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Sous les cils du levant (VI)

Featured Replies

Posté(e)

IX L' abbaye dans le bois

 

Des lueurs clignotent dans les feuilles dormantes,

 

Je m’approche pour voir au judas d’épouvante…

 

Une abbaye en peine a élu domicile,

 

De grands caveaux fumants…voilà que sous tes cils,

 

Des moines endeuillés enterrent un des leurs.

 

Ils suivent sans bruit la main portée au cœur,

 

Le funèbre lampion dans les brumes fantômes.

 

Ces ombres de granit prient Saint Jean Chrysostome,

 

Sur leurs lèvres la croix, impassibles et jais,

 

Comme des mages noirs perçant l’ombre et l’attrait.

 

Je comprends à présent l’étrange thébaïde,

 

Je me souviens des fleurs au pied du déicide,

 

De ce chemin pierreux qui parlait aux chardons,

 

La conquête du bois jouait de ma raison.

 

A présent, que vois-je entre sommeil et dormir ?

 

La caverne enfanter un rien qui fait pâlir,

 

Des gens sortis d’un gouffre au bliaud nébuleux

 

Qui esquivent la mort méditant avec dieu,

 

Qui louent aussi la nuit, sérum imputrescible,

 

Inoculé dans l’air mais qui rend très visible

 

Leur lente procession, leurs âmes cutanées.

 

Or, ce lieu effrayant, je le croyais damné…

 

Sous les cils du levant, sans mémoire apocryphe,

 

Aucun autre décor aussi noir dans ses griffes,

 

Ne m’aura autant dit un soir d’engoulevent

 

Sur la pulpe funèbre et l’envol des gisants,

 

Sur ce qui peut naître et ne plus être autrement.

 

Mes yeux souvent absents tracent confusément

 

L’aire d’une onde d’or, à défaut d’y cibler

 

Le blanc fourmillement du mystère allaité,

 

D’un ange aussitôt né aussitôt dans le ciel,

 

En un mot la rencontre avec l’aube réelle…

 

Qu’aurais-je imaginé sur ce socle spectral ?

 

Sous les bois barbelés d’épines féodales ?

 

Un lieu-dit tout tremblant ? Une ogresse forêt

 

Capturant sous son joug un lugubre clergé ?

 

L’entrée de la chapelle aux vitraux démolis

 

Où tous les vents d’hiver hurlent leurs gémonies,

 

Ressemble étonnamment au tableau de Caspar*,

 

Du noir si sensuel qu’il teint un râle épars

 

D’un beau rose auroral se dénudant plus pâle.

 

Là, au blanc de tes yeux, la lune y prend son voile…

 

Sous les cils du levant, tes catafalques noirs,

 

Tes sépias pour pendus, tes couleurs d’au revoir,

 

Cachent en vérité, invisible à l’œil nu,

 

Des agates du ciel, la source de Jésus

 

Qui se baigne parfois avec l’esprit des roses

 

Pour effeuiller ton âme en tes paupières closes…

 

 

 

 

Caspar David Friedrich: Peintre et paysagiste romantique allemand de la fin du 18ème siècle. Je me suis inspiré de sa toile célèbre "l'abbaye dans le bois".

 

A suivre...

 

 

 

Posté(e)

Ce peintre m'a également bien des fois inspirée car ses toiles sont très "parlantes". J'en aime encore plus ton poème, sachant où il a trouvé naissance ... Bravo cher @Frédéric Cogno ! 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des images sublimes se succèdent en vos vers. Très belle inspiration !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L’inspiration et le souffle du long poème ne se démentent pas. J’y vois un grand talent poétique et j’admire le travail.

Modifié par Jeep

Posté(e)

@Frédéric Cogno

 

De la belle suite dans de bonnes idées formellement incarnées. Et hop ! c'et top.

Posté(e)
  • Administrateur

Je suis un grand admirateur des oeuvres de Caspar David Friedrich. Essayez donc de vous y plonger avec un air de flamant rose, mais vous l'avez sans doute déjà fait😉. Pour en revenir à cette sixième livraison des cils du levant, celle-ci est ma préférée, sans doute en raison de cette ambiance bien particulière que vous avez su mettre en place et qui me parle fort bien.

Posté(e)

Intense poème qui s'inspire d'un paysage de cauchemar en des vers superbement expressifs.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Quelle inspiration! Les épisodes se succèdent et l'intérêt ne fait que grandir!

Posté(e)

Un travail magnifique à tous points de vue ! J'abonde tous les commentaires précédents et j'admire votre talent.

Posté(e)
Le 02/05/2021 à 13:05, Frédéric Cogno a écrit :

 

Je me souviens des fleurs au pied du déicide,

De ce chemin pierreux qui parlait aux chardons,

La conquête du bois jouait de ma raison.

 

Tes sépias pour pendus, tes couleurs d’au revoir,

Cachent en vérité, invisible à l’œil nu,

Des agates du ciel, la source de Jésus

Qui se baigne parfois avec l’esprit des roses

Pour effeuiller ton âme en tes paupières closes…

 

 

De remarquables tournures dans ce nouveau volet (qui a bien failli m'échapper !)

Incroyable texte, ton imagination ne s'essouffle donc jamais...

Et puis, quelle poésie. J'en reste bouche bée.

Bravo @Frédéric Cogno c'est superbe ! 😯

Posté(e)

Quel récit ! Nous restons comme figés d'émotions devant le spectacle de ce cortège funèbre. Vos vers nous surprennent comme des spectres et nous impressionnent par la qualité de leur imaginaire, sans les facilités que permettrait un sujet si puissant. Mais non, vous restez juste jusqu'au bout. J'ai songé à Poe, autre étoile noire du romantisme gothique. Je ne suis guère sensible d'ordinaire à ce courant mais son esthétique est sublime lorsqu'elle est portée par quelqu'un comme Caspar David Friedrich. J'ai retrouvé cette intensité dans votre texte.

Posté(e)
Le 02/05/2021 à 13:05, Frédéric Cogno a écrit :

Sous les cils du levant, sans mémoire apocryphe,

Aucun autre décor aussi noir dans ses griffes,

Ne m’aura autant dit un soir d’engoulevent

Sur la pulpe funèbre et l’envol des gisants,

Sur ce qui peut naître et ne plus être autrement.

 

Un beau travail d'écriture pour une ambiance expressive !

Posté(e)

Du grand, du fort, du beau... du @Frédéric Cogno quoi ! A chacun de mes retours, je te trouve plus truculent qu'avant mon départ. Bravo l'artiste !

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