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La Musicienne du silence [Deuxième partie]

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  • Semeur d’échos

La Musicienne du silence

Deuxième partie

9wj8.jpgOlivier devant le commissariat, avec le concours de l’IA

 

- Peut-être, Monsieur. Je n’y pense pas vraiment, je suis habituée. Je compose aussi. C’est mon père qui m’aide à mettre au point mes mélodies et qui les joue sur les scènes parisiennes. Il ne révèle évidemment pas le nom de la compositrice. Cela me nuirait au plus haut point. On me persécuterait.

Comment ! Olivier en devenait vert de rage. Non seulement ce monsieur séquestrait sa fille mais en plus il exploitait son talent sans vergogne en l’effrayant copieusement. Quel maudit manipulateur ! La jeune fille reprit, avec un délicieux sourire.

- Tenez, rien que pour vous, je vais interpréter quelques mesures de ma dernière création. Écoutez, s’il vous plaît.

- Avec joie, mademoiselle Sybille. Je suis tout ouïe.

Une mélodie ravissante s’éleva dans le crépuscule parisien, se mariant merveilleusement aux derniers rayons du soleil qui se mourait. Cela montait et descendait, tournoyait délicatement dans la brise du soir. Une véritable magie. Quelle beauté ! La voix des anges.

- C’est magnifique, mademoiselle, vraiment ! Vous ne voulez donc pas…

Olivier dut s’arrêter brusquement. La jeune fille avait cessé de jouer soudain et avait refermé la fenêtre en hâte. Une voix grave se mit à vociférer derrière la vitre du soupirail. Le père de Sybille venait de rentrer dans la pièce, ou plutôt la prison de sa fille, et la réprimandait violemment. Olivier choisit de tourner les talons. Que pouvait-il faire ? L’hôtel particulier de Luynes était hermétiquement clos. En revanche, il pouvait se rendre au commissariat de l’arrondissement pour alerter les policiers. Ce qu’il fit aussitôt.

Dix minutes après avoir quitté la maison de maître, Olivier entra au commissariat et demanda à parler à un officier de police. On le reçut bien volontiers mais, très rapidement, lorsque Olivier expliqua le motif de sa visite et formula son appel au secours pour la jeune fille, on se hâta de le calmer. Le chef d’orchestre avait une excellente réputation dans le quartier, il était connu de tous et déjà très célèbre. Sa fille ? Oui, il vivait avec sa fille, suite au décès de sa chère épouse. Et alors ?

Une séquestration ? Il n’en était pas question. Le comte était un homme admirable et un cœur dévoué. Quelqu’un avait déjà fait le même scandale que le jeune homme un an auparavant, une enquête avait été diligentée, la jeune personne avait été interrogée sur les agissements de son père. Elle avait affirmé avec conviction et sincérité que le comte n’était que bonté et charité envers elle. Elle était parfaitement heureuse de vivre avec celui qui prenait tellement bien soin d’elle, cette pauvre handicapée.

Olivier comprit très vite que sa démarche secourable allait se retourner contre lui. On lui prêtait de mauvaises intentions et un des policiers lui fit bien comprendre qu’il était dangereux de se livrer à des calomnies et à de la diffamation. Il s’agissait de délits graves punis par la loi. À son grand regret, le jeune homme fit machine arrière. Il allait rentrer chez lui sans insister davantage et la tête basse, lorsqu’une des policières assistant à la scène le prévint avant qu’il ne sorte, charitablement dit-elle, qu’il était maintenant connu des services de police et qu’il devrait désormais éviter de repasser devant l’hôtel particulier de Luynes. Dans son intérêt, ajouta-t-elle. À bon entendeur…

Il faisait tout à fait nuit, à présent, lorsque Olivier sortit du commissariat de police, la mort dans l’âme. Les étoiles piquetaient joliment le ciel mais le jeune homme était tout à fait désespéré. Il ne pouvait rien faire, seul contre tous tel qu’il était. La pauvre jeune fille, musicienne de génie, resterait sous l’emprise de ce père démoniaque qui continuerait de profiter d’elle et d’exploiter son génie sans le moindre scrupule.

Les salles de concert parisiennes continueraient de bruire de l’écho d’applaudissement, immérités pour un monstre sans cœur et sans conscience. Mais que pouvait-on faire ? Ils étaient trop nombreux, trop puissants, trop écoutés, et Olivier était trop seul. Ce fut sur ces tristes réflexions que le jeune homme rentra chez lui. Ce soir-là, il parvint difficilement à trouver le sommeil. Les anges ne voulaient pas se taire.

 

FIN

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