Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

La boutique a fermé

Featured Replies

Posté(e)

 

 

La terre ne tourne plus rond

le compas a perdu son crayon

ne reste que la pointe

de l'épée

les mots se dispersent

les lèvres gercent

où est le cercle

 

l'ortographe fout l'camp

on la flagelle, on la textote,

c'est vrai qu'on gagne du temps

pour parler avec ses potes

mais c'est dommage

ses lettres de noblesse

disparaissent

et la ponctuation

s'évapore

 

 

moi, j'aimais bien « je viens te chercher, Princesse »

plutôt que tumeplé en SMS

 

ils font des remaniements

de drôles de raccourcis

et dans la pâtée de Fido

j'ai trouvé des mots

en copeaux

 

ils se sont mis à aboyer

j'ai perdu le tempo

 

ils ont trafiqué le dico

bientôt la vilaine fotedortograf

n'en sera plus une

 

les règles de grand-mère

sont loin derrière

 

avec la conjugaison

dans leurs combinaisons

de nylon pour les rombières

de soie pour les banquières,

 

elles m'emmenaient dans leurs jupons

avec leurs papis russes

et leurs histoires d'un autre ton

 

 

J'étais la boutiquière

du coin d'la rue Apollinaire

j'vendais des poèmes,

des tas de souvenirs

et l'almanach Vermot

 

mes vieux dictionnaires

avaient vécu

et les érotiques

ne plaisaient plus

 

J'ai mis la clé sous la porte-plume

bouquiniste c'est désuet

comme l'odeur des encriers ;

 

ma tête sur l'enclume

j'ai regardé mes bourreaux

ils s'envoyaient des signaux

en bougeant tous leurs doigts

sur des cadrans électroniques

 

après le dernier mot,

en abrégé comme il se doit,

sur un clavier psychédélique

ils parlaient une langue

que je ne connaissais pas.

 

 

Je fus graciée, grâce à cela.

 

Ma boutique est morte

je vends des chocolats

pour m'acheter un pas-de-porte

 

ma chandelle, n'en parlons pas,

la plume du sergent major est chez ma tante

cette année les clous ont rouillé

sur ta tombe il y a un hortensia

 

le temps continue son œuvre

 

il n'y a nul endroit dans le monde

où la paix me pénètre autant,

la terre redevient ronde

et je retrouve mon crayon

 

Demain, j'irai faire mon marché,

comme si de rien n'était

comme si les mots étaient restés

ici, à cet endroit,

où, au fond, peu importe l'orthographe

puisque on se parle encore,

comme autrefois

dans les patois

 

et puis j'arrêterai d'écrire

parce que je ne saurai plus

tous les mots pour le dire

auront disparu.

 

Ce soir, moi, la boutiquière

du coin d'la rue Apollinaire

qui vendais des poèmes,

et l'almanach Vermot

 

je suis rentrée chez moi

avec un spleen gros comme ça

je n'ai pas su que faire

je n'avais plus de mots

 

je pleurais mes dictionnaires

et mes almanachs Vermot

 

alors est arrivé Apollinaire

avec une bande de rigolos

on a passé la soirée sur la mer

sur un joli paquebot

 

je n'ai plus jamais rien écrit

après ça

je n'aurais su le dire

en abrégé.

 

(J.E sept 2019)

Posté(e)

Un texte à lire dans nos écoles. Tu devrais y faire des interventions régulières pour sensibiliser nos chérubins. Avec toi, la fonction même de poète prend tout son poids.

Posté(e)
Il y a 12 heures, Joailes a dit :

je n'ai plus jamais rien écrit

après ça

je n'aurais su le dire

en abrégé.

Bravo ❤️

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Vot pohème me plé bocou. 1 keur!

