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Accents poétiques

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Ogrignolesque

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          Une nuit d’encre, Poucet fit un sale couche-mal – terrible ! Dans sa langue à lui, cela voulait dire un cauchemar.

 

          Un ogre à poil roux, gras comme un magot chinois assis sur son or, faisait des siennes sur la planète, du Nord au Sud, laquelle n’en finissait plus de fondre sous son abdominal (cela voulait dire abominable) popotin. L’horrible créature se nourrissait d’enfants pubères qu’il piégeait par une formule magique : « Hep’stin’ ! » entendait-on réer au plus profond des bois. Les victimes se mettaient à baver, perdaient leur culotte et on les retrouvait inanimées, liées à un tronc de séquoia. Comme le monstre en profitait pour dévorer un à un les arbres des forêts, peu à peu des clairières se formaient et apparaissaient ici et là les os et les chevelures.

 

          Cette sorte de yéti à cravate faisait claquer ses mâchoires en aspirant l’eau noire des mares pétrolifères, c’était sa boisson préférée. A son dessert, on lui servait les meilleures terres, pleines de déchets précieux et rares.

 

          Le jour, il se frappait la poitrine, tel King Kong, en pestant contre les femmes et les gens gais, les gens rouges. Pour leur faire peur, il leur faisait une moue terrible, à la Benito. Poucet voyait se dresser au-dessus des continents sa silhouette amorphe et massive. Le démon ouvrait une bouche gigantesque et l’on entendait des bruits de tuyau à faire fuir le grizzli le plus farouche !

 

          Cet ogre-là voulait engloutir la terre des O’Greenland, traitait les Inuits d’inutiles-de-la-nuit (polaire) et prétendait se faire bâtir une cabane en or au Canada, avec cadenas, où il ne resterait pas à jeun, pour absorber Canadiens comme des Cadjuns firent ses ancêtres.

 

          Il avait des complices un peu partout sur la machine ronde, des ogres comme lui, de dimensions variées, rustres de Russie, bouddheurs de Chine et, en chinant bien, quelques vieilleries tératomorphes de par le monde, bourreaux à képi du Siam ou encore, tueur à la kippa qui pique façon casque prussien.

 

          Le sinistre rêve de Poucet se finissait ainsi : le monstre brandissait un écriteau et le fichait en terre d’un grand coup de poing américain. Il y avait écrit un mot long et étrange – très étranger au monde familier à Poucet : « Téléréalité ». Tout autour, poussaient des buildings dingues et gigantesques et mouraient par grappes des gens de Gaza gazés dans leurs décombres…

 

          Rêve surprenant dont le petit garçon, très choqué, parla à son amie la Chevêche. Elle ne sut pourtant lui expliquer que le mot : ce cauchemar est vrai, mais de loin. Attention, ajouta la sage en ses plumes, car si lointaine qu’elle soit, la réalité nous rattrapera toujours si l’on reste sans réaction.

 

          La nuit suivante, Poucet rêva qu’il dérobait à l’ogre ses bottes de sept lieues pour lui botter le train. « Tiens ! voilà pour toi, bullshit ! » hurla-t-il au moment de s’éveiller.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un conte de fée horrifique et efficace qui duplique le monde réel en exposant son visage déformé, mais ô combien plus réel que le réel !

Posté(e)

Il faut savoir profiter des nuits d'encre pour écrire, au lieu de dormir. Las ! Voilà où cela mène : à un horrible cauchemar !!

Pauvre Poucet il est en enfer il ne pouvait pas tomber pire : un prédateur égocentrique, vulgaire et destructeur, dont les actions (ou l'inaction) ont des conséquences terribles à l'échelle mondiale, comme l'illustre la fin du cauchemar avec "les gens de Gaza gazés".

Le texte va au-delà de la simple critique politique ; il utilise le cadre du conte pour monstrifier la figure d'un fou, en faire une force de chaos mythologique et écologique.

Et à côté, King-Kong et tous les ogres des contes de mon enfance sont des enfants de chœur ...

Il y a 1 heure, Thy Jeanin a écrit :
Il y a 1 heure, Thy Jeanin a écrit :

Rêve surprenant dont le petit garçon, très choqué, parla à son amie la Chevêche. Elle ne sut pourtant lui expliquer que le mot : ce cauchemar est vrai, mais de loin.

("ce cauchemar est vrai, mais de loin. [...] la réalité nous rattrapera toujours") sert d'avertissement contre la banalisation ou la minimisation de ce type de pitbullshit.


Posté(e)

Une destructuration du langage succulente pour une réalité malheureusement en train de se destructurer de plus en plus...

Posté(e)

En vous lisant, je sais que j'arrive à lire entre les lignes 😉

Trop proche de nos réalités, votre conte. À se demander, ce qui aurait bien pu l'inspirer 🤔

Posté(e)

@Thy Jeanin quel texte grinçant et courageux! Une fable politique féroce comme je les aime, sous couvert de conte détourné.

L'univers enfantin (Petit Poucet en l'occurrence très bien choisi!) , sert d'écrin à une dénonciation frontale de la violence contemporaine : Trump, Epstein, Gaza, les dictatures, le néocolonialisme ( n'ayons pas peur de les dénoncer!).

"la réalité nous rattrapera toujours si l’on reste sans réaction." : le texte refuse la consolation facile du conte.

"Bullshit!" est un cri de refus, même dans son cauchemar, Poucet se rebelle!

C'est violent, salvateur, nécessaire. Un sublime pamphlet poétique qui refuse le désespoir!👋

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