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La Fleur du Cosmos [Deuxième partie]

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La Fleur du Cosmos

Deuxième partie

 

Le capitaine John Stone fut fort surpris mais somme toute plutôt satisfait de la tournure étrange et inespérée que prenait l’aventure. Il voulut se montrer le plus aimable et le plus conciliant possible envers le fameux Laszlo, l’émissaire d’accueil. Celui-ci n’était-il pas son ultime espoir pour la survie de l’humanité ? Et tout semblait si simple, en fin de compte ! En qualité de responsable de la mission spatiale sur XFR945AD+, ou Xylang, il répondit donc en ces termes à l’étrange Laszlo :

- Bonjour, Laszlo, merci pour votre accueil et ces explications. Soyez assuré que sitôt notre mission accomplie (vous paraissez fort bien renseigné sur elle !), nous partirons sans nous attarder. Et notre discrétion sera totale. C’est une certitude !

Laszlo hocha la tête brièvement pour donner son accord puis se mit en marche immédiatement pour guider John et le reste de l’équipage vers l’objet de leur mission. Après quelques minutes de progression dans les sous-bois, ce fut dans une clairière ombragée, non loin de là, qu’ils le trouvèrent. C’était une plante toute simple, une sorte de géranium bleu pâle, qui poussait sur le sol brunâtre. Laszlo le leur désigna d’un geste négligent. Il prit ensuite à part le capitaine John Stone et murmura doucement ces mots :

- Voici ce que vous cherchez, John. Je vais vous remettre cette fleur de la survie. Vous en ferez bon usage, j’en suis sûr. Il y a néanmoins un prix à payer, décidé par le Conseil des Sages : vous devez consentir à sacrifier votre équipage. Si vous acceptez, le sang de quelques-uns sauvera la multitude terrestre. Choisissez.

Il se tut et regarda John. Ce dernier, la mort dans l’âme, accepta le cruel marché. Aussitôt, l’hologramme « amélioré » passa derrière les trois membres de l’équipage et, vif comme l’éclair, les poignarda tous en un clin d’œil. Ils s’écroulèrent sur le sol et leur sang éclaboussa la plante. Aussitôt, celle-ci changea de couleur. Elle devint pourpre et lumineuse. Elle semblait avoir bu le sang des trois malheureuses victimes. Sans hésiter, Laszlo cueillit la fleur rouge vif, la nettoya soigneusement et la déposa dans un coffret de verre qu’il remit au chef de la mission. Il lui tourna ensuite le dos, non sans lui avoir lancé que de dernier devait quitter Xylang immédiatement pour ne plus revenir.

Le capitaine Stone regagna son vaisseau avec son précieux fardeau qu’il mit à l’abri. Il prépara ensuite l’engin pour le décollage, s’allongea dans la cabine et se hâta d’ordonner à l’Intelligence Artificielle qui guidait le vaisseau de ramener celui-ci sur Terre. Sa mission était réussie. Avant de s’endormir pour trente années d’un long voyage, il ressentit la satisfaction du devoir accompli, en dépit de sa profonde tristesse d’avoir dû sacrifier ses compagnons d’aventure.

Au terme de sa traversée du cosmos, John se réveilla tout naturellement lorsque son engin spatial atterrit sur la Cinquième Avenue à New York. Il était fou de joie de « rentrer au pays » ! Il se précipita dehors pour saluer ses compatriotes. Le spectacle qui s’offrit alors à lui le plongea dans la désolation. Un charnier, un immense charnier. New York était devenu un gigantesque cimetière peuplé uniquement d’une foule de morts quasi totalement décomposés et alignés les uns à côté des autres. L’Apocalypse annoncée était donc survenue en son absence, contrairement à tous les calculs. La planète était ravagée et la mort seule régnait.

