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Peur ancestrale (nouvelle fantastique - partie 5)

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Posté(e)

Une impression de menace me paraissait se dégager de l’imposante maison. Les ténèbres avaient perdu de leur imperméabilité. La demeure se tenait devant nous, tel un monstre paissant dans une clairière. Nos yeux étaient rivés sur elle, et nous ne prêtions plus aucune attention à la forêt qui nous encerclait.

Une allée revêtue de dalles de marbre nous conduisit jusqu’au perron du manoir.

Ayant gravi les quelques marches, nous nous trouvâmes face à une porte en chêne massif, bardée de fer.

Frederick tira un pied-de-biche, et le tintement argentin d’une clochette brisa le lourd silence.

Si quelqu’un se trouvait dans le castel, il n’avait apparemment point entendu le grelot car nous ne perçûmes aucun bruit, et la porte demeura obstinément close.

« Elle doit être inhabitée », hasardai-je. « Décidément, nous n’avons pas de chance aujourd’hui. Moi qui pensais que nous allions pouvoir passer la nuit dans un bon lit après avoir dîné comme des rois ! »

« Pour le bon lit et le dîner, je ne sais pas », observa Frederick, « mais nous aurons du moins un bon toit sur la tête. »

« Tu n’as tout de même pas l’intention de pénétrer dans le manoir par effraction ? », fis-je, choqué par le sous-entendu que contenaient les paroles de Frederick.

« Si la porte n’est pas fermée à clef, ce ne sera pas par effraction », répliqua-t-il, joignant le geste à la parole.

Il avait posé la main sur la poignée et, l’ayant abaissée, il poussa la porte.

Contre toute attente, elle n’était point verrouillée, mais que légèrement entrebâillée. Du dehors, nous pûmes constater qu’une épaisse obscurité régnait à l’intérieur.

Lorsque Frederick entra dans la maison, nous fûmes tous les trois assaillis par un singulier souffle de vent glacé. Je me sentis mal, même si le courant d’air n’avait duré qu’un court instant.

Frederick éclairait le hall d’entrée à l’aide de sa lampe-torche.

Des dalles rectangulaires blanches recouvraient le sol. Aucun meuble ne se trouvait là ; seule une grande glace était accrochée sur le mur à notre gauche, et, lorsque nous avançâmes dans le hall, nous fûmes obligés de passer devant elle.

Comme je marchais derrière mes deux compagnons, j’eus la possibilité de les voir dans le miroir, et il me semblait qu’une lueur bizarre auréolait leurs têtes. Mais, sur le moment, cela ne m’impressionna pas outre mesure, et je n’en parlais donc point à mes amis.

Au bout du vestibule, on trouvait respectivement une porte à double battant à gauche et à droite, ainsi qu’un large escalier menant aux étages. Nous le gravîmes lentement, tout en promenant les faisceaux lumineux de nos lampes sur les marches, jusqu’au moment où l’obscurité tapie dans la brusque courbe qu’il décrivait nous arrêta.

Jusqu’ici, nous n’avions fait aucun bruit, mais je fus d’avis qu’il convenait mieux d’appeler, pour le cas où il y aurait quelqu’un dans le castel, qui pût nous considérer comme des cambrioleurs.

« Y a-t-il quelqu’un ? », m’écriai-je. Je marquai une pause, puis ajoutai : « Nous nous sommes perdus dans la forêt et nous vous serions reconnaissants si vous pouviez nous indiquer le chemin pour Hockley… »

Mon appel n’obtint aucune réponse.

Comment un manoir inhabité pouvait-il ne pas être fermé à clef ? Cependant, rien n’attestait qu’il fût abandonné, puisque les dalles du hall d’entrée ne portaient aucune trace de poussière.

Nous qui avions espéré pouvoir parler à des êtres humains après les frayeurs endurées dans les bois, nous étions grandement déçus. Mais décontenancés avant tout. La malchance nous poursuivait. Certes, nous ne subissions plus l’influence maléfique de la sylve et de ses cris cauchemardeux, mais nous l’avions abandonnée pour une déception plus grande encore : un manoir désolé et non moins inquiétant. Nous nous attendions à tout : si un appel quelconque avait retenti au premier étage, cela ne nous eût guère étonnés.

« Bon, qu’allons-nous faire à présent ? », demanda Bred.

« Je propose que nous redescendions pour trouver de la nourriture. Mon estomac me torture bigrement », lui répondit Frederick.

Trop heureux de pouvoir échapper aux troublantes ténèbres de la cage d’escalier, nous suivîmes notre ami. Une fois au rez-de-chaussée, Frederick ouvrit toute grande la porte sur notre droite.

Nous étions tombés sur la salle à manger, une pièce aux proportions considérables, occupée en son centre par une immense table rectangulaire, elle-même entourée d’une douzaine de chaises élégantes. Une commode flanquait le mur de droite. Sur celui de gauche, pendait un magnifique tableau représentant une scène de chasse médiévale. Au-dessous, six fauteuils s’adossaient contre le mur.

Ce lieu avait dû probablement être utilisé comme salle de réception. Quelles singulières fêtes avaient bien pu y être célébrées ?

