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Les bons mots de Monsieur Mat

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Les bons mots de Monsieur Mat

 

Nos voisins sont parfois bizarres et certains doivent être soigneusement évités, n’est-ce pas ? Vous connaissez déjà Amédée Pand et vous savez à quel point cet énergumène était redoutable. Monsieur Mat était un autre de mes voisins. Il habitait au second étage d’un immeuble bourgeois situé non loin de ma rue, au n°2, impasse du Tourniquet. Ce monsieur ne manquait pas d’esprit, comme le fameux Amédée, mais il allait plus loin encore sur les chemins de la perversité, si c’est possible.

 

Monsieur Mat était en effet le roi de l’épigramme, de la phrase assassine, du jugement expéditif et sans appel. Il vous envoyait sans scrupule ses paroles venimeuses à la figure, puis, manifestement très satisfait de lui-même, sans attendre une réponse ni même la moindre réaction, il s’éloignait à grandes enjambées, ravi de son bon tour. Un sourire narquois flottait sur sa face lunaire. On entendait parfois ses ricanements.

 

J’en fis moi-même l’expérience lors de ma première rencontre avec ce monsieur. Cette première rencontre fut bien évidemment la dernière, je n’accepte pas que l’on me botte le derrière impunément et à coups répétés. Je tourne simplement les talons et fuis les mauvais plaisants, quand je le peux, naturellement. Certains fléaux doivent être supportés longtemps, hélas !

 

Je garde en tout cas un souvenir bien désagréable de mon échange (à sens unique) avec Monsieur Mat. C’était il y a trois mois environ. Je cheminais sur le trottoir à petits pas, comme à l’accoutumée (les ans en sont la cause), quand je dus m’arrêter à un feu rouge pour laisser passer les véhicules. Je patientai tout en m’impatientant, comme d’habitude. Sur le trottoir à côté de moi, un individu de haute taille, très maigre, coiffé d’un chapeau haut-de-forme (incroyable mais vrai !) attendait lui aussi que le flot de voitures s’arrête.

 

L’attente s’éternisant, je regardai à droite et à gauche pour me distraire. J’eus le malheur de croiser le regard du grand escogriffe empanaché. Il me fit penser à Valentin le désossé, l’acolyte de la Goulue, au Moulin-Rouge, jadis. Sensible à mon coup d’œil, pourtant bien neutre, l’énergumène prit la mouche (il devait penser que le regarder un instant revenait à lui manquer de respect) et me lança derechef cette phrase fatale :

 

Êtes-vous donc morue

Pour traîner dans la rue ?

 

Le feu s’étant remis au rouge, il traversa à grands pas et s’éloigna rapidement. Ce malotru, évidemment déséquilibré, se permettait de me faire la leçon, et quelle leçon ! J’étais sidérée. J’oubliai néanmoins rapidement l’affaire (c’est fou ce que l’on croise de fous à Paris), jusqu’à jeudi dernier. J’étais avec ma cousine Lyson dans le salon de thé de la rue des Barquettes (nous habitons toutes deux non loin de ce paradis des gourmands, hélas pour notre ligne) lorsque la conversation dévia sur les mauvaises rencontres. Elle fit référence très vite à un individu d’une maigreur remarquable, affublé d’un chapeau haut-de-forme.

 

Quelle surprise ! Elle dressait le portrait de mon grand escogriffe. Je lui racontai notre brève rencontre. Elle sourit. Elle n’était pas surprise. Le lascar était devenu célèbre dans l’arrondissement, lançant ses piques au hasard de ses errances. Il choisissait néanmoins avec soin ses victimes, uniquement les personnes affaiblies par l’âge ou la maladie. Celles-ci ne lui enverraient évidemment pas un bon coup de poing en retour. Elles n’en avaient pas la force. C’était donc un lâche, en plus d’être un malotru.

 

Lyson me confia qu’il lui avait lancé, rue des Sylphides :

 

Certains sont gros, d’autres sont gras,

Vous êtes énorme, quel embarras ! 

