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Le Voleur d’Âmes [Première partie]

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le Voleur d’Âmes

 

Première Partie

 

 

Tout commença dans le sud de la France, en 1348, quand sévissait la terrible Épidémie de Peste Noire. Le ciel au-dessus de Saint-Rémi, un village du Languedoc, était ce jour-là d’un gris uniforme. Les cloches ne sonnaient plus. Les rues étaient vides, les portes closes, les puits abandonnés. La Grande Peste avait tout pris. Dans une maison de torchis, un garçon de treize ans, Théobald Lefranc, tenait dans ses bras les corps rigides de ses parents. Il ne pleurait pas. Il les observait.

 

Le prêtre, avant de succomber, avait parlé de châtiment divin. Théobald, sans le dire à personne, n’y croyait pas. Il ne croyait plus en rien, à présent, sauf en sa propre survie. Il enterra dans le jardin ses parents décédés la veille, brûla les draps, nettoya les murs. Puis il reprit le commerce de grains de son père, seul, méthodique, silencieux. Il ne parlait à personne, n’aurait su expliquer pourquoi il avait ainsi tout purifié. Il ne cherchait ni réconfort ni compagnie, seulement l’oubli, et la survie.

 

Les années passèrent. Théobald grandit sans attache. Il lisait tout ce qu’il trouvait : traités de médecine, textes religieux, manuscrits d’alchimie. Il apprenait les langues anciennes, les symboles oubliés. Il ne cherchait ni richesse ni pouvoir. Il cherchait seulement à ne pas mourir, frénétiquement, obsessionnellement, tant la mort lui faisait horreur.

 

À vingt ans, il découvrit un codex dissimulé dans les fondations d’une abbaye abandonnée qu’il visitait par pure curiosité. Le parchemin, rédigé en latin corrompu, décrivait un rituel d’invocation. Il ne contenait ni promesse ni avertissement. Juste une méthode. C’était tentant, infiniment stimulant pour l’esprit. Qui sait ? Là était peut-être la solution à ses problèmes.

 

Théobald suivit les instructions avec rigueur. Il traça les cercles, récita les versets, offrit son sang. À minuit, dans la nef en ruine, une silhouette se forma dans l’air. Elle n’avait ni visage ni voix, mais sa présence était indiscutable. Le pacte fut proposé sans cérémonie : l’immortalité en échange d’un tribut régulier. Le jeune sorcier devait fournir des âmes humaines, extraites au moment de leur élévation spirituelle. Il accepta sans se poser de questions.

 

Le démon, que les textes nommaient Belzébuth, lui transmit une formule. Elle n’était ni longue ni complexe. Elle devait être prononcée à voix basse, au moment précis où l’âme s’ouvrait à la grandeur ou à la foi. Il fut fasciné par sa beauté et sa fine justesse :

 

O Lux Obscura, par le sceau de l’Oubli, que l’Esprit se défasse de la Chair.

 

Le jeune homme reçut également du démon un objet : une fiole d’obsidienne, capable de contenir l’Essence volée. Le lendemain, il quitta Saint-Rémi. Il ne reviendrait jamais.

 

Théobald commença son œuvre dans les années qui suivirent le pacte. D’abord discrètement, dans les villages reculés, où il se faisait passer pour un pèlerin ou un conteur. Il choisissait ses cibles avec soin : des gens sensibles, croyants, émus par la beauté d’un vitrail ou la majesté d’un paysage. Beau parleur, il les guidait, les élevait, les préparait. Puis, au moment précis où leur esprit s’ouvrait, il murmurait la formule.

 

La capture était instantanée. L’âme se détachait sans résistance, comme une vapeur aspirée dans la fiole d’obsidienne. Le corps restait intact, vivant, mais vidé. Les victimes ne mouraient pas. Elles continuaient à marcher, parler, respirer. Elles ne s’étaient rendu compte de rien. C’est pour cela que tout se passait toujours au mieux et que le jeune sorcier ne risquait rien. Quelque chose manquait pourtant à ces malheureux. Une absence que personne ne savait nommer. Mais qui s’en préoccupait ?

