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Qu'un dieu vous serve (III, 6)

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Posté(e)

Scène 6 – Arès, Caius, Volubile, Matamore, Chœur des Ombres

 

Arès entre, une lance à la main et son bouclier dans l’autre. Il est suivi d’un chœur d’Ombres qui ne s’exprime pas mais en impose par sa présence… silencieuse.

 

Arès : Messieurs, vos palabres vous ont-elles réussi ? Pour ma part, afin de sceller notre, disons, « alliance », je me suis permis une petite improvisation qui, je l’espère, vous régalera.

 

Volubile : A en devenir des rois, Seigneur Arès ! Mais en quoi votre mise en scène, si j’ai bien compris, consiste-t-elle ?

 

Arès : Laissez-moi d’abord vous raconter. J’ai servi beaucoup de maîtres en France à la fin du XVIIIe siècle, il faut dire que la période fut bénie pour un dieu comme moi ! L’un d’entre eux, féru d’art, allez comprendre pourquoi !, m’emmena rencontrer le peintre David dans son atelier romain où il achevait une toile qui me plut particulièrement par son allure spartiate. Cette virtus romaine, comme elle était bien retranscrite ! Cette abnégation dans la pose, dans le regard, dans le destin à venir ! Ce père, tendant ces trois épées, devant ses trois fils, tendant leur main… Et ces femmes se recueillant, épouse pour l’un, sœurs pour les autres ! Vous savez, nous autres divinités, nous avons beau être dieux, nous n’en ressentons pas moins des émotions ! Aussi me suis-je dit : mon vieil Arès, c’est fou comme le hasard peut créer la meilleure des communautés ! D’ailleurs, quand on y songe, n’est-ce pas le hasard qui fait naître les mortels plutôt que la volonté des dieux ? Et vos mots, Volubile, m’ont révélé à tous les trois, hommes de lois, de paroles et de forces ! Bâtissons, mes amis : dans ce parc je jette la première pierre, celle du serment. Allons, en place !

 

Caius : C’est que, voyez-vous, il se fait tard et…

 

Matamore : Et nous devons pêcher ! Nous ne sommes que de pauvres pêcheurs, vous savez !

 

Arès : Oseriez-vous refuser la main tendue ? Devrai-je vous envoyer les Bienveillantes ?

 

Volubile (à part, à Caius et Matamore) : Vous voyez bien que c’est un dieu fréquentable, il est prêt à nous envoyer des personnes fort sympathiques si jamais nous refusons. Je nous recommande à tous d’accepter cela dit : il n’est pas de bon de déplaire à un dieu et, pitié Matamore, apprenez à tenir votre langue ou, du moins, à choisir les bons termes ! « Pêcheurs », mais où êtes-vous allé chercher cela ? (A Arès, sans attendre la réponse des deux autres.) C’est entendu, Seigneur Arès ! Et j’ajouterais que votre proposition nous comble de joie ! Le serment, c’est un peu la poigné de mains spirituelle ! Que devons-nous faire ? Nous vous écoutons !

 

Arès : Vous ai-je dit que j’étais également le garant des serments ? Et que les pires calamités s’abattront sur vous si vous ne tenez pas parole ? (Devant le regard consterné de Caius, Volubile et Matamore.) Allons, ne faites pas cette tête, je plaisantais ! Un dieu n’a donc pas le droit d’avoir le sens de l’humour ?

 

Caius, Volubile & Matamore (rires forcés) : Ah ! Ah ! Ah !

 

Arès : Je prendrai cela pour un oui. Allons, du nerf, nous n’avons pas toute la journée ! Tenez Caius (il lui donne son casque), prenez Volubile (il lui donne son épée), attrapez Matamore (il lui donne son bouclier). Maintenant, tendez bien les bras ! De la fermeté, bon sang ! Vous prêtez serment à un dieu ! Mais… que vous arrive-t-il ?

 

Caius, Volubile & Matamore : C’est lourd…

 

Arès : Ciel… si bien sûr je puis me permettre l’expression ! Vous le permettez, n’est-ce-pas ?

 

Caius, Volubile & Matamore (au bord de l’épuisement) : Oui…

 

Arès : Merci, vous êtes de vrais guerriers ! Ah, j’oubliais… Comme je suis un peu en délicatesse avec mes conquêtes féminines, j’ai pris sur moi de faire venir un chœur d’ombres. Ne vous en faites pas, elles sont inoffensives, ce ne sont que quelques vulgaire combattants qui se sont levés contre moi au temps jadis, peut-être hier ou peut-être des siècles, je ne sais plus vraiment, c’est que je perds la notion du temps, vous comprenez ? Mais ne vous en faites pas : ils se mettront à l’arrière, sans faire de bruit. Cela ne vous dérange pas, n’est-ce pas ? C’est que je tiens à reproduire le plus fidèlement possible ce tableau que j’aime tant…

 

Caius, Volubile & Matamore (à deux doigts de lâcher les armes) : Non…

 

Arès : Je vous remercie… mais que vous arrive-t-il ?

