pas compris. 

 

 

Ce n'est pas encolure Joailes mais le mot enclouure qui vient du verbe enclouer : enfoncer un clou dans une chose. L'enclouure est ici une image qui traduit une immense difficulté, une grande douleur aussi comme un cheval à qui on enfonce un clou au pied... Ici ce sont les yeux de la mer (personnification) qui subissent l'enclouure...

 

Merci de me lire religieusement. Si tu as d'autres incompréhension, n'hésites pas.

Posté(e)

@Frédéric Cogno

 

Il y a 20 heures, Frédéric Cogno a écrit :

Pubis aux cistes d’or où se tiennent sauvages,

On ne s'emmerde pas chez toi ! Et hop !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un univers unique dépeint avec maestria en vos vers, @Frédéric Cogno ! 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Épique, sublime, toute la magie de la mer... Un grand bravo @Frédéric Cogno

Posté(e)

Magnifique! Comme une toile qui se dévoile petit à petit!

  • 3 mois plus tard...
Posté(e)

Quel tableau épique que ce second volet ! Les vers s'envolent, claquent et se déchirent pour mettre en avant cette mer, notre plus grand continent (si je puis dire). 

Les images sont nombreuses où l'on verrait une immense déesse en furie remplacent ce vieux Poséidon. Merci pour cette lecture empreinte d'un érotisme délicat et qui renouvelle grandement nos petites cartes postales maritimes. 💫

 

Le 10/04/2023 à 12:35, Frédéric Cogno a écrit :

Callipyge de l’aube elle s’offre aux vieux vents,

Les vagues du désir peignent les chevaux blancs.

Son front cherche minuit et bascule en arrière,

Ses flots se révulsant signent de courts éclairs.

Toute parée d’émois, ses mamelons s’insurgent

Devant ce grand vertige à l’est du démiurge.

Mercenaires, ses seins émergent des bas-fonds

Et son poitrail armé d’angoissants ailerons

Fait naître la panique et la houle à férir,

L’oppressant rituel qui va oindre et languir.

 

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