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Une amitié aussi solide qu'un panier d'osier

Featured Replies

Posté(e)

Enfin, la canicule s’était éloignée, me laissant un peu de répit.

Je la savais capable de revenir, la sournoise, comme ma cousine Françoise ; alors que le mois d’août s’approchait à grands pas ; aussi me secouai-je de ma torpeur, et appelai mon cher ami Jean Bonbeur : ça te dit une partie de pêche à la truite ? Le gagnant sera celui qui en pêchera le plus… et au moins une !

Jean rit, de ce rire cascadeur qui faisait trembler ses joues et ressembler à un hamster. 

Dame ! Tu crois encore pouvoir me battre ? La dernière fois, tu as passé l’après-midi à démêler ta ligne.

Cette fois-ci, je viens mieux préparée !

Ah oui ? 

Il cligna des yeux, malicieux. 

Alors, règles classiques : canne en bambou, appâts naturels… et droit de piocher dans son panier.

Je soupçonnai un piège, mais acquiesçai. (et pour cause !)

L’aube était fraîche quand nous nous installâmes au bord de la rivière.

L’endroit n'avait rien perdu de sa splendeur : l’eau habituellement bondissante, coulait maintenant avec paresse, et les saules pleureurs semblaient figés, eux d'habitude si gais.

Même les truites ont dû fuir la chaleur, marmonnai-je.

Jean Bonbeur, imperturbable, sortit de son panier une boîte en fer rouillée. (de pastilles de Vichy)

Moi, j’ai ma recette secrète : vers de terre marinés au genièvre : imparable !

Je hochai la tête, sans avouer que j’avais, moi aussi, un atout dans mon panier.

Les heures passèrent. 

Le soleil écrasait la vallée, et nos espoirs s’évaporaient.

Pas une seule touche.

Jean tapait du pied, agacé.

C’est alors qu’il plongea la main dans son panier et en sortit … un leurre électronique, un truc américain avec des leds qui clignotaient en rythme.

La modernité, ma vieille ! ricana-t-il en lançant sa ligne ainsi parée.

Je le regardai, mi-amusée, mi-agacée.

C’est ça, tu triches, comme d’habitude, dis-je sans lui en vouloir pour autant.

Il répondit : Rappelle-toi : tout est permis dans le panier !

Alors, sans me presser, j’ouvris le mien.

D’abord, il n’y eut que le silence.

Puis, les premières notes du quintette "La truite" de Schubert jaillirent de mon petit lecteur CD portable et complètement étanche.

Jean sursauta. 

Qu’est-ce que… ?

La mélodie coula sur l’eau, légère, vive, joyeuse.

Et là …

Un frémissement.

Une ombre argentée fendit la surface.

Puis une autre.

Une autre encore.

Elles… elles viennent toutes vers toi ! s’exclama Jean, incrédule.

Je ne répondis pas, hypnotisée par le ballet.

Les truites faisaient des entrechats au ras de l'eau, sur cette musique qui parlait d’elles depuis deux siècles.

Jean éclata de rire.

Schubert ! Mais bon sang, c'est bien sûr !

 Il secoua la tête, admiratif malgré lui.

Je haussai les épaules, modeste. 

La pêche, c’est une question d’âme, chuchotai-je


Les truites frétillaient près de la berge, leurs écailles argentées captant la lumière entre deux mesures de musique.

Allez, ferre-en une ou deux ! cria-t-il, impatient.

Mais quelque chose me retint.

Peut-être était-ce la façon dont le piano de Schubert enveloppait la rivière, transformant notre compétition en quelque chose de plus précieux.

D'un geste lent, je détachai l'hameçon vide et laissai glisser le CD dans l'eau peu profonde, où il continua de jouer, miroitant comme un leurre magique.

Tu es folle ? C'était ta victoire assurée ! s'exclama Jean.

Je ne répondis pas, la main suspendue au-dessus de ma canne.

On les laisse courir, dis-je simplement.

Jean hocha la tête, surpris, puis sourit. 

Schubert les a apprivoisées … c’est normal de les laisser libres.

Écoute, regarde ...

Les truites dansaient maintenant autour de la musique immergée, dessinant des cercles parfaits à la surface.

Jean resta silencieux un long moment, puis s'exclama : les émotions, ça creuse !

Il plongea la main dans son panier et en sortit deux jambons-beurre-cornichons enroulés dans du papier alu.

Ah, un amuse-gueule, d’accord ! Mais d'abord ...

Je t'offre l’apéro : un petit blanc sec bien frais ! après, je t’invite au restau , ajoutai-je. 

Chez Mélody, tu connais ?

Celui avec la terrasse sur le canal ? Parfait !

 Jean leva son verre vers la rivière où le CD, toujours en lecture, faisait danser les reflets du couchant.

À la truite de Schubert, à nos péchés !


Plus tard, attablés à la guinguette aux nappes en vichy, devant deux bougies qui dansaient dans un bocal, nous commandâmes tout sauf du poisson.

Pour compenser notre nullité en matière de pêche , plaisanta Jean en savourant son magret de canard aux griottes, tandis que j'entamai religieusement mon risotto aux cèpes.


... / ...


(pause)


Le serveur, un vieux complice, nous apporta en dessert deux truites au chocolat,  des moulages en ganache couchés sur des feuilles de papier musique en sucre glace.

C’est la partition de Schubert ? demanda Jean, impressionné.

Le serveur cligna de l’œil. 

La propriétaire, Mélody, est pianiste. Elle a trouvé ça… approprié.

Nous éclatâmes de rire.

À travers la baie vitrée, on apercevait le canal où se reflétaient les étoiles comme autant de truites argentées nageant en mesure.

Pour couronner le tout, mon cher Jean Bonbeur a sorti sa guitare de son panier et a chanté ...




C'est le plus fort, je mords à l'hameçon !


Il n'est plus grand bonheur que d'avoir un ami tout aussi polisson que vous-même, aussi nul que vous à la pêche, avec qui passer une journée entière sur les bords d'une rivière ... et finir la soirée avec le cœur écarquillé ...

C'était un 13 juillet, jour de la Saint Joël(le) et veille de fête nationale !

(joailes -) 14 juillet 2025 - 23 h 10

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Jean Bonbeur ou plutôt Jean Bonheur, une aimable compagnie pour une journée de plaisirs !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je sais maintenant que Joëlle est une sainte, puisqu’elle épargne les truites qui aiment la musique de Schubert.

Jean Mank-Pahune.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Mignonnement champêtre, cette histoire, où les truites sont traitées en musique pour leur bien être!

Cela me rappelle des choses: Mélody me rappelle Mélodisc, le disquaire de Perpignan où, ado, je farfouillais dans les classiques. Et puis la boîte de Vichy... Moi, c'était la boîte de La Vosgienne (bonbons au miel) sur quoi on voyait une forêt de sapins et des montagnes enneigées, ô rêverie...

Merci Joailes, pour ce joli conte. Que saint Joël te donne des ailes - ou des nageoires, pour vagabonder!

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