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L'élégie des Bu

Featured Replies

Posté(e)

Amédée Bu, fils unique de Alain Bu, avocat, et de Colette Stérole, pharmacienne, a mené sa barque comme il a pu, dans un petit village peu connu.

Il n'a guère eu le choix : il fut propulsé à la fac de droit, dès l'obtention du bac, où il s'ennuya beaucoup.

Sa passion féroce pour l'écriture le sauva, sans doute, de la dépression.

Tout en haut de l'amphi, il avait trouvé un coin d'ombre où il pouvait, sans être remarqué, noircir des cahiers de ses histoires qui n'avaient rien à voir avec les procédures pénales.

Alain Bu et Colette Stérole eurent un accident de voiture en revenant d'un cocktail de chez Ella Bienbu, avocate connue au barreau des amateurs de cigares.

Ils moururent donc en même temps, dans une magnifique Cadillac crème qui, sous le choc, ne fut plus qu'un amas de tôles.

Comme la vie est très drôle, on put récupérer une bouteille de gnôle intacte sur la banquette en cuir de l'épave.

Amédée Bu n'en conçut pas autant de chagrin qu'on eût pu le croire, surtout quand le notaire, Gérard Menjoui, grand ami de la famille, avec de grands airs de commisération, lui fit part de l'étendue de son héritage.

Mon pauvre orphelin, l'appela-t-il en lui serrant la main.

Amédée ne dit rien, prit un air de circonstance.

Il versa deux larmes -une pour chacun- le jour de l'enterrement, et, rentrant dans l'immense maison froide, après le cimetière, il en versa deux autres pour le soulagement.

Il ne regarda pas à la dépense ; dans les mois qui suivirent, il réalisa tous ses rêves.

Puis, il se remit à écrire, sur son magnifique bureau Louis XVI, acheté à un cousin breton, Paul Chtron, qui adorait les braises et ne jurait que par les barbecues,.

L'argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue, se dit Amédée Bu.

A ce stade de l'histoire, le lecteur est en droit de me demander, et c'est bien légitime, quel rapport avec toi ?

Il me reste un peu de temps, je m'en vais vous expliquer.

Je m'appelle Théa Louest, je suis orpheline et ma passion, c'est écrire.

Alors, vous pensez bien, quand j'ai vu l'annonce sur le Bon Coin, je me suis précipitée.

Cherche femme avec un côté poët-poët, avec deux grains de folie, sachant bien cuisiner, pince sans rire, pas intéressée, aimant l'odeur de l'encre et prête à s'ancrer dans mon antre. Avocate et pharmacienne s'abstenir, capable de rire et d'écrire.

Je me suis présentée au portail dans l'heure qui a suivi, je n'avais pas de curriculum vitae, mais ma lettre de motivation a fait son effet.

Ben oui, écrire, ça me connaît.

Amédée Bu m'a demandée en mariage deux semaines après et j'ai accepté.

On a fini par être connus mais je l'ai dit, la vie est drôle.

Tout ça nous est monté à la tête ; on a fini aussi dans un tas de tôles, comme quoi ... qu'importe qu'on soit en Cadillac ou en charrette ... quand l'heure est venue ...

J'ai eu un petit serrement de cœur, j'avais perdu mon nom, Théa Louest changé en Théa Bu n'avait plus rien de rigolo ; on a rejoint le caveau de Alain Bu et de Colette Stérole, et c'est là qu'on a commencé à s'expliquer.

On s'est aperçus que l'on s'était aimés, chacun avait son rôle et puis comme on n'avait pas d'héritiers, Gérard Menjoui a cru pouvoir tout s'approprier.

Amédée Bu l'avait prévu : son testament tenait en trente-deux pages et toute sa fortune, ses biens, ses manuscrits furent répartis dans des associations dignes de ce nom.

Aujourd'hui, un petit village peu connu, est devenu prospère.

Et Prosper, yop la boum !

Je sais bien que vous ne me croirez pas

À son air malabar et sa démarche en canard
Faut pas être bachelier pour deviner son métier*

c'est un écrivain né !

Nul n'oubliera Amédée et si vous saviez !

Au fond, dans l'au-delà, on se retrouve et on sait mieux s'aimer !

Et quand on est écrivain, rien ne peut nous arrêter !

Pour tout vous dire, on a écrit nous-mêmes notre épitaphe : "ci-gît la famille Bu qui après la mort a vécu."

On a rejoint tous les poètes qui ont bu plus que des tilleuls menthe, et si nous sommes encore méconnus, nous sommes sur la bonne pente.

A l'automne, toutes les feuilles s'envolent ; allez les ramasser !

On se régale ici ! On écoute "nous n'irons plus au bois"*

Et ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'on peut continuer à écrire !


* emprunté à une chanson de Maurice Chevalier

* comptine attribuée à Madame de Pompadour


(joailes -) 4 septembre 2025 - 23h 15



Posté(e)

Merci pour cette lecture amusante …

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Entre chanson et comptine, place à la fantaisie !

"J'ai bien mangé, j'ai bien bu...'

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il paraît que la pharmacie de Colette Stérole a été reprise par Dimitri Glissé- Reed en association avec Andréa Bu-Impeutrot.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une véritable Honorée de Balzac es-tu, qui crées un vaste monde de personnages où tu gravites, généreuse (comme l'auteur de la Comédie humaine) en commentaires. Mais en nettement plus drolatique. Ne change rien!

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