 

Caius, Volubile & Matamore (lâchant les armes) : C’est lourd !

 

Arès : Toutes mes excuses, mes amis ! J’avais oublié que vous n’êtes que des mortels et mes armes divines ne pouvaient vous convenir… (Il claque des doigts.) Tenez, maintenant qu’elles sont adaptées à votre force, nous pouvons reprendre. (Caius, Volubile et Matamore s’amusent à manier leurs armes.) Allons, ce n’est pas un jeu ! Tendez-moi tout cela, le regard haut, le menton levé, la mine fière ! A mon tour, je tends la main… Mais que suis-je bête ! Je dois avoir la tête en l’air ! C’est l’inverse sur le tableau ! Toutes mes excuses renouvelées, mes amis ! Je reprends donc mes armes et les tends devant vous ! Allons, vous n’allez pas me dire que vous n’avez plus la force de lever le bras ?

 

Caius, Volubile & Matamore (s’écroulant à terre) : C’est que…

 

Arès : Je comprends, rassurez-vous ! Le poids des paroles, c’est quelque chose ! Allons, j’estime que le serment est prononcé ! En tant que dieu, j’ai bien le droit à quelques entorses au règlement, non ?

 

Caius, Volubile & Matamore (se relevant avec difficulté) : Euh… certainement !

 

Arès : Quelle franchise ! J’aime la mortalité, elle m’a toujours fait chaud au cœur ! Et pour vous le prouver, je vais vous faire escorter par mon chœur d’ombres ! On ne sait jamais, le parc n’est pas très sûr… On y rencontre parfois de drôles de gens… Et je ne voudrais pas que vous soyez en petite forme pour rejouer notre scène, n’est-ce pas ? Allons, du balai, maintenant ! Je plaisante, voyons ! J’ai dit « du balai » parce que c’est mon outil de travail ! Remettez-vous, je crois que vous en avez bien besoin ! Et moi, j’ai encore à faire ici ! (Caius, Volubile et Matamore commencent à s’en aller, suivis par le chœur d’Ombres, quand Arès les rappelle.) Et puis non ! Revenez ici, s’il-vous-plaît, c’est que j’aime les choses bien faites ! (Pesamment, les trois hommes se retournent et reviennent se placer face à lui.) Allons, plus de chichi ! Contentez-vous de tendre le bras vers moi, de les joindre comme si vos paumes ne faisaient qu’une, mieux que la surface d’un triangle ! (Caius, Volubile et Matamore s’exécutent non sans se regarder avec un air inquiet.) Maintenant, répétez après moi : je jure de rendre à Arès la place qu’il mérite au sein de la mythologie !

 

Caius, Volubile & Matamore : Nous le jurons !

 

Arès : Non, la phrase exacte s’il vous plaît.

 

Caius, Volubile & Matamore : Je jure de rendre à Arès la place qu’il mérite au sein de la mythologie !

 

Arès : Plus fort, je n’entends rien !

 

Caius, Volubile & Matamore (criant plus fort) : Je jure de rendre à Arès la place qu’il mérite au sein de la mythologie !

 

Arès : Diantre, sont-ce là des guerriers ou des veules ? Criez, mes Homoioi !

 

Caius, Volubile & Matamore (s’époumonant) : Je jure de rendre à Arès la place qu’il mérite au sein de la mythologie !

 

Arès : Enfin, de vrais guerriers ! Allez vous reposer maintenant, le temps de la bataille n’est pas encore venu et je veux mes troupes en pleine forme ! Humez, molez, perroquetez, vous en avez bien le droit ! J’ai dit !

 

Caius, Volubile et Matamore se retirent, non sans un regard d’appréhension vers Arès et des regards furibonds les uns envers les autres.

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le Serment des Horaces de David plaisamment mis en scène par nos amuseurs de service. Un écho de cette peinture d'histoire si célèbre qui devient ici moment farcesque. Voilà une idée originale !

La suite annoncée est alléchante.

Vite !

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Arès reprend le dessus et retrouve sa vraie nature. On n'asservit pas la guerre, mais la guerre vous asservit.

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