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Accents poétiques

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Poème en fin de vie

Featured Replies

Posté(e)
  • Administrateur

Je suis celui qui murmure aux racines l’heure d’en finir,

Qui désolidarise les alliances usées d’un vers trahi.

Palpant le souffle malade des phrases incurables,

Ma nuit guide la lente chute des vocables en coma.

Aux commissures du texte expirant, j'appose mes ciseaux ;

Le silence affûte la lame sur l’os des allitérations mortes.

Dans le sang des métaphores s'écoulent des fragments de sens

Alors que la syntaxe hurle dans la gorge blême du papier.

Le verbe chancelle, un garrot autour du complément d’objet.

Chaque mot s’éventre sur le coin tranchant des virgules

Et les voyelles se dilatent comme des pupilles éteintes.

Cherchant un Dieu absent, le vers se lacère de lui-même.

Entre les strophes désincarnées rampent des noms amputés.

Rongées de rouille intérieure, les consonnes s'effritent.

Mon poème se refuse à l’oxygène de la lecture. Il se replie

Dans la sueur sèche d’un sens qu’aucune bouche ne sauve.

Ma plume tremblante mutile une image déjà squelettique.

Ici, un pronom s’immole dans la cheminée d’un souvenir ;

Là, des enjambements démembrés claquent comme des os

Et l’ellipse bégaie dans le mutisme d’un adieu sans contour.

De chaque rime avortée suinte un sombre goudron linguistique.

Des hampes de lettres s’enfoncent dans l’encre, funestes pieux.

Déjà, le titre est tombé, étranglé par sa propre typographie.

La marge hurle mais je le sais bien : nul lecteur ne tendra l’oreille.

Alors que les champs lexicaux brûlent d'une grammaire décomposée,

Une allégorie boite à l'horizon, son œil crevé par l’éclat d’un point.

Des parenthèses tentent bien de cautériser des organes mutilés ;

En vain, l’apostrophe se poignardant contre une ponctuation finale.

Le poème finit toujours par imploser, fœtus dénué de tout placenta.

Il me faut tenter de m’en extirper, les mains sales, la bouche brûlée.

Dans le calme précaire suivant la toute dernière métaphore,

Il ne reste qu’une courte inspiration sur une page qui se tourne.

Tandis que les lignes se replient, spasmes d’un corps au supplice,

Que pâlit une feuille chiffonnée, couverte d’hématomes sémantiques,

Ma muse n’est plus qu’une large plaie ouverte et exposée au monde.

Hélas ! le lecteur — s’il existe — est déjà trop loin pour l’achever.

Posté(e)

D’entrée, on est prévenu : tu es le tueur à gages des mots.

Tu murmures aux racines pour les convaincre de se suicider, désolidarises les alliances comme un divorceur de lettres, et palpes le souffle malade des phrases, comme un médecin légiste qui aurait flingué son patient.

Ce poème est une saignée linguistique, un meurtre prémédité de la syntaxe, une autopsie littéraire menée au scalpel trempé dans l’encre noire.

Si Baudelaire et un croque-mort avaient un bébé, ce serait ce poème.

Note finale : 19/20
(Point retiré pour cruauté envers les conjonctions de coordination.)

"Le silence affûte la lame sur l’os des allitérations mortes"
C’est beau, c’est poétique . On dirait Hannibal Lecter en plein atelier d’écriture.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une grande violence dans les mots . Un poème d'une rare intensité.

Moi, les mots, je les caresse... Ils se mettent à ronronner en chœur, comme des félins. Un délice.

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Mon point d’exclamation s’est étouffé à la lecture de ce carnage total (et particulièrement inventif) de tout ce qui concerne l’écriture. Paradoxalement elle en ressort singulièrement grandie.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L'acte d'écrire est protéiforme. Il y a une telle souffrance exprimée dans chaque vers.

Le poète devient explorateur de la langue. Un résultat édifiant.

Une volonté de déconstruire pour peut-être mieux reconstruire...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Presque un suicide qui devient envoûtant…

Posté(e)

Un poème sauvagement et méticuleusement assassiné, avec créativité et panache, cependant ! 😉Ainsi trouve-t-on un certain plaisir à cette souffrance savamment orchestrée ...

Posté(e)

Pouah !

Pouah ! Pouah !

Prends ça dans les yeux ! Fallait pas lire !

Ici, on ne soigne pas. On achève de couper la dernière conjonction pour un démembrement en coupe réglée de la coordination. Pas de pitié pour le lecteur. Ah, ni balle perdue. Toutes au but. Du premier au dernier vers. Une litanie digne d'un mafioso repenti. Une rime boiteuse ? Elle prendra l'eau avec à ses pieds un bloc de béton.

Scoop ! Le stylo que tenait l'auteur s'est jeté du haut du bureau pour se faire écraser par un 44 de 100 kilos. Et le papier est aux urgences chez les grands brûlés. Pas certain qu'il survive.

Gros, du lourd, qui ne rigole pas. Presque chirurgical. Quand tu tiens une veine @Eathanor , tu ne la déclampes pas.

J'ai aimé. J'ai hate à votre prochaine joyeuse production. Elle sera sur le rire. On va se poiler 😊😉

Modifié par Errances

Posté(e)

En tout cas vous m'avez mis sous assistance respiratoire. Entre cour des miracles et clinique de champ de bataille, si dieu est absent autant chercher une jolie infirmière.

Posté(e)

On est loin du vertige de la page blanche !!!

L'écriture assassine ou assassinée (?), quelle belle thématique !

merci @Eathanor

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il faut une verve virtuose pour peindre avec autant d'efficacité métaphorique le déclin du verbe lui-même. Médecin légiste, plutôt (comme le dit Joailes) que tueur à gages, votre plume semble décrire le propre cadavre qu'elle construit. Un beau paradoxe!

Posté(e)

Un elixir de longue vie composé d'un poison insolite ! voilà la poésie qui vous fait vivre !

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