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Accents poétiques

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(H)Anté

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          Hier soir, comme tous les soirs, je me glissai dans mes draps, nonchalant et lascif, comme on se prépare à dormir, les yeux dans le vague…

           Quand quelque chose me fit sursauter : je percevais comme un sanglot étouffé. Je tendis l’oreille, le cœur palpitant… Et je finis par entendre une voix, d’aucuns mots prenant forme :

 

- … pas juste !

- Quoi ? fis-je avec douceur.

- Personne ne peut m’aimer.

- Qui donc ainsi soupire, telle une âme en peine ?

- Je voudrais te répondre, mais je ne peux même pas dire « moi ». Je ne suis personne.

- Un fantôme ?

 

Mes cheveux se dressèrent sur ma tête.

 

- Ne prête pas attention, dit la voix. Je ne suis rien. Personne ne me regarde dans la rue.

 

Je me fis jésuite :

 

- Mais si votre présence est pressentie, on ne peut dire que vous êtes sans existence.

- Il est vrai que parfois des yeux s’étonnent, un visage se tourne vaguement vers.

- Vers ?

- Je ne peux dire « moi » puisque…

- J’ai compris. Alors, je parle tout seul, à cette heure ?

- Logiquement, oui.

- Et pourtant, je ne suis pas fou. D’ailleurs, vous m’écoutez, ergo es, cartésianai-je.

- Pauvre de vous !

 

Mes sourcils firent deux accents circonflexes.

 

- Que me plaignez-vous si c’est vous qui êtes dans une situation absurde ?

- Vous vous croyez écouté d’un être qui n’existe pas.

- Qui n’existe guère, nuançai-je.

- Anté. Vous êtes anté.

- Hanté ? C’est à voir !

- Impossible, je suis tenu de ne pas me montrer.

- Qu’est-ce qui vous y oblige ?

- Comment, vous ignorez le cycle du kharma ?

- Si, avec un peu de gnôle, je sais ma Carmagnole, m’agaçai-je.

- Je m’explique. C’est sérieux ! Je ne suis rien maintenant. Mais je suis vous avant. Anté, donc.

- Il faut vous expliquer un peu mieux, monsieur le fantôme !

- Eh bien, je fus quelqu’un, si je ne le suis plus. C’est-à-dire vous avant.

- Avant quoi ?

- Avant ce que vous êtes devenu.

- Et qu’est-ce que j’étais, avant ?

 

Il se remit à sangloter.

 

- Hélas ! Rien ! Déjà !

- Déjà ? Voulez-vous insinuer que je continuerais à n’être rien ?

- C’est vrai, car j’ai pris votre place. M’écouter vous a perdu. C’est vous qui n’êtes rien, plus rien. Je peux dire « moi » à votre place. Vous, plus jamais.

 

- Que chantez-vous là ?

- Voyez : vous auriez dû dire : que ME chantez-vous là. Vous ne l’avez pu. Vous commencez à vous effacer.

 

Une bouffée de colère me fit serrer les poings.

 

- Mon petit ectoplasme, je meurs d’envie de vous renvoyer dans le néant.

- Allons, cou-couche !

- Quel est ce ton ?

- Oui, j’ai oublié de vous dire (on ne peut tout seul se rappeler) : dans votre ancienne vie, vous fûtes chien. Chien de Mars.

- Vous dites ?

- Chien de guerre, si vous préférez. On les forge sur Mars.

- Avec l’aide de Vulcain, sans doute ?

 

J’avais beau ne pas le voir, je voulus lui sauter à la gorge.

 

MAIS LE SONNEIL SE MIT A RÊVER.

 

Emergé de mon lit, j’entendis des coups dans le mur. Le voisin criait : « Faites taire votre chien ! »

 

Je me levai sans réfléchir, comme un automate sans IA et, distraitement, me servis du muesli.

 

Mon regard, ce faisant, croisa celui, suspicieux puis outré, de mon yorkshire : mon bol était rempli de ses croquettes.

 

Or, je n’avais pas de chien. (Du chien ? C’est selon.)

 

Alors, triomphalement :

 

- Ce n’est même pas vrai, feulai-je. Dans une vie antérieure, je ne peux qu’avoir été Majesté-Chat !

 

A peine avais-je franchi la chatière :

 

- Ou peut-être oiseau, tiens !

 

Je me perchais dans l’autobus, la tête sous l’aile pendant tout le trajet.

 

Débarqué sur mon lieu de travail, je marsouinai vers la meute de mes collègues. Leurs cliquetis incessants devant les écrans me firent croire à une invasion de rongeurs. Mal luné, le chef entra en hurlant. Je me rassurai : nous étions bien parmi les loups.

 

Plus tard, en milieu de journée, la voix nocturne se rappela à moi :

 

- Allons ! Ton rêve est fini ! Sois toi !

- Bougre d’animal ! m’exclamai-je devant mes collègues médusés.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Au royaume des métamorphoses, la logique est reine et Thy Jeanin est roi !

Un conte fantastique qui me rappelle un peu mon récit Le grand paon de nuit, narré dans cette rubrique.

Posté(e)

Le narrateur engage une conversation avec une voix qui prétend être son ante (son avant), et hanté, une entité fantomatique qui nie son existence propre au profit d'animaux divers ...

Ce dialogue rappelle les interrogations métaphysiques sur l'identité (je ne suis personne) et la perception de soi (personne ne me regarde dans la rue).

Une fable métaphysique et loufoque sur la quête d'identité, où le langage se dérobe et où le moi se dissout dans le rêve. Un bijou d'humour noir et de poésie.


Posté(e)

Aahhh ...je crois que j'ai compris !

C'est le chien de Mr le comte feu le mari de ia comtesse de Becu !

Tu as trop discuté avec @Joailes cher Thierry !

Sacré hanté-rieur 😆

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