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Polyphonie tragique

Featured Replies

Posté(e)

Je meurs. Mon fils ! mon sang… Redoutable famille !
Le fer a déchiré ma chair. Ô, ni ta sœur
Ni toi ne pleure. Dieux ! Quels regards ! Quelle erreur !
Je titube, ma vue se trouble, tout vacille…

J’ai tué mon époux. Oui ! j’ai vengé ma fille.
Iphigénie hurlait. Les dieux voulaient son cœur.
Dans mon juste courroux, j’ai vengé sa douleur.
J’ai mal. Ma lèvre tremble et mon œil s’écarquille.

Ce sang n’est pas le mien… Quoi ! ce n’est pas assez ?

Égisthe aussi, mon cœur, ton sang à flots pressés

Quitte ton corps aimé. Mon horreur est extrême !

Quel dieu cruel, enfants, inspire vos desseins ?
Je parle à travers vous : votre mère vous aime
Et mon dernier soupir est pour vous, assassins…


Je l’ai fait. Elle est morte. Et son sang sur mes mains
Hurle en moi : matricide ! Il brûle et me condamne.
J’ai tué… Qui ? Ma mère ! Ô, que le ciel me damne !
Pourquoi fus-je nourri parmi des inhumains ?

« Venge ! » m’a-t-on crié. Soudain, plus de chemins.
Si la justice existe, enseignez m’en l’arcane,

Ô dieux ! Vous qui avez armé ma main profane

D’un fer qui m’interdit l’espoir des lendemains.


Chaque ombre que je vois me reproche mon crime

Oui, j’ai vengé, mais la vengeance est un abîme.

Ma sœur, tu l’as voulu : ma main est criminelle.

Le silence est profond, pourtant j’entends des voix.

Le jour a disparu, la nuit est éternelle,

J’entre vif en enfer et n’ai pas eu le choix.


Tout son sang a coulé. Plus de cris. Rien. silence…
Clytemnestre n’est plus. Oreste s’est enfui.
Et moi je reste là, dans ce lieu plein d’ennui,
Où le sang sur la pierre atteste leur violence.

J’ai voulu la justice et j’ai crié vengeance.
J’ai vu mourir ma mère et son amant puni.
Mon enfance succombe à l’implacable nuit.
Un châtiment trop juste aiguise ma souffrance.


Les prêtres horrifiés m’écartent des autels.

Les dieux épouvantés ignorent mes appels.

Je suis fille d’un crime, enfant des hécatombes.

Oreste, Iphigénie, Agamemnon, pourquoi ?

Je parle à des esprits et je dors sur des tombes.

Je suis seule à présent dans la maison des rois.

Nous sommes les témoins, les dalles, les piliers,
L’horreur nous a sortis de notre indifférence.
Nous avons vu l’amour, la haine, la violence,
Et nous gardons l’écho des cris des meurtriers.

Le palais est désert, mais nous restons liés
Aux Atrides défunts, à leur triste démence.
Le fer, le sang, les pleurs et la divine absence
Ont inscrit dans nos cœurs des malheurs familiers.

Tous les dieux se sont tus. Le vent seul nous caresse
Murmurant tant de maux, de crimes, de détresse,
Que nous berçons la nuit les esprits sans repos.

Notre ruine est vivante et pleine de prière.

Le vent chante sans trêve à l’âme des héros,
Qui veille dans la nuit, qui dort dans la lumière.

Modifié par Sertorius
Mise en page.

Posté(e)

Whaou !

La claque !

J'ai bien aimé.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un flot passionné de violence et de sang qui s'exprime dans les ténèbres du destin tragique !

De très beaux vers, qui seront appréciés par les amateurs du théâtre tragique et au-delà !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Oreste a tué sa mère qui avait tué son père.

Quels beaux vers classiques !

Racine n’aurait pas fait mieux.

Posté(e)

Quels vers majestueux! Votre texte, Sertorius, est bouleversant : cette plongée vertigineuse dans la mémoire tragique des Atrides.... chaque voix porte le poids du sang et du destin.

Merci pour cette traversée des ténèbres, aussi belle que douloureuse.

Votre écriture est exquise!

Posté(e)

Les Atrides ou quand le sang appelle le sang dans une boucle sans fin ou presque ; une remarquable tirade !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un moment de théâtre enthousiasmant, on croit voir, on croit entendre sa douleur déchirer le personnage.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Quelle intensité et quel déchirement dans chaque vers de cette polyphonie tragique, @Sertorius

Superbe tirade !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Du grand Sertorius… Superbe lecture !

Posté(e)
  • Administrateur

Quelle puissance rare dans ce poème, presque suffocante. Le lecteur y côtoie la folie et la lucidité, la vengeance et la culpabilité, dans une spirale sans fin. Clytemnestre, Oreste, Électre, le chœur… tout y est habité. On sort de cette lecture secoué mais admiratif devant la beauté du désastre. Chapeau bas l'artiste, sincèrement.

Posté(e)
  • Auteur

Merci beaucoup pour vos gentils commentaires.

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