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J’ai perdu haleine

Featured Replies

Posté(e)

cauria_932862178_bateau.jpg

 


J’ai entendu le vent, celui des jours tristes, des jours bleus aux fenêtres sages et inaccessibles,
des lanternes mornes que des brumes ensevelissent à l’heure des métamorphoses, écouté des musiques, au silex des voûtes que des silences abritent, dans les rues du hasard.
J’ai cherché les mots comme on cherche une fleur, je les ai pris alors qu’ils étaient en extase,
remplis de leurs couleurs ; il y en avait des roses qui s’en allaient dans les couchants, des rouges safran, de ceux que l’on trouve sur le flanc éteint des montagnes, là où meurent les automnes, des blancs que le temps façonne au gré des saisons, des mauves qui vous font perdre la raison.
J’ai ouvert tout grand mes yeux après les labours, sous un ciel ensemencé d’amour, puis j’ai couru sur des quais où la mer se souvient des silhouettes que les ombres abandonnent.
J’ai souri aux salves des matins lumineux, j’ai pleuré à l’écueil d’un regard éteint, trébuché sur les mots du passé, d’un présent qui me regarde.
Alors j’ai perdu haleine, sous les cadrans fous déversant leur trop plein d’existence, en la résonance des mots habillés d’illusion. Vous aviez dit ces mots, je les avais dit aussi. Sont-ils les miens, sont-ils les vôtres.
Le dérisoire est là, et les mots changent de masque, immortels mots qui d’une lèvre succombent, à peine entendus, et renaissent ailleurs.
Regardez, ils nous entourent, invisibles, ils ont pourtant leur couleur et leur saveur, ils sont morts et vivants à la fois.
J’ai perdu haleine, je ne sais plus quand, était-ce un soir bavardant sa tristesse, ou était-ce au lever du jour caressé de lumière, dans le silence parfait où l’on écoute sous son front une multitude de mots qui se bousculent et se rangent sagement.
Souvent je les ai emprisonnés sur du papier, bien rangés avec leurs points, leurs virgules, pour les aider à respirer tant il sont immobiles.
J’ai refermé des livres avec l’impression de les étouffer, car ce sont des oiseaux aux ailes si grandes qu’ils ont besoin de liberté.
Mes mots sont des oiseaux au vol cadencé, entre le clair obscur, entre la vie et la mort, voyageurs de nulle part, et leurs yeux ont ce reflet semblable à une âme qui serait mienne.
Parfois il se sont tus, habillés du vertige apprivoisant des gouffres affreux.
Ils se sont étourdis aussi au comptoir des habitudes, quand l’air du soir se plaint , leur regard était un bateau ivre et la mer s’en fichait.
Volez mes oiseaux, d’existence en existence, sans compter votre énergie.
Ce soir le ciel s’est habillé du mauve de votre encre, la lune berceuse de chagrin vous guide,
et des fissures où sommeille la vie vous montrent leur étrange sagesse.
Volez de rive en rive, vous que j’avais couvert de draps sombres et de si peu de clarté, volez mes oiseaux.
Moi j’ai perdu haleine au carillon, à son chant venu de si loin.
Plus tard, je suis sur que j’entendrai leur vol, dans la pénombre absurde qui m’aura fait ce mendiant sage.
La face vers le ciel, les yeux creux, faisant semblant de les voir voler, et peut-être quelques mots emprisonnés sur le marbre, épitaphe figée en lettres dorées, lassées d’être lues et de ne pouvoir s’envoler.

Ô non, plutôt une tache d’encre, comme pour tout recommencer.

Posté(e)

C'est comme si la vie avait tout à coup trouvé l'haleine des mots.

C'est magnifique.

 

J'ai reçu votre recueil Dérive.

Je suis très impatiente.....

 

Posté(e)

Encore un somptueux texte que vous nous livrez là, Thierry. Merci. 

Posté(e)
  • Administrateur

Encore un nouveau cœur à vous attribuer. Je ne les compte plus mais il est difficile de se retenir devant la force de vos images. Qu'il s'agisse de vers ou de prose, vous excellez cher Thierry.

Posté(e)

Je n'ai pas de mot pour encenser le pouvoir des vôtres. Les vôtres, ils étourdissent, endorment, réveillent, secouent.

Et laissent la sensation d'avoir lu quelque chose de très beau.

Posté(e)

Vos "mots sont des oiseaux" qui volettent dans nos têtes pour nous dire la beauté, merci !

Posté(e)
  • Auteur

Merci à vous bonne journée.

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