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Dédé le monstre hâtif

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Je vais vous raconter l’histoire de « Dédé »

Enfin, il était ainsi surnommé car lorsqu’il déboulait ( d’après la légende ) il criait :

deydey !

Ou quelque chose dans ce genre et pour plus de facilité de prononciation ce fût Dédé qui l’emporta comme surnom !

Surtout que Dédé était toujours emporté (alors non pas de colère ce n’était pas dans sa nature) mais emporté par un autre désir intense…

N’ayez point de peurs :

Les monstres ne sont pas toujours ce que l’on croit !

Dédé vivait dans les immenses étendues de la  Mongolie.

Seul (on ne lui avait jamais connu de famille de monstres)ou alors ses parents avaient vécu à une époque précédent celle de l’humanité… bref il n’est pas question de généalogie ici …

Revenons à nos brebis !

Bon après ,même si tout ces propos vous paraissent gros il faut les prendre avec des pincettes et scruter patiemment où se situe la vérité au bout des pinces …

Enfin pour revenir à cette histoire qui n’est qu’une histoire non pas de bout de comptoir mais de bout des cités là où il n’y avait que des montagnes et du vent …

Un endroit paumé traversé par une route façonnée par les pas des chevaux, des chameaux et des marchands cherchant fortune ailleurs, là bas chargés d’épices rares , d’étoffes brodées, la fameuse route de la soie, chemin d’une aventure humaine …

Dédé était aussi en désir depuis son désert ,mais d’une autre chose:

Il voulait aimer !

Depuis sa demeure des grands espaces silencieux il ne songeait qu’à aimer !

Et Dédé le monstre hâtif le démontrait constamment :

À la fleur du désert qui naissait tous les deux ans

Aux lézards à l’affût

Aux renards aux aguets

Aux chameaux sauvages

Aux grondements du ciel

A ses couleurs formées de contrastes d’un autre âge

Dédé aimait tout !!

Le tout du Tout sans exceptions du tout !

Tout ce que son regard lui donnait à voir …

Si bien que cet amour trop beau trop grand il voulait le partager !

Et c’est ainsi que la légende se créa avec le passage des caravaniers dans les profondeurs du désert où il habitait depuis… pas mal de temps !

Et Dédé se montrait dès que cela était possible .

Là ,à tous, vers tous il courait, sautait, tapait des mains des pieds et criait pour exprimer sa joie , son émerveillement !

Mais les marchands chargés de soucis autant que de marchandises croulaient sous leurs poids et leurs regards ne savaient plus s’élever vers ces immensités qu’ils traversaient sans s’y attarder…

C’est que le désert réservait ses tempêtes, ses températures extrêmes, sans parler de la fatigue, la faim, la soif…les denrées risquant de s’épuiser s’ils ne se hâtaient pas …

Bien sûr Dédé ne soupçonnait pas leurs conditions de condamnés à avancer ,à cheminer encore , à poursuivre leur condition humaine…

Il voulait les adjoindre à son émerveillement constant et il avait beau faire de grands gestes pour expliquer que des sources d’eau il y en avait mais bien cachées ,

Que des oasis y croissaient, qu’ils n’avaient pas besoin d’aller plus loin pour chercher fortune tout était là…

Mais il faisait peur le Dédé monstre hâtif… il ne savait pas qu’il était laid et que son enthousiasme et les gesticulations qui l’accompagnaient étaient  plus effrayants que son aspect !

À chaque fois qu’il déboulait de sa montagne, un vent violent le suivait ce qui n’arrangeait pas la situation avec les marchands, qui essayaient tant bien que mal de récupérer leurs affaires dispersées par les rafales.

Bref , Dédé  n’était jamais le bienvenu sur ce territoire hostile de pèlerinage commercial , les hostilités s’engageaient d’emblée et Dédé était toujours repoussé à coups de lances , de sabres ou d’épées .

Dédé incrédule et imposant par sa stature de titan reculait en titubant, tout  ses mots incompréhensibles pour les marchands sur la beauté du monde devenaient des balbutiements…

Ils n’avaient pas la même perception du monde et en conséquence n’avaient pas le même langage …

Incompréhension , peur … rejet de l’autre

Alors Dédé dépité repartait se terrer , se taire …

Ses longs temps de silence étaient respectés par la Nature : faune et flore réunies, ciel , montagnes, jusqu’aux grains de sables en passant par le vent , le soleil ou la pluie, tous respectaient ce repli , tout devenait Silence …

Silence pur , Présence pure

Si pure qu’à force de l’écouter elle venait réveiller à nouveau cet amour débordant du cœur de Dédé!

Comme une saison qui prend fin , une autre s’annonce nouvelle belle pleine de joie !

Donc un beau jour sans dates sur la route de la soie passa un nouveau convoi.