 

Théobald ne s’attardait jamais. Il changeait de lieu, de nom, de rôle, maquillait son visage et teignait ses cheveux. Il devint moine itinérant, puis cartographe, puis architecte. Chaque fonction lui permettait d’approcher des lieux propices à l’élévation spirituelle. Il étudiait les effets de la lumière sur les visages, les réactions aux chants sacrés, les silences dans les grottes profondes. Il affinait sa méthode.

 Un jour, dans une abbaye cistercienne, un frère l’interrogea. Il avait remarqué le regard vide de certains visiteurs. Théobald le fit taire sans la moindre violence. Il murmura la formule. Le frère s’effondra spirituellement, vivant mais absent, et parla d’autre chose. Théobald recueillit l’âme du religieux, la rangea avec soin, et quitta les lieux sans plus attendre, avec le sentiment du devoir accompli.

 

Plus tard, en montagne, un ermite tenta de le suivre. L’homme avait perçu quelque chose. Il parlait de “vide mouvant”, de “présence sans nom”. Théobald l’écouta avec attention en apparence, puis l’emmena au sommet d’un pic. Là, face au lever du soleil, tandis que le saint homme s’extasiait face à tant de beautés naturelles et quasi célestes, il murmura la fameuse formule. Et l’ermite s’éteignit intérieurement. Théobald descendit seul, impassible, portant son léger bagage spirituel.

 

Le XXe siècle n’entrava pas Théobald, bien au contraire. Le jeune sorcier s’adapta sans difficulté et devint « Théo ». Les croyances avaient changé, mais la quête de sens demeurait, et la naïveté humaine aussi. L’homme moderne, privé de repères religieux, cherchait ailleurs : dans l’art, la nature, la psychologie, les philosophies orientales... Théo observa cette mutation avec intérêt. Elle ouvrait de nouvelles voies et semblait riche de promesses.

(A suivre…)

 

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Etonnez-vous après cela qu'il y ait si peu d'âme en ce siècle! 🧐

L'idée d'une âme à saisir est cocasse et paradoxale: quel type de pinces? De la gaze pour la recueillir et ne pas l'abîmer? 😊

Bien amené, bien mené. On termine en rêvant à la suite. 🤗

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Un rêve qui n'a pas le temps de se transformer en cauchemar, Thy Jeanin (quoique...) !

La suite est postée sans attendre par mes soins, j'ai horreur de traîner et de faire traîner ! 😄

Merci beaucoup !

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Posté(e)

Ce texte est extrêmement réussi.

C'est une plongée dark fantasy et fantastique de haute volée.

Il combine une origine historique crédible, une mythologie personnelle originale et une réflexion sur l'âme humaine et ses faiblesses.

C'est un début plus que prometteur ; c'est le fondement d'un univers narratif passionnant et profondément intrigant. On a immédiatement envie de savoir la suite des aventures de Théo dans notre monde contemporain !!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Écrit au clair du silence dans l'émerveillement des cathédrales...

Merci beaucoup pour cette lecture, Joailes !

Posté(e)

Oh, mais quel régal que ce petit conte noir servi avec tant de sérieux qu'on en viendrait presque à croire que tout cela est arrivé ! Entre la Peste, l’abbaye, Belzébuth et la capture d’âmes comme on récolte des champignons, on sent pointer une malice sous la gravité. C’est du fantastique à la bougie, avec un clin d’œil bien caché sous la capuche du moine. J’ai lu ça d’un trait, comme un enfant qui écouterait un vieux conte trop effrayant pour être vrai... mais pas tout à fait. Vivement la suite !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

"on sent pointer une malice sous la gravité" : vous avez compris l'essentiel, Alain, cette distance perlée qu'il faut savoir ménager entre soi et soi dans la ménagerie des mots !

Merci pour votre regard ! Je suis sincèrement ravie que vous ayez passé un bon moment !

(^▽^)

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