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Peur ancestrale (nouvelle fantastique - partie 6 )

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Posté(e)

À première vue, il devait s’agir d’ouvrages fort anciens. J’en pris un au hasard. Il datait de 1750. Je ne me souviens plus de son titre ni de son auteur, mais son thème m’est resté en mémoire : il traitait de la vie après la mort. Le sujet m’intéressait, et j’eusse aimé le lire. J’étais tout à fait à l’aise dans cette pièce sentant le renfermé, ou plus exactement les vieux livres. Ayant toujours rêvé de posséder une collection d’ouvrages anciens et rares, je me voyais très bien assis dans un fauteuil, au milieu de ce paradis pour bibliomanes, en train de dévorer les livres l’un après l’autre.

Je sortis de la pièce pour tenter ma chance avec la porte d’en face. Cette fois-ci, je découvris une chambre à coucher dont l’ameublement consistait en une grande armoire, un secrétaire et un lit spacieux. S’y trouvait en outre une cheminée où ne brûlait aucun feu, bien qu’il fît assez chaud dans la pièce. D’où provient donc cette chaleur ? me demandai-je.

Un épais rideau noir dissimulait la fenêtre. Je l’écartai. Pour la première fois depuis le commencement de la nuit, je vis la lune, pleine à ce moment-là, et projetant son faible halo sur le parc de la propriété. Les ombres produites par les arbres forestiers ne me rassuraient guère, car ceux-ci s’apparentaient davantage à des monstres anthropomorphes qu’à de simples végétaux ligneux. Seule la lumineuse sentinelle de la voûte nocturne me procura quelque apaisement. Ayant refermé le rideau, je rejoignis mes amis.

Éreintés par toutes nos émotions, nous décidâmes d’aller nous coucher. Une bonne nuit de repos nous revigorerait, et, demain, nous verrions les choses d’un tout autre œil.

J’allumai une bougie trouvée sur le secrétaire de ma chambre, et je me dévêtis.

M’étant sans tarder mis au chaud sous les draps, il ne me fallut pas longtemps pour m’assoupir. Dans mes rêves, je me voyais parcourir le castel en tous sens pour je ne sais quelle raison.

 

3

Un cri me réveilla brusquement. Celui-ci n'avait rien d'insolite : il était tout ce qu'il y avait de plus humain et trahissait une peur intense. Je sus immédiatement qui l'avait poussé : ça n'avait pu être que Frederick.

Je me ruai aussitôt dans sa chambre. Bred se tenait déjà près de lui et lui demandait pourquoi il avait crié.

À le voir assis dans son lit, les traits déformés par l’angoisse, et les yeux révulsés, il me vint à l’idée qu’il avait pu faire quelque mauvais rêve. Si mon hypothèse se vérifiait, son cauchemar avait dû être des plus horribles.

« Non ! Je ne veux pas ! », hurlait Frederick qui esquissait un geste singulier, comme s’il voulait repousser quelqu’un. « Laissez-moi ! Partez ! Je ne vous suivrai pas ! Jamais ! … »

Il tremblait de tous ses membres, et la sueur perlait sur son front.

Bred s’approcha pour tenter de le calmer, mais Frederick l’écarta violemment en vociférant : « Non ! Ne me touchez surtout pas ! Je n’irai pas avec vous ! »

Il fixait certes Bred, mais une telle peur se lisait dans son regard qu’il devait sans nul doute voir quelqu’un d’autre que son ami.

Je vins en aide à Bred. Au bout de quelques minutes, nous parvînmes tant bien que mal à tranquilliser notre compagnon.

Il était revenu à lui, et nous nous enquîmes de ce qui lui était arrivé.

« J’ai eu une vision cauchemardesque… » Il avait du mal à respirer. « Mais elle me paraissait tellement réelle que j’en ai encore des frissons. Jamais je ne pourrai l’oublier. Quelqu’un est entré dans ma chambre… C’était un homme… mais un homme vivant : un cadavre ! Il présentait déjà d’affreuses signes de décomposition avancée. Je ne pouvais distinguer ses traits, mais je crois pouvoir dire comment il est mort. Il avait… la gorge tranchée ! Il tendait vers moi ses mains mi-squelettiques, mi-putréfiées, en guise d’invite. Je me doutais bien il désirait m’emmener… Si je l’avais suivi, j’aurais accédé au royaume de la mort !… Bien sûr, ça ne peut être qu’un mauvais rêve… Pourtant, c’était tellement clair, tellement net que… Non ! Il faut que je pense à autre chose… Je suis tout en nage… Même enfant, je n’avais jamais fait un tel cauchemar… »

Bred et moi le persuadâmes de se rendormir. Nous lui proposâmes de rester auprès de lui, mais il refusa. L’ayant donc laissé seul, nous regagnâmes nos chambres respectives. Je sombrai vite dans un sommeil profond.

