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Oubli de solitude (à mon père)

Featured Replies

Posté(e)

OUBLI DE SOLITUDE

 

 

La vitre éclate

Sur la couverture

D’un mois glacé

Accueillant la pierre

En mille morceaux

 

Défiant le rythme des labours

Une lave encore chaude

Drapée

Dans un même vertige

Tremble dans sa chute

Remontant à la source

Pour perdre la trame

De l’ignorance

 

Une lumière

Couronnée de douleurs

Au centre de nos veines

Règle le chaos

Jusqu’à l’idole

Inconnue

 

Il faudra ramasser

Petit à petit

L’erreur de nos fatigues

 

La brèche

Aiguisée d’absolu

Entêtée

De quelques guirlandes

Recueille l’apesanteur

De ce théâtre

Pour divertir

L’autre royaume

 

Ne pas mourir

Détourne le parcours

Forgeant le glaive

D’une chanson

À demi nue

Tamisant à ciel ouvert

Les semences recuites

Qu’enfourche l’audace

Du roc informe

 

Un clocher

Frileusement

Se tourmente

De ne plus donner l’heure

 

 

À court d’haleine

Le soleil

En deux morceaux

Un de glace

Inerte

L’autre qui frôle l’horizon

Dort à moitié

Dans le sens régulier

De l’encens

 

La porte s’ouvre

Sur le couloir

Car le masque brisé

Ne guide plus le chemin

De nos paupières

La blessure

Embaumée de lueurs pourpres

Façonne

Un autre passage

 

Au hasard d’un tambour

S’inventant des gestes

Interminables

Les juges disparaissent

Dans les déserts

Nocturnes

 

Sur le rideau bleu

Rigide

L’océan filtre

Nos retrouvailles

 

Le tableau sombre

Qui nous devine

Surveille la forêt

Mais la réponse absente

Est semblable à nos mains

 

Bousculant

Les mailles du filet

L’horloge récompensée

Ecoute inconsciemment

Les soupirs métalliques

Qui referment la trappe

 

Un cavalier pourrait conclure

Mais les rêves

Se parlent entre eux

Et le sabre travesti

Invente son combat

Dans la corbeille

Les fruits ont pour écho

Le sommeil des oiseaux

 

Gisant

L’air perdu

Enveloppe la trace

D’un duvet partagé

 

Ondoyant

Le seuil

Vibre

À la déroute

De l’éclat

 

Captives

Trop de feuilles

Souffrent de printemps

 

Certains jours de pluie

Peuvent se comprendre

L’instant

Ne pleure pas les souvenirs

 

Affronte le duel

 

Prolonge la musique

 

Respire les mots

À la renverse

 

Longtemps

Est déjà près de nous

Et les fils

En face

Sur l’autre rive

Ont trahi la mémoire

Du serpent

 

Très peu de dentelle

Sur l’épaule d’un banc

Explique au sable gris

L’inévitable remords du feu

 

Le regard

Fatal frémissement

Vient de détruire

La forme

 

 

 

 

À l’infini

L’angle dirige

L’incertitude

De nos brumes

 

Rencontrant l’oubli

L’hiver à reculons

Marche sur de troublantes

Fougères

 

La racines

Fécondent le vent

Dispersant l’héritage

Dans un long cri

De solitude

Prophétique

 

Dans le dos

Un miroir ensablé

A la fièvre du jour

 

 

Claquant des doigts

Pour mieux maquiller

L’étincelle primitive

Du silex

Le bruit de l’eau

Éloigne le peintre aveugle

Séparant l’écorce

Du bracelet

 

À l’écoute des battements

Dans sa coquille

La corde tourne

Défigurant à jamais

La chevelure

Des nuages

 

Vers d’autres parfums

Sur la terrasse

Un fidèle citron

Traverse le chagrin

 

Pour revenir

Sur ses pas

Dans les plis

Du brouillard

Le grand large

S’élargit

 

 

En une multitude

De présents conjugués

 

