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Cocotte en papier rané.

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          Un jour, Elmer méditait, rané. Ce dernier mot le gênait beaucoup car, comme vous et moi, il ne lui donnait aucun sens. Il fallait pourtant absolument pallier cette déficience qui, sur la page blanche, le faisait trébucher, se fourvoyer. Il s’arrêta, alors que devant lui, au loin, trônait, silhouette effilée, la tour Eiffel. Il eut immédiatement une vision : elle était un immense stylet géant et dans l’azur, parchemin lumineux, s’offrait à son imagination. Mais qu’y tracer, alors même qu’il s’interrogeait sur un mot resté obscur ? Il se crut atteint de paréidolite aiguë et se mit à donner des formes à toutes les branches. Pourquoi seulement les arbres, se demanda-t-il. Pardi ! Parce que la mousse des fleurs précoces les vêtant, les ramées perdaient le caractère anguleux de leur géométrie. Seul, un hêtre restait nu. Elmer crut distinguer deux bras aux mains griffues, deux jambes terminées par des sabots, une queue, le tout surmonté d’une hure cornue. Misère ! C’était le diable, là cadré ! « Non pas, dit celui-ci. Je ne suis pas Satan. Je suis Lucifer et ce n’est pas la même chose. – Laissez-moi deviner, dit Elmer, vous êtes utile à la carence martiale, c’est cela ? – Non, mais il est vrai que je suis positif, moi, je ne noie personne dans les ténèbres. Au contraire, premier le matin, je dispense la lumière et mon autre nom est Vénus. J’accueille le jour d’un subtil clin d’œil. Si les oiseaux au printemps font leur nid dans les branches : c’est moi ! Ce que confirma le chant gracieux d’un rossignol à l’entour. Elmer rassuré continua son chemin, constatant que le récit avait repris un certain cours. On pouvait lâcher la plume un temps. De quoi réfléchir au sens du mot « rané ». Il eut alors l’idée de demander l’aide de Lucifer pour l’élucider.

 

          Il écrivit donc « à suivre » dans le ciel bleu en s’aidant de la tour Eiffel. Aussitôt, je vous jure, une file d’extraterrestres se mit à arpenter les nues, en quête d’un sens à ce récit. Elmer piaffait, ledit récit se perdait carrément dans l’absurde ! On risquait de n'en saisir goutte et « rané » demeurait inexplicable.

 

          C’est alors qu’apparut Arthur Lututu. Il avait décroché quatre étoiles d’état-major au front bleu de la guerre des étoiles pour en équiper sa voiture spatiale afin qu’elle traversât l’espace munie de ces lanternes visibles. Elmer pâlit : « Voilà qui ne va pas avantager le récit en cohérence ! gémit-il. D’une méditation au départ, on est passé à une blagounette, comme dit Jeep, sans queue ni tête. » Mais la rime lui plut, il fit une pause et prit la pose, à la demande de six Martiens, fans attitrés de ses pitreries, et monta au ciel, dans un de leur OVNI, leur signer un autographe aéro-spatial. Puis il remonta dans l’auto d’Arthur Lututu – nom qui, pour le coup, se prononçait « lutute » afin de remédier à l’absence de klaxon de son véhicule.

 

          « Je n’ai aucune chance de sauver ce récit ! » avoua Elmer assis sur le siège passager. Fuyons ou nous aurons à payer amende à Eathanor. » Arthur accéléra et ils mirent le cap sur un autre récit, dans une autre galaxie.

 

          « C’est quelque peu drolatique, intervint le capitaine qui passait par là, descendant de son bathyscaphe à propulsion sidérale. A vous lire, au début, on se dit qu’on est dans l’imbécillité totale et puis, au fil des mots, un moteur, un rythme, une sorte d’intérêt et on est… rané » conclut-il.

 

          Elmer le regarda de travers par un hublot mal fermé, ce qui lui valut un strabisme distrayant mais ne l’effraya en aucune façon.

 

          On n’avait pas plus avancé d’un mot, à vrai dire, celui-là ne disait rien d’autre que lui-même.

 

          « Il faudra s’en contenter » souffla-t-il. Or, il avait si fétide haleine que la moitié des mots du récit se flétrirent d’un coup, dans une moue épouvantable. Arthur réagit aussitôt. Il huma l’encrier : celui-ci sentait mauvais. L’encre était de toute évidence frelatée. « Tu te prends pour un buvard ! » s’exclama-t-il en lâchant le volant, ce qui valut au véhicule une embardée et deux tonneaux. « C’est beaucoup trop, gémit Elmer. Juré : je ne toucherai plus à ce poison. »

 

          Il fut sur le champ (sans quitter le ciel) décidé de jeter le tout à la poubelle sous forme de cocotte en papier.

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La méditation du héros sur un mot inconnu guide le texte jusqu'aux confins de l'absurde, les métamorphoses se multiplient jusqu'au chaos final, interrompu par le geste d'Elmer.

Un imaginaire débridé, une expérience peut-être vécue par l'auteur...

Tout cela est en fin de compte fort.... réaliste !

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)

J'aime l'écriture qui donne forme à l'informe, comme le jeu de la cocotte en papier, également appelé jeu du "combien t'en veux ? ", salière, coin-coin, pouce-pouce, pouêt-pouêt ou encore cube magique, merci pour ce souvenir d'enfance et tous ces égarements dans le pouvoir des mots !

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