À mon réveil, la chambre était plongée dans un noir total. Il devait toutefois faire jour au-dehors, puisque ma montre indiquait 9 heures du matin.

Je me levai pour tirer le lourd rideau sombre. À ma grande stupéfaction, il faisait toujours nuit, et la lune n’avait point changé de place depuis que je l’avais observée la nuit dernière — ou tout au moins au cours de ce que je supposais avoir été la nuit dernière.

C’était comme si la Terre et son satellite avaient cessé leur rotation pour s’immobiliser complètement. Phénomène totalement incompréhensible !

Après m’être habillé, je sortis dans le corridor et frappai à la porte de Bred. Aussitôt, une voix lointaine me dit d’entrer. Mon ami était toujours couché.

« Il est 9 heures du matin à ma montre. À mon avis, elle doit mal fonctionner », constatai-je. « Quelle heure est-il à la tienne ? »

Bred prit sa montre-bracelet posée près de lui sur la table de chevet.

« Mais non ! Tu as raison : il est bel et bien 9 heures. »

« Comment diable est-ce possible ? », rétorquai-je. « Dehors, il fait encore nuit noire. »

Je m’étais approché de la fenêtre et j’avais écarté les lourdes tentures. Lorsqu’il aperçut comme moi l’obscurité extérieure, il quitta son lit et vint près de moi.

« C’est vraiment très bizarre, Bred », ajoutai-je. « Notre cauchemar ne cessera-t-il donc jamais ? D’abord la forêt, puis ce manoir non moins étrange où le temps semble avoir arrêté son cours… Allons mettre Frederick au courant ! »

L’instant d’après, Bred frappait à la porte de Frederick. On ne nous répondit pas.

Bred répéta son geste, mais en vain.

Intuitivement, il abaissa la poignée et poussa la porte. Elle n’opposa pas la moindre résistance.

Bien entendu, Frederick aurait pu dormir et ne pas nous entendre, mais toujours est-il que nous craignions le pire.

Des draps en grand désordre et un lit désert, voilà ce qui s’offrit à nos yeux étonnés. Nous en conclûmes sur-le-champ qu’il devait être arrivé quelque chose à notre ami.

Nous nous précipitâmes dans le couloir, fouillâmes toutes les pièces du premier étage, mais nos appels demeurèrent sans réponse.

Nous examinâmes également de fond en comble le rez-de-chaussée, tout en ne cessant d’appeler notre ami. Encore en vain.

Bred émit une supposition : « Il se peut qu’il soit sorti. Viens, allons voir ! »

Puis ce fut une horreur d’un genre tout à fait exceptionnel.

Au moment où nous nous dirigions vers la porte d’entrée, quelque obstacle nous arrêta brusquement à moins d’un mètre de la sortie. Si nous tentions d’aller au-delà, nos corps se heurtaient aussitôt contre un mur invisible.

On nous retenait prisonniers dans le castel !

« Mais alors ! », m’écriai-je avec anxiété. « Si, comme nous, Frederick n’a pas pu sortir, qu’est-il devenu ? Dans quelle sorte de maison sommes-nous là ? Par quel sortilège sommes-nous bloqués ici, et dans quel but ?

Pendant l’heure qui suivit, nos recherches se poursuivirent. Elles s’avérèrent tout aussi infructueuses que les précédentes. Au fur et à mesure que nous explorions le reste de la demeure, nous sentions une crainte morbide nous gagner.

Notre espoir de revoir Frederick était devenu nul. Une panique inexplicable nous poussait à formuler les pires hypothèses.

À tout moment, nous nous attendions à voir s’ouvrir quelque gouffre qui nous engloutirait dans ses entrailles insondables. Nous pensions que la maison était vivante et qu’elle se nourrissait de ses occupants. Impossible de s’échapper de ces murs infernaux ! Les fenêtres étaient protégées par le même mur invisible que les portes.

Nous étions dans la cuisine, en train de discuter du parti à prendre, lorsque nous perçûmes des bruits lourds provenant du premier étage.

Quelqu’un marchait dans la chambre de Frederick !

(à suivre)

 

Modifié par Borys de Pozenailles

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Horreur ! Le monstre est partout !

Et l'angoisse s'intensifie...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Décidément, ça ne s’arrange pas. Si la logique d’une nouvelle fantastique se poursuit, on peut craindre que la situation ne se détériore encore.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un suspense à son comble. Les éléments de l'intrigue sont excellents. Mention spéciale pour l'odeur des vieux livres - je n'ai pas pu m'empêcher d'en être rassuré, malgré l'horreur de la situation!

Posté(e)

Impression de mystère bien rendue. Les circonstances et le cadre restent un classique, mais l'art, comme la littérature, ne sont-ils composés de 99% de conventionnaliste et de 1 % d'originalité. On attend la suite.

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