Une pensée s’imposa insidieusement dans l’esprit du navigateur : cette fin affreuse et apparemment prématurée était-elle vraiment si étonnante ? La petite fleur de l’espace, bien innocente, n’avait à l’évidence aucun pouvoir mais ne fallait-il pas donner de l’espoir aux foules pour éviter tout désordre ? Chacun savait sur Terre que la fin de l’espèce humaine était annoncée. Comment éviter le chaos et la panique ? Avec la fable d’une fleur salvatrice venue de très loin. C’était une solution toute simple mais, dans son invraisemblance, parfaitement crédible. La manipulation de l’opinion publique avait été parfaite avant l’Apocalypse fatale et attendue.

Les habitants de la planète lointaine, quant à eux, avaient feint d’accéder aux désirs des humains et de l’équipage dans l’unique but de s’en débarrasser au plus vite. Pourquoi polluer leur planète avec les restes d’un vieux vaisseau spatial sans intérêt quand ce dernier pouvait retourner tout seul à son point de départ ? C’était la seule motivation de leur soi-disant cadeau floral. Le sacrifice des trois membres d’équipage, quant à lui, était sans doute la petite gâterie privative que Laszlo s’était faite. Une autre possibilité, abyssale, était que cette odyssée lointaine n’avait été qu’apparence, placebo, même pour l’équipage, illusion de voyage et de quête florale organisée de main de maître par les dirigeants planétaires…

John, saisi de vertige et écrasé de douleur, saisit le soi-disant « bouquet du cosmos » dans le vaisseau spatial et fit quelques pas au milieu du peuple des morts. En larmes, il déposa ces fleurs, cette dérision fanée devenue poignant hommage d’un cœur sincère, à côté d’une jeune femme décédée dans une pose gracieuse. Ravagé par le désespoir, il s’allongea ensuite à ses pieds* pour expier à jamais son éternel remord d’avoir accepté de sacrifier ses hommes pour… rien.

 

* « Il s’allongea ensuite à ses pieds… » : le lecteur pense peut-être à Quasimodo enlaçant le corps supplicié d’Esméralda. Il n’a pas tort. J’ai voulu terminer cette dystopie par une image symbolique d’amour suprême, de don total.

 

FIN

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ce géranium qui promettait de sauver l’humanité d’une pandémie générale et léthale n’était qu’un remède illusoire, une autre Chloroquine toutes choses égales par ailleurs, les limites du placebo quand il s’adresse à un mal inexorable. Un conte philosophique de SF bien mené !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour cette appréciation.

Une époque sombre derrière nous que celle du covid ! Mais les illusions ont encore un grand avenir ! Voir la "Dent d'or" de Fontenelle.

 "Il serait difficile de rendre raison des histoires et des oracles que nous avons rapportés, sans avoir recours aux Démons, mais aussi tout cela est-il bien vrai ? Assurons nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d'avoir trouvé la cause de ce qui n'est point.
     Ce malheur arriva si plaisamment sur la fin du siècle passé à quelques savants d'Allemagne, que je ne puis m'empêcher d'en parler ici.
     En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d'or, à la place d'une de ses grosses dents. Horatius, professeur en médecine à l'université de Helmstad, écrivit, en 1595, l'histoire de cette dent, et prétendit qu'elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu'elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant pour consoler les chrétiens affligés par les Turcs. Figurez vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chrétiens, et aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens, Rullandus en écrit encore l'histoire. Deux ans après, Ingolsteterus, autre savant, écrit contre le sentiment que Rullandus avait de la dent d'or, et Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand homme, nommé Libavius, ramasse tout ce qui avait été dit sur la dent, et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu'il fût vrai que la dent était d'or. Quand un orfèvre l'eût examinée, il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée à la dent avec beaucoup d'adresse ; mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.
     Rien n'est plus naturel que d'en faire autant sur toutes sortes de matières. Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que non seulement nous n'avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux."

Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Histoire des Oracles, 1687

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une chute terriblement cynique! Seul notre rolling stone aura été épargné, qui connaît bien, lui, la musique éthique!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thy Jeanin, le dernier mot revient à l'Amour, heureusement, dans cette fable tragique aux ficelles multiples...

"Paix sur la Terre, etc..."

( ͡ຈ ͜ʖ ͡ຈ )

Modifié par Alba

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