N’écoute pas la bougie

Elle peut encore frémir

Et laisser la fumée

Au cercle futur

Car naître

Est au dernier village

Ce que les graines

Sont aux sentiers

Fatigués

 

Coupable de passé

Dans sa prison

Un arbre bizarre

Et beaucoup trop vieux

Nous condamne

 

Les épines désaccordées

Dépouillent lentement

Le faisceau des violons

 

Parfois

Les voiles tendues

Entre ciel et vagues

Protègent sans limite

Le règne immense

D’un regret

Sonnant

Les soupirs

Qui nous dépassent

Jusqu’à l’absence

De la muraille

 

Les fleurs séchées

Sur la fenêtre

Interprètent clairement

Nos prières

 

 

L’immobile

Fait peur à l’étoile

Vagabonde

Et la montagne

Est surprise par l’enfant

 

 

 

 

 

Pour envahir

La mousse des clairières

Le tintement

Costumé de l’encre

Écarquille l’épaisseur

Apparente

De l’aube prolongée

 

Le plancher craque

Refermant le verrou

D’une maladresse

 

L’offrande

Au large

S’exhibe

D’une façon étrange

Au plus profond

D’une vitrine d’argile

 

 

Devant cette lumière

Permanente

Le fer rouge

A des reflets

De mensonges

 

Sur le chemin

La rivière n’embrasse

Que la poitrine

Du moulin

 

À travers le cristal

Jaunissant nos vêtements

L’unique

A transpercé nos cœurs

Au chevet

De l’habitude

 

Doucement

Et beaucoup plus fort

Le désir limpide

Se fait silence

 

Déesse de puissance

Tu tombes sur la table

Emprisonne fragile

Le poignard

Entre les dents

Le peu de nuit

Qu’il nous reste

Autour de la maison

 

 

 

Comme le loup

Tend sa gorge

Pour offrir la défaite

L’énigme passagère

Se promène au creux

De l’évidente senteur

Que développe

Pétrifiée

La blancheur

Des baisers

 

Pour prendre dans ses bras

L’espace endormi

Tu racontes les semailles

Mais les jours passent

 

Dans sa ceinture

De cuivre

La flamme qui divise

Cache le temps

Sous le murmure

Des braises

 

Le volume qui baisse

Peut pénétrer la terre

 

Au-dessus de nos têtes

Depuis toujours

La foudre a son secret

Et les nids se vident

Pour les vendanges

 

L’ombre déterrée

Vierge de toutes barrières

Moissonne le velours

 

Les poussières

Sur d’anciens manteaux

Miment notre ivresse

 

Si l’on ne prend garde

Avant de prédire

Les diamants

La glaise

Peut réveiller

Les abîmes

Car le vide au galop

Est un piège

Pour ce jardin

Immergé

 

 

Les pèlerins

Craintifs du jour

S’abreuvent de frissons

Avant de se noyer

Dans la chaleur oblique

 

Sur les remparts d’acier

L’usure sillonne les cratères

Et l’écume moribonde

Sillonne les écluses

 

La chair des torrents

S’écartèle au rythme

Des cascades

 

Celles qui dansent

Aux perles de sang

Effacent la neige

De nos yeux

 

La douce raison

Des chapelles

Trompe l’œil

Inutile

Accouplant victime

L’invisible du matin

À venir

 

Un clou

Solitaire

Juste à côté

Nous souffle l’espérance

D’un voyage

 

Alors

 

Avant la déchirure

De nos poumons

Avant qu’il ne s’envole

Je lui fais ce cadeau

 

Un oiseau

Curieux

 

C’était peut-être

Une pomme

Peut-être un sein

 

Tout s’organise si bien

 

Quelques plumes

Vers le bas

Après les couleurs

Presque par terre

Le long de la peinture

Je veux dire

L’autre forme

 

Ailleurs un soir

 

Une balance

Qui ne bouge pas

 

Un seul chiffre possible

 

Déchirer

Sera l’angoisse apprivoisée

De la pénombre

 

Éclore

Sera le verbe

De nos songes.

