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La Musicienne du silence [Première partie]

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  • Semeur d’échos

La Musicienne du silence

Première partie

ymkh.jpgOlivier et le soupirail, avec le concours de l’IA

 

Il faisait un temps splendide, ce soir-là. Début juillet chauffait les rues de Paris à blanc et chacun aspirait à un peu de fraîcheur. Les passants se hâtaient de regagner logis et commerces pour préparer le soir ou faire les dernières emplettes. Olivier aimait bien ce coin du XVIème arrondissement, en dehors des grandes artères, mais néanmoins suffisamment animé pour ne pas évoquer une ville morte ou un quartier-dortoir.

Tandis que le jeune homme rêvait d’un soda glacé ou d’une boisson pétillante pour bien commencer la soirée, il entendit soudain quelques notes filées. Cela cascadait comme une onde rafraîchissante. Quel bonheur, et quelle surprise ! Il devait y avoir un pianiste quelque part dans les étages, bien à l‘abri derrière ses volets fermés. Olivier leva la tête. Il n’y avait rien à voir. Simplement, un basset sur le balcon du cinquième étage de cette résidence bâilla à s’en décrocher la mâchoire en le suivant des yeux.

Non, les gammes devaient venir d’un peu plus loin. Olivier fit encore quelques pas et tendit l’oreille. C’était cela ! La mélodie provenait en fait d’un renfoncement sous l’hôtel particulier voisin. Il y avait bien à cet endroit un musicien qui déroulait ses arpèges harmonieusement. Soudain, l’air délicat s’arrêta brusquement et fit place à ses éclats de voix qui venaient du même endroit. La sérénade virait à la dispute ! Il perçut des mots épars, une voix de femme s’opposait à une grosse voix d’homme.

Olivier n’avait rien d’un voyeur, aussi il pressa le pas pour s’éloigner et laisser le couple s’expliquer en paix. C’est à ce moment que les cris remplacèrent les mots. Puis des sanglots bruyants se firent entendre, accompagnés d’une porte violemment claquée. C’était la femme, ou la jeune fille, qui pleurait, Olivier en aurait juré. Il fit quelques pas en arrière et se pencha vers le sous-sol. Il parvint à distinguer un visage en larmes qui semblait murmurer quelque chose derrière la vitre opaque du soupirail.

Il se pencha davantage, tout ému. Le soupirail s’ouvrit et une toute jeune fille passa la tête. Elle respira l’air du soir fortement, comme si elle avait besoin de reprendre son souffle. Elle vit soudain Olivier, curieux, et eut un mouvement de recul. Elle devait avoir quinze ou seize ans et son visage, très mince, était quasi diaphane. Olivier admira cette beauté angélique en herbe et ne put s’empêcher de lui demander si elle avait besoin d’aide. Elle répondit aussitôt d’une voix faible.

- Bonsoir, Monsieur, merci infiniment pour votre proposition mais je me dois de la décliner.

- Vraiment, mademoiselle… de Luynes (c’était le nom gravé sur la plaque de la porte d’entrée) ?

- Oui, vraiment. Je suis musicienne et je m’appelle Sybille, j’exécute et je teste les œuvres de mon père, le chef d’orchestre célèbre, Gaspard de Luynes. J’essaie de faire en sorte que mes propositions d’interprétation lui plaisent. Tout va bien, merci.

La jeune personne s’essuya les yeux rapidement, dans un mouvement réflexe. Olivier, qui se souvint soudain du nom de Luynes placardé sur toutes les salles de concert parisiennes, eut le temps de voir ses doigts. Quelle surprise ! La musicienne avait des doigts d’une longueur invraisemblable, quasi monstrueux. Ils dépassaient de dix bons centimètres la taille de doigts normaux. Sybille reprit la parole.

- Vous avez remarqué mes doigts… Oui, je suis un monstre, différente des autres. Mon père me garde à l’abri dans son hôtel particulier, les gens se moqueraient de moi et me détruiraient s’ils me voyaient telle que je suis vraiment. C’est ce qu’il m’a dit. Je ne sors jamais, j’essaie en revanche de me rendre utile en matière musicale.

- Comment ! Votre père vous séquestre en vous racontant des sornettes ? Mais c’est un délit très grave, mademoiselle Sybille ! Vous êtes handicapée, soit, mais ce n’est pas un crime et personne ne vous en voudra. Les médecins essaieront de vous aider, si vous sortez du foyer familial. Mais je crains que votre père ne vous retienne prisonnière… par intérêt. Vous devez être une musicienne hors pair, avec un tel handicap.

(À suivre...)

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