Frederick avait inspecté la commode, mais, à sa mine déconfite, Bred et moi pûmes constater qu’il revenait bredouille. Le meuble contenait de la vaisselle en argent, mais n’était nullement fermée à clef. Ce ne fut que plus tard que je compris pourquoi le propriétaire ne craignait pas les voleurs.

À droite du tableau, nous avisâmes une porte. Comme à son habitude, Frederick fut le premier à l’atteindre et à l’ouvrir.

Victoire ! Nous avions découvert la cuisine. Je ne ferai pas l’inventaire de ce que nous y trouvâmes, mais me contenterai de dire que nous mangeâmes à notre faim.

Une fois rassasiés, le courage nous revint. Après tout, notre situation n’avait rien d’éminemment tragique, puisque nous avions eu la bonne aubaine de trouver un abri. Cependant, il s’agissait, par un moyen ou un autre, de revenir à Hockley où nous demanderions à quelqu’un connaissant la forêt de nous aider à retrouver notre voiture. Mais, pour l’instant, c’était le sommeil qui occupait le premier rang de nos préoccupations. Nous quittâmes donc la cuisine pour nous mettre à la recherche de lits douillets.

Après être revenus sur nos pas, nous retraversâmes la salle à manger et rejoignîmes le vestibule. Convaincus que les chambres à coucher étaient situées au premier étage, nous nous engageâmes dans l’escalier en nous éclairant de nos torches électriques.

Des frissons de terreur me parcoururent une fois de plus ; je flairais un danger impossible à définir.

« Nous pourrions peut-être nous installer au rez-de-chaussée dans des fauteuils ? », fut ma timide proposition.

Étonnés par ma suggestion, mes compagnons s’arrêtèrent et se tournèrent vers moi.

« Mais non ! Pourquoi faire ? », répliqua Frederick. « Il y a sans doute des chambres confortables là-haut. Aurais-tu peur ? »

« Je ne sais pas… mais il me semble qu’une menace pèse sur nous et que, depuis notre entrée dans le castel, quelqu’un ne cesse de nous guetter. Déjà en entrant, quelque chose m’a paru louche : j’ai ressenti un courant d’air froid qui me glaçait le sang. Et d’ailleurs, pourquoi n’y a-t-il personne, et comment se fait-il qu’aucune des portes ne soit verrouillée ? »

« J’ai moi aussi ressenti un souffle glacé », approuva Bred. « Cette maison m’effraie, surtout cet escalier. J’ai l’impression que quelqu’un se cache là-haut… »

« Alors, vous deux, je ne vous comprends pas ! », se moqua Frederick. « Nous étions perdus dans les bois sans nourriture ni gîte, et maintenant que nous avons mangé et que nous allons pouvoir dormir, vous réagissez comme deux poules mouillées. Et, qui plus est, vous ne savez même pas ce que vous redoutez. Pour moi, tout est clair et limpide : ce manoir est habité. Le propriétaire a dû le quitter précipitamment et n’a pas pris la précaution de verrouiller la porte d’entrée, vu qu’il comptait revenir bientôt. En ce qui concerne notre présence ici, je suis certain qu’il comprendra notre situation. Maintenant, assez palabré ! Montons nous coucher ! »

Il reprit la marche, et, après que Bred et moi eûmes échangé un regard mi-figue mi-raisin, nous le suivîmes sans protestation. Frederick avait émis des arguments plausibles qui, même s’ils ne concordaient pas avec la réalité, avait pour le moins le mérite de paraître logiques. Tout ce que nous risquions, c’était d’endurer le mécontentement du maître de céans, mais, comme l’avait souligné notre ami, il comprendrait certainement notre situation.

Tout de même, je n’étais pas tranquille à cent pour cent. À tout moment, je m’attendais à voir quelque monstre descendre l’escalier dans notre direction. Cette sensation était tellement nette dans mon esprit que, si un monstre eût réellement surgi, cela ne m’eût pas étonné le moins du monde. Ce fut donc avec appréhension que je suivis mes deux amis. Je devinais que Bred éprouvait la même chose que moi, alors que Frederick ne paraissait pas du tout inquiet. Ce fut d’un pas alerte que ce dernier parvint à l’étage.

Nous nous trouvâmes devant un long couloir qui, en tout, comportait six portes, trois de chaque côté. Chacun de nous en ouvrit une.

Pour ma part, je tombai sur la bibliothèque du manoir. Elle n’était pas grande, mais ses murs étaient surchargés de livres.

(à suivre)

Modifié par Borys de Pozenailles

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le suspense augmente à chaque page.

Après les hors-d'œuvre dans la cuisine, nous attendons le plat de résistance...

Le monstre ! Le monstre ! Le monstre !

Posté(e)
  • Auteur

Excellente remarque ! L'humour noir est de mise.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Sinon le monstre, du moins le monstrueux ne demande qu'à jaillir. Mais, qui sait? Tout n'est pas nécessairement prévisible.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Brrr, ce manoir n’est pas plus rassurant que la forêt. Je tremble de lire la suite.

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