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une première lecture dont on pressent qu’il faut la recommencer de nombreuses fois pour saisir la profondeur de chaque strophe et en première impression celle de gerbes de mots déposées  à la mémoire fondamentale de votre père. Merci @Pierre pour ce poème magistral.

Posté(e)

Riche, trop riche peut être, pour que nous puissions épuiser ce flots d'images qui à partir d'une évocation traverse toute une vie, ou plutôt tous les remous qu'agitent les souvenirs profondément ancrés dans le coeur de l'auteur.

Posté(e)
  • Administrateur

😯

Un travail d'ampleur pour lequel je te tire mon chapeau. Un poème dense qu'il convient de relire de nombreuses fois pour l'éplucher convenablement se l'approprier un minimum.

Posté(e)

Une avalanche d'émotions,un déluge de pensées,qui ensevelissent le lecteur.J'en ai le souffle coupé.

Posté(e)

Un tourbillon poétique dont on ne sort pas indemne.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Kaléidoscope d'images qui résonnent, me semble-t-il, comme autant de petites paraboles. Ces éclats sont d'une grande profondeur. Magnifique!

Posté(e)

Un poème fleuve qui aime serpenter entre les arbres d'une forêt primaire. Le crayon forme des boucles qui parfois s'ouvre largement pour y faire entrer les courants chauds.

Posté(e)

Un grand bravo @Pierre pour ce long poème à la mesure de votre talent. 

Posté(e)

devant votre éternité je m'incline modestement

Posté(e)

@Pierre

 

C'est long et bon. Je dirais même plus : c'est bon et long. Et hop ! un coeur.

Posté(e)

Je ne sais pourquoi j'aime votre écriture @Pierre ! Peut-être parce que vous nous emmenez dans des labyrinthes dont je ne suis pas sûr que vous en connaissiez vous-même l'issue ! Vous marchez sur des chemins encombrés de mots, et vous piochez comme on accroche des formes et des couleurs dans les forêts, les sentiers escarpés ou les ciels de tempête ! Et vous ne pourriez même les mettre tous dans vos poches ; alors vous montez des cairns ou déclenchez des avalanches ! C'est peut-être ce jeu là que j'aime bien, dérisoire ; autant que les formes rendues ! Bien amicalement.

Posté(e)
  • Auteur

Ces quelques vers m’ont été inspirés par le ciel et la terre après le départ de mon papa, il y a déjà 37 ans.

Après re et relecture ces derniers temps, je m’aperçois que j’aurai pu l’écrire hier, comme quoi se qui vient du cœur ne change pas.

 

Merci à tous pour vos lectures et vos commentaires qui sont toujours d’un grand soutient.

Posté(e)
  • Auteur

Pierre

Modifié par Pierre

Posté(e)
  • Auteur
Il y a 16 heures, O Salto a écrit :

Je ne sais pourquoi j'aime votre écriture

O salto ne chercher pas à savoir pourquoi, c'est là que la poésie est la plus belle, celle qui autorise l'émotion sans comprendre, mais vous le savez déjà puisque vous vous laissez emmener avec plaisir dans les labyrinthes. Bien amicalement

  • 2 semaines plus tard...
Posté(e)
Le 01/11/2020 à 10:41, Pierre a écrit :

Il faudra ramasser

Petit à petit

L’erreur de nos fatigues

 

Le 01/11/2020 à 10:41, Pierre a écrit :

Sur le rideau bleu

Rigide

L’océan filtre

Nos retrouvailles

 

Le 01/11/2020 à 10:41, Pierre a écrit :

Respire les mots

À la renverse

 

Le 01/11/2020 à 10:41, Pierre a écrit :

Pour envahir

La mousse des clairières

Le tintement

Costumé de l’encre

Écarquille l’épaisseur

Apparente

De l’aube prolongée

 

Le 01/11/2020 à 10:41, Pierre a écrit :

Au-dessus de nos têtes

Depuis toujours

La foudre a son secret

Et les nids se vident

Pour les vendanges

 

Le 01/11/2020 à 10:41, Pierre a écrit :

Éclore

Sera le verbe

De nos songes.

 

 

Magnifique cheminement.

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