« Nouveau » car Dédé n’avait encore jamais entendu un son pareil à celui qui faisait écho sur chaque paroi des montagnes qui l’environnait :

C’était un rire franc long étiré lancé loin comme un jet de sarbacane , un rire d’enfant qui partait d’une source inconnue bouillonnante et en cascade elle se déployait à travers le ciel la terre sous ses pieds.

Quelle joyeuse énergie !

Et féconde !

Car soudain Dédé d’un bond se remit à courir ,à dévaler les pentes des dunes roulant dans son corps de géant .

Il n’avait encore jamais ressenti une telle hâte et le rire s’accentuant, il accélérait sa course effrénée !

Il arriva insouciant (même s’il savait qu’il pouvait encore être repoussé parce qu’il était laid et agité de passions que les hommes n’entendaient pas…)

Enfin ça vous le savez déjà…

Bref, il se rendit directement vers le rire …

Il provenait d’une yourte ce rire mais il se déployait de partout , tellement puissant peut-être plus puissant encore que l’amour que Dédé voulait urgemment partager avec les hommes.

La caravane venait de faire halte .

Les animaux étaient attachés et paisibles ,

ils se reposaient de leur trajet.

Les humains ,eux, étaient encore affairés à monter le campement avant la tombée de la nuit.

C’était la première fois que Dédé observait cette scène :

Chacun, chacune ( il y avait des femmes et il ne semblait pas en avoir déjà vu) était occupé à ses affaires …

Si bien que personne ne le remarqua ,excepté l’enfant qui riait aux éclats et qui sortait à ce moment là de sa tente ornée de couleurs vives :

On aurait dit qu’un véritable arc en ciel s’était délicatement déposé là sur le tissu ,

Dédé en était bouche bée !

Il connaissait les œuvres de la Nature mais pas celles des hommes …

Le petit garçon l’observait.

Il ne riait plus mais il ne semblait pas avoir peur , plutôt curieux il s’approchait lentement …

Dédé était médusé par les couleurs et la chaleur qui émanaient du campement :

Tout y était lumineux, bien sûr le crépuscule aidait un peu à créer cette atmosphère singulière mais il y régnait autre chose…

Les femmes fredonnaient des mélodies qui l’enveloppaient d’une félicité inattendue

Dédé semblait touché par une émotion inconnue …

Comme si cette vérité qu’il avait à cœur de partager de manière urgente avec le monde des hommes , ces derniers l’exprimaient eux aussi à leur façon…

Il était perdu dans ses réflexions quand il sentit une petite main lui prendre la sienne …

Jamais il n’avait vécu une telle expérience !

L’amour qu’il avait jusqu’à présent pour la Nature, les animaux, il ne l’avait pas ressenti avec un être humain .

Et quel être!

De toute petite taille avec des yeux pétillants d’intelligence ,

Une intelligence innée que cet enfant portait aussi comme Dédé dans son cœur

Parce qu’il n’a pas eu peur de ce géant qui semblait si troublé ,l’enfant s’est approché de lui et a eu l’intelligence du cœur de lui donner sa main spontanément.

Une main offerte au creux d’une autre,

Une main si petite si humble si humaine soit-elle dans la sienne démesurée pataude…

Étourdi par une émotion nouvelle, Dédé n’était plus dans l’urgence de montrer aux hommes la beauté et l’amour qu’il portait au monde

Dédé le « dé-monstr-atif » n’avait plus rien à démontrer, à prouver vite…

Cette main d’enfant dans la sienne et cet accueil que toute la communauté lui a réservé par la suite a calmé son empressement.

Ces nomades habitués aux vents du désert savaient eux-mêmes souffler leur sagesse là où ils passaient …

Dédé le monstre hâtif n’était plus pressé .

Il avait compris que chacun avait son propre rythme d’ouverture du cœur et de conscience.

Ainsi, sur la route de la soie , dans les vastes steppes de Mongolie, il se racontait au fil des siècles

que du haut des sommets des dunes par les nuits de clair de lune ,

Dédé le solitaire démonstratif au chaleureux présage saluait de loin les marchands de passage , d’un signe tranquille de la main , leur assurant en l’occurrence, à tous un bon voyage.

Ah oui aussi avant de finir : « Il parait » et parce que mes propos peuvent se prendre à bras le corps , le coeur ou des pincettes c’est comme vous voulez…

Bref , « il parait que de loin » , les hommes de passage qui le remarquaient , pouvaient appercevoir une lumière scintiller au centre du corps du géant Dédé …

Qui dé dé ci dément, Dédé ce fou d’amour, ne pouvait pas s’empêcher de le montrer , de le manifester à tout le monde vivant et peut-être jusqu’à ceux de l’au-delà , mais ça allez savoir !

image.png

Nb: photo personnelle, peinture pastel réalisée par ma maman 😌

Modifié par Nâau

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