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Accents poétiques

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Celle qui se souvient

Featured Replies

Posté(e)

Une hutte cachée à l'ombre des palmiers,

Avertit alentour aux clameurs des clochettes,

Pour les esprits badauds, l'endroit est coutumier,

Pour l'âme l'occulte, pour le corps la machette.

Un humble intérieur, là un hamac tendu,

Quelques masques de bois aux regards de tristesse,

À côté de bougies, de gri-gris suspendus,

Le pilon d'un mortier qui seul monte et s'abaisse.

Un balai va et vient avec une corbeille,                                       

Et une cuillère se meut dans un chaudron.

Sur une étagère, de nombreuses bouteilles

Qui semblent détenir un ténébreux goudron.

À travers les encens, le chahut des breloques,

Une prêtresse âgée à la peau d'amadou,

En robe de madras, murmure et soliloque,

En dessinant au sol un grand vévé vaudou.

Des lignes d'horizon tranchées de segments droits,                    

Semblent faire office de porte entre deux mondes,

D'un côté un flacon, placé d'un geste adroit,

De l'autre une poupée aux laines rubicondes.

La dame des esprits, en battant un tambour,

Fait offrande de fruits, de pierres sacrées, d'herbes.

Elle fait même un pas dans l'invisible bourg,

Transi des entités, de leur regard acerbe.

La dame psalmodie de la langue créole,

Créée à la hâte dans l'urgence et le sang,

Elle a les souvenirs du pouvoir des paroles,

Et des mille voiles des arcanes puissants.

 

Que les anciens, les cadavres, se remémorent,

Les fils-caravelles qui ont appareillé,

Et les âmes volées dans les champs de la mort,

Les humains enchaînés, les vies embouteillées.

Apparaît le spectre d'un malfaisant vieillard,                          

Tenant une canne, et allumant sa pipe,

Entend la grand-mère, son chant incantatoire,

Il consent au transfert puis soudain se dissipe.

Puis elle s'éveille, tout s'est évaporé,

Les traces sur le sol et les quelques offrandes,

Le sang noir, le flacon, la poupée colorée,

Mais reste la douleur, la vieille révérende.

Loin de là, une main émerge de la terre,                          

S'exhume lentement un maigre individu,

Un zombi éveillé, rebelle involontaire,

Sa mémoire et sa vie, sont à demi rendues.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un rituel vaudou bien mené par une plume-scénariste de talent !

Posté(e)
  • Administrateur

Il y a une force remarquable dans ce poème quasi épique avec cette transe et la mémoire des ancêtres. La prêtresse devient médiatrice entre les mondes, et sa voix réveille l’histoire des chaînes et du sang. L’image finale du zombi, à moitié rendu à lui-même, est poignante : comme une mémoire mutilée qui cherche malgré tout à ressurgir.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Tout une ambiance admirablement rendue qui inscrit le culte dans son cadre pittoresque avec une précision presque sociologique qui ne nuit en rien à la poésie, au contraire.

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Tout semble si réel... @Ozymandias

Un balai va et vient avec une corbeille,                                       

Et une cuillère se meut dans un chaudron.

Sur une étagère, de nombreuses bouteilles

Qui semblent détenir un ténébreux goudron.

Les objets paraissent animés. Une magie certaine envahit l'espace, les personnes.

La précision est remarquable.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Rites fascinants du Vaudou en Haïti. Le rôle des drogues hallucinogènes. La sombre poésie qui s’en dégage.

Posté(e)

Je tremble. Que se passe-t-il ? Aurais-je peur ? Cette noirceur organisée, magique, envouteuse.

Les ombres se glissent au fil de la lecture. J'y suis et je n'aime pas ça. Ces objets qui se meuvent seuls, ces cris glaçants surgissant de je ne sais quel endroit. Ou envers.

Très belle noire poésie 😉

Posté(e)
Le 23/08/2025 à 12:22, Ozymandias a écrit :

Elle fait même un pas dans l'invisible bourg,

Faculté donnée aux poètes...

Poème très bien mené entre Nature et Culture sur le culte des morts version magie noire.

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