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Facilis descensus Averno ( ou Il est aisé d'entrer en Enfer)

Featured Replies

Posté(e)

 

Mes yeux se ferment péniblement,
Je suis devant une cavité,
Une garde empreinte d’apitoiement,
Défie qui compte de s’y engouffrer.

 

Mais on me pousse, je tombe vivement,

L’air souffreteux brûle mes poumons,

Puis l’abîme froid devient ardent,

Je vois le charnier des démons.

 

Neuf anneaux et à chaque étage,

Des hommes de plus en plus meurtris,

Par tous un fleuve en son sillage,

Porte un navire dans sa patrie.

 

Sangs, pus et foutres se déversent,

De tous les pores de l’agonie,

Et dans l’abysse en rude averse,

Remplit un bassin de sanie.

 

Tout en bas la fosse est obscure,

La cendre y tombe comme en flocons,

Un quai à travers le sulfure,

Attend un arrivage fécond.

 

Fourches et rires éraflent et piquent,

La foule avanie sur le vibord,

Peine et regret laissent atoniques

Les âmes défigurées des morts.

 

Ils descendent en traînant les pieds,

Du bateau qui n’a pas de voile,

Accueilli par de vils damnés,

Emprisonnés dans la cabale.

 

Au milieu de la fournaise terne,

Trône le père de l’abominable,

En face les déchus se prosternent,

Le maudit récite une fable.

 

L’histoire contée est celle d’un ange,

Qui s’est un jour pris à douter,

Son maître est pour tous très étrange,

Il aime qu’à lui tout soit dédié.

 

Pourtant n’est-ce pas la liberté

Qui doit guider toute création ?

Le joug ne peut être accepté,

Il mène alors une rébellion.

 

Mais les idées ne suffisent pas,

D’un geste le maître le maudit,

L’ange exilé dans l’au-delà,

Cloîtres damnés, sombres taudis.

 

Ainsi le conte est si touchant,

Que je me mets presque à douter,

Mais ces paroles sont des serpents,

Maintes voix se mettent à susurrer.

 

La caverne de feu résonne,

Voilà mon cœur aussi chancelle,

Quand l’une des têtes du roi s’étonne,

D’une vie par-delà les venelles.

 

Sa gueule s’étire et se raidit,

Un hurlement couvre le chaos,

Une langue occulte psalmodie,

La géhenne bouche du cachot.

 

Inquiet, des râles s’imposent à moi,

Je suis saisi de toute parts,

Et l’on me traîne devant le roi,

Derrière les morts forment un rempart.

 

L’infect sacré aux crânes fétides,

Me toise de deux toises et demie,

Fige douze juges sur l’intrépide,

Le pâtre face au géant frémis.

 

Sur l’originel siège un ange,

Dont la présence permet de lire,

La souffrance de goutter la fange,

Sans cesse attaché au Délire.

 

Son âme implorait le seigneur,

Tel l’accablé qu’aucun n’entend,

Il s’acharnait avec ferveur,

D’une foi sans pareil engouement.

 

Les autres parlèrent une langue occulte,

Qui retentit comme le tonnerre,

L’olympe attentif au tumulte,

Tonna en saillie luminaire.

 

Voici les mots montés en râles,

Et la réponse tombée en pluie,

Echo divin, lien achiral,

Cercle, chaos et harmonie.

 

« De toi, jaillit un éclat fade,                

Les bêtes se cachent à ton regard,

Les autres se groupent en vile pléiade,

De tous côté toujours hagard. »

 

« Tu as vu l’ombre qui anime,

Chacun des hommes sur cette terre,

Dans la folie qui les décime,

Réside la beauté délétère. »

 

Devant l’absurde l’esprit distrait,

Point d’au-delà pour nous les hommes,

Voilà l’idée qui m’animait,

Avant de pénétrer Sodome.

 

La mort n’offre donc pas de repos,

Aux âmes en fuite de l’existence,

Ni réconfort, halte ou hameau,

Aux âmes damnées de la potence.

 

Pour tous le doute s’infiltre partout,

La vérité n’est point clémente,

A-t-elle décelé le va-tout,

Que depuis l’aube je fomente ?

 

« Maudite soit-tu croyance aveugle,

Maudite soit-tu tyran des âges,

L’obscurantisme pour ceux qui beuglent,

Puis mène les hordes les plus sauvages.

 

Et dans le couloir de l’effroi,

Ils en oublient d’être céans,

Ils tournent leurs yeux perclus vers toi,

Pensant échapper au néant.

 

Je n’ai qu’une foi, sans dieu ni diable,

Qu’une volonté inextinguible,

Prompt à forger l’inoubliable,

Dompter une pensée indicible. »

 

Les cieux s’ouvrent et Dieu choit,

Dans une descente de vive lumière,

Le temps des absolues échoit,

En consécration séculière.

 

Puis vois le mal qui périclite,

Sous les assauts de l’ange pleureur,

Ragaillardi par la faillite,

Et les lamentations des chœurs.

 

Désormais libre de ses liens,

Le saint remercie mon laïus

Qui aura mené au déclin

De ces antiques olibrius.

 

Ma main saisi le phénomène,

Et il me dit d’un air de plainte,

« On peut tuer Dieu dans son domaine,

Pas vaincre les idées sacrosaintes. »

 

Puis je m’éveille comme un fantôme,

Mon esprit seul gouverne le pieux,

Mais je distingue dans ma paume,

La marque de mon pacte odieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Modifié par Ozymandias

Posté(e)

Bravo c'est très bien écrit, l’intérêt, la curiosité, s"emballent au fil de la lecture, et l'émotion s'intensifie. 

Posté(e)

Dante aurait sans doute puisé quelques images de ce poème  pour parfaire la vision de son enfer ?

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une visite aux Enfers effroyable à souhaits, menée avec talent!

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Administrateur

Une description des Enfers que Jerome Bosch n'aurait pas renié.

C'est là bien sur un compliment 🙂 

Posté(e)
Le 01/04/2021 à 11:10, Ozymandias a écrit :

Ma main saisi le phénomène,

Et il me dit d’un air de plainte,

« On peut tuer Dieu dans son domaine,

Pas vaincre les idées sacrosaintes. »

 

L'enfer du décor ! 

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