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Sans espoir

Featured Replies

Posté(e)

Comme bête apeurée, assourdi d’explosions,
Presque aveugle, blessé, je me suis engouffré
Dans cette cave obscure y cherchant un abri.
Le silence, incongru, ne m’a pas dégrisé,
Haletant, j’essayai de reprendre mon souffle.

 

Et soudain, près de moi, quelque chose a bougé.

 

J’ai crié et tiré, comme un fou, sans penser.
L’air était saturé, brûlé d’odeur de poudre,
Je ne distinguais rien, convulsé sur mon arme,
Aux aguets, prêt à fuir, mais pourtant statufié.

 

Alors, dans cet enfer, j’entendis un sanglot.

 

Tu étais renversé, tout baignant dans ton sang,
Ma balle avait déjà tranché ta jeune vie
Qui gémissait, mourante et des mots s’échappaient
De ta lèvre bleuie, que je ne savais pas.

 

Bouleversé, posant mon casque près de toi,
Mon arme sur le sol, j’ai pris entre mes bras
Tes blonds cheveux poissés du sang par moi versé,
Ton enfance rompue par ma peur viscérale,
Et moi, ton assassin, j’ai pleuré sur ton front.

 

Nous étions seuls, perdus au milieu de la guerre,


Toi déjà presque inerte et moi presque insensé
Qui hurlait à la mort en ce désert humain.

Je t’inventais des noms, une histoire, un destin,
J’en appelais aux dieux, au monde, à la folie,


J’aurais voulu pouvoir pétrir à pleines mains
Cette chair dévastée, ramener à la vie
Cette promesse éclose et que j’avais ruinée.

 

Trois soldats sont entrés, attirés par mes cris.

 

J’ai fixé sans les voir leurs visages terribles.
Comme trois commandeurs au moment du trépas

Sans haine et sans colère ils ont pointé sur moi
Le jugement dernier au bout de leurs fusils.

 

Je me suis abattu tout contre ton visage
Et j’ai vu en mourant ta lèvre qui pendait
Ton regard révulsé qui répondait au mien.

 

Dans cette cave obscure et jonchée d’immondices
Nos sangs se sont mêlés, à jamais infertiles,
Répandus dans l’ordure et figés sur la pierre.

 

Alors dans les lointains quand je disparaissais,
Fumée dans les éthers, rumeur en ce silence,
J’ai pensé à notre art, aux élans, aux amours
À l’heure immaculée, à la voix des enfants,

 

À ce que nous portons foulé depuis toujours
Par la cohorte impie de la violence humaine,
Héritage maudit et qui rend notre vie
À jamais sans espoir

 

    Sans espoir

 

Sans espoir…

 

juin 2005

Posté(e)

Ce texte est poignant. On imagine l'état d'esprit de ceux qui tuent parce que c'est la guerre. Qui tuent des hommes, des enfants, semblables à eux.

La répétition de "Sans espoir", à la fin ajoute à l'impression de tristesse à la lecture du poème.

Posté(e)
  • Administrateur

La sincérité me commande de dire que je n'ai commencé à accrocher qu'au dernier tiers du poème. Les descriptions étaient à mes yeux parfois un peu trop faciles. Mais ne vous méprenez pas sur mon propos @Léonard, votre poème est irréprochable sur la forme et l'anaphore finale résonne terriblement, glas sinistre de ces deux vies fauchées.

Posté(e)

Ii est bien difficile, en vérité, cher ami, de savoir ce qui nous attable à l'écriture d'un poème... Il est bien possible que pour ce dernier opus, il s'agisse de la découverte des premiers films d'Andréï Tarkovsky, qui ont profondément résonnés (et raisonnés) en moi.

La quasi totalité des images de "l'Enfance d'Ivan", que j'ai dû comtempler 150 ou  200 fois (de suite) et plus encore du "Miroir", aussi, dans une même mesure, pour tenter de le comprendre, avec passion, comme j'ai pu écouter "l'Art de la fugue" de Bach...

Et puis c'était vers la période du massacre des enfants de Beslan qui m'avait tant bouleversé... Ces circonstances et d'autres surement, aussi, ont présidées à la naissance de ce poème qui détone, assurément au reste de ma production.

Soyez absolument convaincu, néanmoins de l'honêteté, de la sincérité de ma démarche, et de cette terrifiante, terrible évidence du malheur qui fait de l'enfance la première, la plus abominable victime de toutes les guerres.

Modifié par Léonard

Posté(e)
  • Administrateur
il y a une heure, Léonard a dit :

Soyez absolument convaincu, néanmoins de l'honêteté, de la sincérité de ma démarche, et de cette terrifiante, terrible évidence du malheur qui fait de l'enfance la première, la plus abominable victime de toutes les guerres.

 

De cela, je ne me serais jamais permis de douter.

Posté(e)

Merci Léonard pour nous faire découvrir une autre partie de votre talent et aussi votre sensibilité mise nu quand vous écrivez l'enfance violée, tuée. Un texte puissant et malheureusement tellement d'actualité. 

Posté(e)

J'attendais le "laisser-passer" officiel pour pouvoir enfin vous dire à quel point votre poème m'a "pris aux tripes", ce qui, au-delà des formes et des règles, est le propre de la poésie: on la ressent, ou pas. Je m'incline.

Posté(e)

Ce texte m'a touché.

Vraiment.

Merci.

 

Posté(e)

Beau et triste et je comprends ce besoin d'écrire

Posté(e)

Très beau et terriblement émouvant.

Modifié par thierry demercastel

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