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Le Projet Nautilus : vol 714

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le Projet Nautilus : vol 714

 

Récit de science-fiction

 

Le vol 714 d’Air Europe devait relier Paris à Reykjavik. Un départ ordinaire, presque banal, un de ces vols de fin d’après-midi que les passagers entreprennent les yeux mi-clos, entre travail accompli et rêverie d’ailleurs. L’appareil, un long-courrier A-350 modifié pour les trajets nordiques, scintillait sur le tarmac d’Orly dans la lumière dorée du crépuscule. À son bord, on comptait 128 passagers. Des familles, des voyageurs d’affaires, quelques touristes impatients de voir les aurores boréales. Et, assis au rang 18, un homme discret, la cinquantaine, vêtu d’un pardessus gris : Jean Lebrun, inventeur aéronautique, autrefois ingénieur en propulsion hydromécanique.

Le décollage se fit sans accroc. Les moteurs ronronnaient, réguliers comme un battement de cœur. Au-dessus de la Manche, le commandant lampa son café tandis que le copilote contrôlait les instruments. Il faisait nuit claire : l’océan était un miroir noir. Puis, à 19 h 42, un signal sonore retentit dans le cockpit - un bip strident et prolongé. Quelques voyants rouges s’allumèrent sur le tableau de bord.

- Commandant, moteur 2 en surrégime.

Le commandant fronça les sourcils :

 - Coupez l’alimentation auxiliaire. Compensation sur le moteur 1.

Mais la manœuvre échoua. Un grondement sourd monta sous leurs pieds, suivi d’une explosion de flammes jaillissant de l’aile droite. Les passagers crièrent. L’appareil vibra violemment. La cabine se mit à pencher sur le flanc. L’avion, incapable de maintenir son plan de vol, commença à piquer du nez.

Le commandant lança le message d’urgence :

- Mayday, mayday, ici vol 714 Air Europe, perte de puissance moteur, descente d’urgence au large des côtes écossaises !

Les masques à oxygène tombèrent. Les lumières s’éteignirent puis se rallumèrent dans une lueur orangée. Certains priaient, d’autres hurlaient. Le sol sembla se dérober quand l’avion traversa une couche de nuages et que la surface de l’eau surgit, immense et noire. En une dizaine de secondes, la mer se fit mur.

L’impact fut brutal, mais pas destructeur. L’appareil, contre toute attente, ne se disloqua pas. Il plongea en un mouvement fluide, amorti, presque maîtrisé. Comme si la carlingue avait été faite pour pénétrer l’eau. L’avion, au lieu de s’écraser, glissait lentement dans les profondeurs, dans un silence étouffé.

Quand les premières bulles se dissipèrent, on n’entendit plus que le murmure régulier d’un système hydraulique en fonctionnement.

- Qu’est-ce qui… qu’est-ce qui se passe ? balbutia le copilote.

Les instruments affichaient des valeurs impossibles : pression interne stable, aucune fuite, systèmes électriques opérationnels. L’appareil continuait à descendre doucement, mais sans dégâts apparents. Le commandant, un vétéran de vingt-cinq ans de vol, n’en croyait pas ses yeux.

Un bip plus discret résonna. À l’arrière de la cabine, Jean Lebrun se détacha calmement et marcha vers le cockpit, poussant poliment le rideau. Son visage était étrangement tranquille, presque apaisé.

- Commandant Rivière ? Je pense que je peux vous expliquer ce qu’il se passe.

Les deux officiers, médusés, ne répondirent pas.

Lebrun reprit :

- Cet appareil n’est pas un A-350 classique. J’ai travaillé sur un prototype expérimental, à propulsion bi-mode. L'entreprise a poursuivi le développement en secret. Ce que vous vivez là, c’est l’activation d’un dispositif d’urgence conçu pour maintenir la pressurisation et stabiliser la structure… y compris sous l’eau.

Le commandant se tourna, incrédule.

- Sous l’eau ? Vous voulez dire que ce… cet avion… peut plonger ?

Lebrun hocha la tête.

- Tout à fait. Il devait s’agir d’un projet de transport transocéanique pouvant amerrir et, en cas d’extrême urgence, résister à une immersion prolongée. Mais personne n’a cru à la faisabilité du mode hydrodynamique. Jusqu’à aujourd’hui, semble-t-il.

