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Une nuit sans fin

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Posté(e)

     La nuit au bout du jour, fragments de lumière dans la brume immanente, pellicule miroitante des phares trouant l’horizon factice, comme si l’ordre imparfait de souvenirs lointains eût pu rétablir une quelconque réalité.

     Les mots en suspens qui auraient pu parler de nous, de ceux qui auraient pu à force de silence rompre les nuances de gris en flots de clarté dans le manteau d’hiver d’un ciel incompréhensible.

    Vide du moindre avenir, l’avenue est une descente d’où l’on ne revient pas, rythmique des nuits obscures où, les mains enfouies au fond des poches, l’air de ne plus rien savoir - ni le temps ni l’espace - plane le reflet ondulant de ses cheveux filant vers les lacets fuligineux de ruines entrelacées où je me noie.

    J’ai beau me dire que la pluie finira bien par laver l’excès d’ailleurs telle la saleté au fond d’étroites ruelles, sans me perdre dans d’improbables angles à sonder le néant… Rien n’y fait : ni les voix lancinantes des sirènes le long des cataractes - cercles hiératiques dans l’enfer interminable du Strip - ni l’alignement des bars éclairés de néons enfiévrés aux abords des trottoirs.

    Je me souviens de sa silhouette comme au premier soir, les yeux enfouis dans les profondeurs insondables d’une voûte spectrale à sonder le silence, sans un regard pour quiconque eût osé l’aborder, tant les lignes parfaites posées en cet endroit précis n’eussent pu être rompues. Le sentiment d’être autre chose qu’une ombre de plus dans l’immensité de la nuit, s’imposa comme une certitude au milieu des lumières aveuglantes baignant la femme d’une sensualité inouïe, à tel point qu’il me fût impossible d’oublier son visage.

    Les mots ne vinrent pas. Ce qui aurait pu être se fondit en une masse informe de souvenirs dilués à la périphérie de connexions infimes, répliques sans fin de possibles qui ne vécurent que l’instant d’une pensée fugitive, seule variante au modus operandi d’un futur inimaginable.

    Même après, quand vinrent les mots à force de hasards, sans gestes pour ne pas succomber à ses yeux par peur de m’y perdre ; souffle dérisoire dans la condensation du vide…

    Il y eut les dîners, les couchers de soleil aux lueurs safranées, les nuits à écumer les bars sous une pluie de néons, puis ce regard figé au-delà des possibles, l’arc des sourcils finement ciselés, en toute immobilité, cherchant la substance infrangible d’une porte entrouverte sur des ponts de traverses à sonder le désastre.

    Puis, un soir identique à tout autre à contempler la densité des êtres dans le froid grelottant des comptoirs, il fut seul. Seul comme il ne l’avait jamais été, la chaise vide de l’absence de l’autre, de cette femme fondue à ses côtés en des pensées larvaires, muette de tous les silences présents et à venir.

    Il ne la revit plus, ni ce jour ni après ; décida de se perdre dans d’éternels lendemains, flots incessants de rivières aveuglantes aux encoignures des bouches ; l’exil dessiné en diaphragme sur la bande d’arrêt d’urgence d’immenses artères, face à la certitude de l’absence totale ; toutes saisons pleines d’un hiver engourdi par le froid sidéral qui ne prendrait fin qu’au jour de sa mort, lorsque le brouillard magnifié en lambeaux d’images cathartiques le délivrerai du souvenir de l’autre.

    Il vit la dislocation des lumières à travers le rideau de pluie, les bras tentaculaires de Norton et Sunset dans un embrasement infini de lueurs sidérantes jusqu’aux confins déchiquetés d’Hollywood ; le tumulte hiératique des stripteaseuses inondées de néons - blondes peroxydées se pavanant sous les enseignes lumineuses des clubs - les chairs cicatricielles des camés le long des blocs ; poivrots titubants au sortir des bars ; escrocs et dealers en tous genres battant le pavé du Strip : toute silhouette diluée tel le stroma d’un thylakoïde géant s’étalant dans le lacis tortueux d’une aube crépusculaire.

 

 

    Les parcelles d’ombres en miroir fractionnées désassemblent l’espace qui me sépare de toi, en lignes de pertes fissurées à la lueur des phares, et ce regard que je voudrais éteint en tous lieux m’éblouit le long des trajectoires fantasmatiques que le vent porte en lui, comme l’effluve de souvenirs calcinés, loin, plus loin que mes yeux ne sauraient voir, chaque nuit plus floue, écorchée par l’éclatante beauté d’un azur dévasté, tels des ceanothes éparpillés en bord de route, bribes abandonnées au macadam d’une cité démentielle.

    Les jours s’effacent, noyés dans le brouillard constant d’une plaie invisible, le temps sans cesse redéployé en une vaste étendue de rues dans l’estuaire gelé de tous les pas d’hiver, ignorant les saisons comme l’éclipse totale d’un soleil voilé par le mouvement immuable du continuum où transhume la douceur d’un visage sous les plis monotones d’une mécanique abstraite.

   

 

    Je pense à cette nuit qui n’en finit plus de mourir, au temps qui s’écoule à travers les êtres.

    Je pense au désastre d’une vague qui s’abat en silence sur l’éclat de toute vie, réduisant l’existence à un simple murmure.

    Je pense à ces corps qui déferlent telles des ombres factices avachies sur la route ; aux trouées dans les murs où saignent les orages.

    Je connais les passages où s’exaltent les vents des souvenirs mourant dans le tumulte des fortifications. Par rames entières ils affluent, brisant les caténaires parcourues de méandres pour venir s’échouer dans l’enchevêtrement de rues drapées de salissures.

    Je connais ce sourire qui n’appartient qu’à elle, la courbure des collines sous mes doigts hésitants.

    Je sais qu’une telle œuvre n’est pas pour moi. Qu’aucune œuvre ne l’est.

    Je sais où mènent les chemins : vers ce nulle part où je m’incline, à errer le long des catafalques.

    Je vais dans l’aube agonisante où pointe la grisaille d’un ciel assombrissant dans le sillage d’une nuit sans fin.

Posté(e)

Une prose en torrent traversée d'images hallucinées qui brossent un tableau apocalyptique d'un décor de nuit qui sert de témoin à un amour impossible toujours fuyant et qui hante  celui qui

" pense à cette nuit qui n’en finit plus de mourir, au temps qui s’écoule à travers les êtres."

L'imaginaire trouve ici d'étonnantes images qui portent ce texte flamboyant vers la poésie.

Modifié par Darius

Posté(e)
  • Auteur

@DariusMerci pour ce sympathique commentaire !

Posté(e)
  • Administrateur

Un coup de cœur en forme d'évidence pour cette poésie en prose.

Je retrouve dans vos lignes des thèmes  qui me sont chers, une atmosphère urbaine, lourde d'un spleen dont on ne sait comment se défaire, avec un champ lexical qui sait magnifier cela avec talent. Merci pour ce beau moment de lecture Stéphane.

Posté(e)
Le 05/12/2020 à 17:11, Stephane94 a écrit :

Je pense au désastre d’une vague qui s’abat en silence sur l’éclat de toute vie, réduisant l’existence à un simple murmure.

 

Finalement, le résumé d'un désamour !

Posté(e)
  • Auteur

Merci également à @Eathanoret @Seawulf!

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