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Et toujours, une aube point après tant de virgules

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Posté(e)

Happytown ne s'est pas faite en un jour ...


J'ai habité quelques temps dans une ville horrible, pleine de rues, de boulevards et d'avenues, aussi sinistre qu'une réunion de notaires à un goûter d'anniversaire , dont on pouvait compter les verrues qu'aucun dermatologue ne saurait éradiquer, d'environ soixante-cinq mètres carrés, du nom de Sadtown.

Des hommes avec des casques oranges avaient construit des tours qui, loin de monter au septième ciel, permettaient aux familles de petite condition de payer des loyers à moitié payés par les allocations, sur ordre de Siegfried, grand précurseur du logement social.

Pour se donner bonne conscience, ils ont planté de pauvres arbres bien malheureux d'avoir quitté leurs aïeux et des fleurs, qui survivaient avec grande candeur dans une atmosphère polluée d'usines et de moteurs qui auraient affolé ma sœur si j'en avais eu une, qui aurait battu le beurre dans une ferme de fortune.

Je travaillais alors dans une petite maison d'édition, dirigée de main d'élève par un certain Léon Sanfou, un petit bonhomme gras et enflé comme un beignet imbibé de levure ; je vivais chez ma tante Hortense, qui entrait en transes dès qu'elle voyait un chat (je n'ai jamais su pourquoi, mais je me suis laissé dire qu'elle en avait mangé pendant la guerre) dans un petit appartement, rue Sam Gratte, dont les tapisseries, les meubles et les bibelots me donnaient souvent des cauchemars, surtout le vendredi soir.

La tante idéale, passion canevas, sourde de surcroît, mais je n'avais pas le choix.

J'avais essayé une fois de raconter tout ceci lors d'une soirée d'écrivains anonymes, mais j'ai été huée dès la deuxième ligne ; je suis retournée à la case départ et n'ai point touché de prime.

Heureusement, j'avais hérité, d'un très très lointain ancêtre, d'une forme de bien-être qui ne s'explique pas, et je survécus à tout cela.


Tante Hortense est morte un beau matin, sans prévenir personne, je l'ai trouvée, juste après mon déjeuner, près d'un chat qui ronronne et d'un canevas inachevé.

Son âme ayant quitté son corps d'après les spécialistes, je ne peux pas dire que j'étais triste, mais après l'enterrement, j'ai foutu le camp.

Un homme très correct, au sourire perfect, en costume trois pièces et une cravate que j'ai trouvée très belle tant elle ressemblait à la limace collée sous un pot oublié, avec le bagout d'un perroquet ayant vécu à Trieste, m'offrit un chèque et un billet d'avion pour Happytown, en échange de l'appartement.

Je le voyais déjà mettre à la benne tout ce qu'il contenait, sans aucun état d'âme et c'était bien ce qui convenait à ce lieu infâme.

Léon Sanfou a reçu ma démission et n'a pas renié son nom.

On s'est serré la main après le pot de départ, mollement, et, après une bière tiède à la saveur bizarre, j'ai filé dare-dare.

Ouf , soufflait le vent dans mes oreilles en agitant la vieille treille pleine de crampes, emmêlée dans ses pampres.

J'ai enfilé dans un baluchon vite fait pour l'occasion, (un vieux châle acheté à Bâle où je ne suis jamais allée) vraiment très peu de choses, mais, avant de partir, je n'ai pu m'empêcher d'aller cueillir la rose qui poussait obstinément sur la fenêtre de ma chambre ; on était en décembre et pourtant, pour moi, c'était le printemps.

Le secret pour contourner les épines : aimer autant l'aubépine que la violette et patienter sans colère dans la tête.

Tout vient à point à qui sait attendre.

L'aube point, j'ai droit à une autre vie, pourvu qu'elle n'ait que des virgules !

On fait la fête à Happytown, depuis l'été jusqu'à l'automne, et quand vient l'hiver les coudes l'on se serre, en se racontant nos misères.

(joailes -) 20 mars 2026 - 21h 35


Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une jolie façon de fêter aujourd'hui le retour du printemps !

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