Le silence qui suivit fut d’abord celui de la sidération. Puis, lentement, la logique chassa la peur. Les passagers, voyant que l’appareil se stabilisait, osèrent respirer à nouveau. À travers les hublots, le noir de la mer s’éclaircissait. Des reflets mouvants, des gerbes de bulles et, bientôt, des silhouettes de méduses, de poissons-lunes, puis de bancs argentés qui ondulaient sous la lumière diffuse des phares.

- Nous… nous sommes sous l’eau, murmura une fillette à sa mère.

Oui, et tout fonctionnait. Les écrans de contrôle affichaient une pression intérieure parfaite, l’oxygène circulait, le générateur alimentait les circuits, et un moteur auxiliaire - une sorte de turbine hydroréactive - se mit à ronronner dans les profondeurs. L’appareil, contre toute logique, avançait.

Sous l’impulsion de Lebrun, le commandant accepta de « naviguer ». L’inventeur prit les commandes secondaires, activant ce qu’il appelait « l’aile hydromobile » : les volets se replièrent dans la carlingue, les trappes inférieures s’ouvrirent légèrement pour réduire la traînée. Une carte bathymétrique s’afficha à la place du radar.

Ils descendirent jusqu’à cinquante mètres, puis avancèrent à faible vitesse le long d’une étendue de sable et de rochers. Dehors, des poissons se déplaçaient en bancs gracieux, luminescents, tandis qu’une raie géante effleurait le nez de l’appareil. Le spectacle hypnotisait les passagers. Des enfants approchaient leur visage des hublots. Certains prenaient des photos, d’autres pleuraient d’émotion.

Pendant trois heures, ils glissèrent sous la mer du Nord dans un calme étrange et presque joyeux. La panique du crash s’était muée en émerveillement collectif. Puis, suivant les instructions de Lebrun, le commandant orienta l’appareil vers la côte écossaise. Là, un promontoire rocheux indiquait la proximité des eaux de surface.

- Nous allons émerger, annonça l’inventeur avec un léger sourire.

Quelques secondes plus tard, la pression chuta, et le dôme protecteur expulsa les dernières bulles. L’avion-sous-marin jaillit hors de l’eau dans un panache d’écume. La tour d’observation côtière qui les croyait perdus enregistra des signaux radar impossibles avant d’alerter la presse.

Lorsque les passagers descendirent sur le quai improvisé, trempés et souriants, une nouvelle émotion les submergea : la conscience d’avoir participé à un moment historique.

Trois jours plus tard, Jean Lebrun, sous les projecteurs, expliqua les principes de sa création : une cellule composite auto-pressurisée, un alliage d’aluminium polymorphique capable de se dilater sous contrainte, des batteries à fusion saline inspirées des abysses. Le monde stupéfait découvrit l’avion qui savait voler et nager. On parla d’un futur Nobel et d’une révolution du transport mondial.

Et dans les souvenirs de chacun des passagers, subsistait le moment où le ciel s’était éteint, où la mer les avait recueillis, et où la peur s’était changée en émerveillement.

 

FIN

Modifié par Alba

Posté(e)

J'espère que Jean Lebrun a un bon avocat car tester un appareil dans de telles conditions, c'est manquer à tous les règlements mais, cela dit, cet ingénieur semble s'en moquer ; heureusement dès lors que les voyageurs ont pu avoir l'impression d'une virée poétique !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour ce regard porté sur ce récit, Nils !

Personnellement, je ne m'en fais pas pour cet ingénieur : son futur prix Nobel arrangera bien des choses !

(¬‿¬)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Voilà qui me fait penser à ce genre hybride qu'on appelle le merveilleux technologique et dont j'ai entendu parler pour la première fois à propos du Roman d'Alexandre (d'où le nom de l'alexandrin). C'est tout à fait cela et cela change d'Alien! Comme quoi on peut voir le progrès technologique en rose!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour cette lecture et ce commentaire, Thy Jeanin.

Le Roman d'Alexandre du IIIème siècle, recueil de légendes concernant les exploits d'Alexandre le Grand (Wikipédia est une mine d'informations) ?

Mon récit reflète seulement mon admiration devant le ciel et les abysses (deux merveilles azurées). L'imagination fait vivre des merveilles, comme tu le sais. Comme j'aurais aimé participer à cette traversée dans ces deux infinis. La plume sert de substitut. De l'utilité du rêve...

≖‿≖

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