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La Fabrique du temps

Featured Replies

Posté(e)

D'énormes cheminées soufflent d'épais nuages,

Des cendres scintillent d'obscure féérie,

Leurs volutes masquent, au creux des paysages,

L'atelier du climat fabriqué en série.

 

Le sifflet d'usine, à l'aube pour l'alentour,

Chantonne guignonnant d'une terne allégresse.

Les fées en rang serré vont pointer tour à tour,

Sous les yeux sévères de la contremaîtresse.

 

Dedans, les rouages d'un lent tapis roulant,

Traînent tonitruant en râle supplicié,

L’engin dans son chemin long et bringuebalant,

Entourant l'atelier comme un serpent d'acier.

 

Entre les doigts des fées, les plaies et les coutures,

Vont les pièces du ciel pour être reprisées,

Les nuages crevés ou les draps bleu azur,

Ils sont les esclaves du temps martyrisés.

 

A côté, les autres sont occupées à peindre

De toutes les couleurs et selon les saisons,

L'art est anéanti, assassiné sans geindre,

À voir la verdure, sa pâle feuillaison.

 

Au fond du bâtiment une sourde rumeur,

Des presses qui frappent et des chaudrons qui hurlent,

Parmi les enclumes, les marteaux, la sueur,

Résonne tic et tac du bruit de la pendule.

 

L'acrylique, le lin, et d'autres polymères,

De runes magiques sont gravées, et sitôt

Quelques étincelles comme des éphémères,

Volètent tout autour pour mourir aussitôt.

 

Penchée sur son gousset, la fée contremaitresse,

Série après série, printemps après printemps,

Compte puis recompte les secondes traîtresses,

Le temps, le vrai trésor des faiseuses du temps.

 

Tout au fond dans un coin, la doyenne tremblante

Imprime la neige, à l'aide d'un pochoir.

Elle pleure les jours où les pièces flottantes

N’avaient pas deux pareils flocons qui pussent choir.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Belle allégorie d'une nature de la modernité, devenue grandiose et bruyante fabrique aux ouvrières concentrées sur leur tâche.

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Administrateur

Ce mariage d'un imaginaire féerique au monde industriel est une vraie réussite avec une description riche d'un univers guère loin du steampunk. Le rythme est soutenu, servi par des images nombreuses et bien ciselées. Une belle lecture @Ozymandias .

Posté(e)

Ce texte est une critique acerbe de la société industrielle, où même le merveilleux est corrompu par la logique productiviste. La mélancolie de la fée doyenne, pleurant l’époque où chaque flocon était unique, souligne la perte de l’authenticité dans un monde standardisé. Je pense au chef d'œuvre "Les Temps modernes" de Chaplin (travail à la chaîne) tellement d'avant-garde !


Posté(e)
  • Semeur d’échos

Au-delà de la description d’un univers voué à la production industrielle asservissant « les fées », c’est à dire les ouvrières, il faut souligner le souffle poétique de ce long poème aux images particulièrement frappantes.

Posté(e)

Entrer dans leur univers, ces pas toujours les mêmes, cet angle de bâtiment dans l'atelier dont il faut prendre garde si l'on va trop vite et qui marque la peau de bleu, ces cigarettes fumées si vite derrière la porte de la cour, ces fous-rires à parler de la contremaîtresse qui pourtant souvenez-vous vient de chez nous, d'en bas comme disent les autres qui ont les doigts blancs...

Ton texte est très inspirant

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Industrialisation coupable du climat. A la place des fées, je ferais grève! Une métaphore ingénieuse dont il est bien tiré parti.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'aime ce tissage du réel, @Ozymandias L'émotion perle dans le dernier quatrain.

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Le 25/07/2025 à 04:09, Ozymandias a écrit :

Entre les doigts des fées, les plaies et les coutures,

Vont les pièces du ciel pour être reprisées,

Les nuages crevés ou les draps bleu azur,

Ils sont les esclaves du temps martyrisés.

Superbe quatrain dans ce poème qui rappellent des temps, hélas, loin d’être révolus… Merci @Ozymandias

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