 

Il avait ensuite filé. Elle entendait encore ses ricanements. J’étais bien désolée pour elle mais elle n’en avait pas fini avec ses confidences sur cet individu nauséabond. Elle me révéla qu’il se nommait Monsieur Mat (comme aux échecs) et qu’il avait un chat, un chien et un poisson rouge. Elle l’avait en effet suivi après son amabilité et s’était renseignée auprès de sa concierge au n°2, impasse du Tourniquet.

 

Plusieurs de ses amies avaient été victimes de sa langue de vipère. Il avait assommé l’une d’elle par ces paroles en la croisant dans la rue :

 

Les faces de carême,

Ça ne sent pas la crème !

 

Lyson rappela également cette scène à laquelle elle avait assisté : à la pharmacie du quartier, Monsieur Mat s’était permis d’interpeller une vieille dame qui faisait la queue et de lui lancer :

 

Vous êtes bien trop moche,

 Vous flanquez la pétoche ! 

 

La dame avait fui le mauvais plaisant et lui-même avait pris sa place dans la file des clients qui patientaient. Ma cousine Lyson fit également allusion à une de ses amies attablée à une terrasse de café à qui il avait lancé au passage :

 

C’est sûr que ce pif rouge,

Ça sort tout droit d’un bouge !

 

Une autre avait été critiquée ainsi à la blanchisserie :

 

Vous sentez l’ammoniac,

On fuit votre hamac !

 

La liste des victimes de Monsieur Mat le pervers était interminable. Mais Lyson, tout comme moi, n’y pouvait pas grand-chose. Il fallait faire avec, dans ce quartier parisien, agréable au demeurant. Les voisins y étaient dans l‘ensemble charmants, vraiment. Il faudra d’ailleurs que je vous parle de Germaine Lacourt, ma voisine de palier, une merveilleuse amie des animaux. Certes,

 

Avec sa face de travers,

On dirait Miss À l’Envers.

 

De même,

Une vraie tête de Titanic !

Elle aurait dû s’appeler Annick !

 

Mais enfin, ne chipotons pas, il faut de tout pour faire un monde…

 

 

FIN

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un vilain monsieur

vraiment pas sérieux!

Pourquoi ne pas lancer à ce genre de pervers : rime ailleurs, eh! Gilles de La Tour pas nette! 😁

Au fond, ce Monsieur Mat est une euphémisation de tous les pervers urbains qui grouillent à Paris. Un récit drôle qui amène à relativiser leur rencontre, tant que cela ne va pas plus loin.

Posté(e)

Quelle lecture agréable ! J’ai savouré vos mots.

Je vais d’ailleurs les glisser sous la porte de  mon voisin… je plaisante bien sûr.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous pour vos lectures !

Ce vilain Monsieur n'existe pas, bien sûr, et heureusement. Les importuns et les pervers sont hélas bien fréquents dans les rues, en effet, @Thy Jeanin, et leurs avanies ne se limitent pas toujours à une remarque faussement spirituelle...

Pourquoi "je plaisante", @Ninon ? N'hésitez pas à communiquer les coordonnées du forum à votre voisin, je suis certaine qu'il appréciera la littérature de qualité qu'on y trouve ! 😉

Merci encore !

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Modifié par Alba

Posté(e)

Monsieur Mat, fin de partie,
Même vos pions vous ont trahi ! ( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Attention, @Joailes ! Il n'a pas fini de nuire et nous surveille tous, sous une apparence ou sous une autre, le lascar !

Gare à ses pointes assassines !

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Modifié par Alba

Posté(e)

Je vais rester vigilante. Dès que je verrai un chapeau haut de forme ... ( ಠ‿<)

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Alors, nous pouvons trembler : il a réussi à s'introduire sur Accents poétiques !!!

Il hante à présent la Galerie intemporelle en squattant l'affiche de la Goulue par Toulouse-Lautrec !

Au premier plan ! Le portrait craché de Valentin le Désossé !!!

Tous aux abris !

ヘ(* 。* ヘ)

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Le 10/08/2025 à 11:56, Alba a écrit :

Avec sa face de travers,

On dirait Miss À l’Envers

Le genre de banderille que Monsieur Mat adore.

Modifié par Jeep

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