Posté(e)

On  fond littéralement  en larmes en vous lisant. Ce bon vieux temps où l’on ne tordait pas le cou à la syntaxe, où l’on écrivait des  lettres joliment brodées de mots rares, est bel et bien révolu. Ne baissons cependant pas les bras, faisons en sorte que cette belle langue que nous avons acquise grâce au dévouement de nos chères institutrices et nos chers instituteurs n’aille pas à vau-l’eau.  Si des lèvres d’Eluard s’envolent des colombes comme disait Jean Ferrat. Des lippues de vos chérubins fusent de vilaines mouches dont le bourdonnement  enquiquine. Je ne peux faire l’impasse sur cette jolie trouvaille : papis russes ; papyrus, ce jeu de mot résume  à lui seul le mauvais traitement que l’on inflige aujourd’hui à la langue de Molière. Votre témoignage poétique me rassure quelque peu. Dans  mon oasis aux confins du Sahara, loin de la capitale où l’on continue à parler français, le français  est quasiment moribond.

 

Posté(e)
  • Auteur

Je suis très touchée, @ouintenabdel par votre ressenti. Merci. 

Posté(e)

@Joailes,

 

Cela sent sa prof qui doit émouvoir son auditoire... Un poème agile et gracieux comme un lapin (agile, le lapin). Alors, sans hésitation, hop ! Un coeur.

Posté(e)
  • Auteur

Merci, Marc 🙂 c'est un compliment qui ne peut venir que de toi ! 😉 

 

cadrl602.gif

Modifié par Joailes

Posté(e)

Un poème touchant. Du réalisme dans chaque strophe. Mes remerciements pour toute cette patience pour écrire un texte aussi long.

 

Avec un peu de retard chaque moyen de communication subit le temps. A sa manière bien sûr.

 

Posté(e)

Bonsoir @Joailes, Je partage sans réserve ce constat de délabrement de la pratique de notre belle langue, malheureusement, l'exemple vient de haut, d'en bas aussi... Les joueurs de Scrabble ont un dictionnaire spécial en ''français'' où l'on trouve des mots chinois, russes, anglais, etc. , alors que des mots présents dans le Littré sont exclus, c'est un peu la Novlangue  de George Orwell dans son célèbre roman '' 1984 ''. 🙂  Bravo pour ce beau plaidoyer ! ❤️

Posté(e)

Une déclaration d'amour aux mots, au français et un constat sans appel qui refroidit le cœur. Je me demande combien d'enfants aujourd'hui cherchent encore un mot dans un dictionnaire, puis de mot en mot, de définition en définition, de page en page, connaissent la joie de la chasse au trésor linguistique...

Posté(e)

 

@Joailes

 

 

C TRAIT image.png.3634088873ad725867959b727b6bf1a9.png NEZ GRIS

Posté(e)

Dussé-je être le seul, je mets ici un bémol. Oh, un bémol pas bruyant pour deux sous, un bémol diminuendo, à peine sostenuto. Le langage ne cesse de se réinventer, les mots sont faits pour être bousculés, un jour viendra un poète du sms, qui aura du talent et nous esbaudira.

Un type dans le genre Boris Vian ou dan le genre Queneau:

 

 Tonton, qu'elle crie, on prend le métro ?
- Non.
- Comment ça, non ?
Elle s'est arrêtée. Gabriel stoppe également, se retourne, pose la valoche et se met à espliquer.
- Bin oui : non. Aujourd'hui, pas moyen. Y a grève.
- Y a grève.
- Bin oui : y a grève. Le métro, ce moyen de transport éminemment parisien, s'est endormi sous terre, car les employés aux pinces perforantes ont cessé tout travail.
- Ah les salauds, s'écrie Zazie, ah les vaches. Me faire ça à moi.
- Y a pas qu'à toi qu'ils font ça, dit Gabriel parfaitement objectif.
- J'men fous. N'empêche que c'est à moi que ça arrive, moi qu'étais si heureuse, si contente et tout de m'aller voiturer dans l'métro. Sacrebleu, merde alors.
- Faut te faire une raison, dit Gabriel dont les propos se nuançaient parfois d'un thomisme légèrement kantien.

 

Zazie dans le métro

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.