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Peur ancestrale (nouvelle fantastique - partie 1)

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Posté(e)

1


Chaque fois que je m’efforce de me rappeler ce qui se passa pendant ces terribles journées, une peur panique m’envahit. D’ailleurs, comment pourrait-il en être autre-ment ? Malgré le dégoût qui m’habite, j’ai décidé de coucher sur le papier cette horrible histoire et d’enfouir ensuite mon manuscrit dans le coffre d’une banque, afin qu’on ne le retrouve qu’après ma mort. Jamais je n’aurais cru que je trouverais le courage de relater les horreurs que j’ai vécues. Quoique déjà vingt années se soient écoulées depuis la tragédie, les événements sont toujours ancrés en moi avec une intense précision, comme si tout cela avait eu lieu pas plus tard que la veille. Je ne suis jamais parvenu à me remettre intégralement de mon aventure, même après un long séjour dans un asile psychiatrique.

Je suppose qu’après avoir pris connaissance de ce récit, mes lectrices et lecteurs douteront de son authenticité, mais tout ce que je vais écrire n’est nullement le fruit de mon imagination, bien que je préférerais infiniment que cela le fût.


***


J’étais alors un jeune homme de vingt-trois ans, qui étudiait à l’Université de Chester. Je m’y plaisais bien, car, éloigné de ma famille, je jouissais enfin d’une liberté dont j’avais toujours rêvé. Je me sentais à l’aise en compagnie des autres étudiants. Deux d’entre eux me tenaient particulière-ment à cœur. Comme moi, ils étaient issus de la petite noblesse de campagne.

L’un d’eux, un garçon de taille moyenne à la chevelure blonde, avait pour nom Bred Krampton. Ses yeux bleus trahissaient une timidité quasi féminine. C’était un rêveur qui avait la manie de ne jamais vraiment vivre dans le temps présent, ce qui ne l’empêchait toutefois pas d’être un ami extrêmement dévoué.

Mon deuxième ami, Frederick Coldwater, représentait tout le contraire de Bred : il était grand, de forte stature et avait une chevelure noir corbeau, sous laquelle pétillaient des yeux sombres pleins de malice.

Nous étions trois amis inséparables. Comme nous disposions de quelques jours de vacances, nous décidâmes de prendre la route à bord de la voiture de Frederick. Nous n’avions pas de but précis et recherchions l’aventure.

Le véhicule roulait à vive allure, piloté par Frederick qui était un conducteur hors pair. Devant nous s’étalait une route parfaite, entièrement déserte par ce matin frileux.

Nous avions choisi de remonter vers le nord, car nous pensions que ces régions sauvages seraient plus propices à l’aventure que celles du sud, envahies par les touristes.

Au bout de quelques heures, nous résolûmes de quitter la route principale pour emprunter une petite voie cahoteuse, mais très pittoresque.

Sur une carte de la région, nous repérâmes le village de Hockley, par lequel nous désirions passer et dans les environs duquel nous projetions de camper. Nous n’avions pas besoin d’acheter de la nourriture car, avant de partir, nous avions fait amplement provision pour ne manquer de rien. En avant pour l’aventure, mais avec un ventre plein !

Les rais du soleil couchant coloraient le crépuscule lorsque nous arrivâmes à Hockley. Nous traversâmes le hameau dont nous pûmes à peine distinguer les maisons construites côte à côte. À en juger par leurs façades décrépites, elle devaient être fort vieilles, ou peut-être n’était-ce qu’un effet provoqué par l’insuffisante lumière régnant en ces lieux ?

Nous suivîmes la voie principale du village, longée de part et d’autre par les mornes demeures, puis nous débouchâmes sur une route campagnarde bordée d’arbres visibles à la lueur de nos phares. Certains d’entre eux, courbés par le poids des ans, tendaient leurs longues branches vers nous, comme s’ils eussent voulu nous saisir.

Le spectacle avait quelque chose de sinistre. Mais il ne nous préoccupa pas outre mesure car ce qui nous importait avant tout pour l’instant, c’était de trouver un endroit où nous pussions camper.

À présent, la route traversait une forêt. Nous désirions nous engager dans le premier chemin de traverse que nous rencontrerions, notre intention étant d’établir notre campement dans une clairière.

Les phares du véhicule nous permirent de découvrir rapidement ce que nous cherchions. À droite, un chemin de terre partant de la route s’enfonçait dans les bois. Nous étions secoués par le cahot que les ornières faisaient subir aux roues de la voiture. Seul le vrombissement du moteur trouait le silence nocturne. Nous fûmes étonnés de ne percevoir pas le moindre bruit, pas même le bruissement des feuilles agitées par le vent, un vent qui pourtant ne manquait jamais de souffler dans cette contrée.

« Le mieux serait de retourner sur la route », conseilla Frederick. « Je doute que nous trouvions quoi que ce soit pour nous installer. »

« Cela vaudrait mieux, en effet... », répliquai-je, soudainement pris d’une peur stupide.

Après une manœuvre difficile, nous roulâmes en direction de la route que nous avions quittée peu de temps auparavant. Il s’était déjà écoulé une bonne demi-heure depuis que nous nous étions lancés sur la route campagnarde. Tiraillés par une crainte inexplicable, nous ressentions le besoin de converser.

« Voilà où, selon moi, tous les hommes devraient vivre ! », déclara Bred. « Au lieu de cela, ils s’enferment dans des villes nauséabondes. »

« Ce que tu dis là n’est que trop vrai », acquiesçai-je. « Heureusement que nous avons les vacances qui nous permettent de changer d’air de temps à autre. Cette forêt me fait penser à celle qui se trouve non loin de chez moi. Dès que l’occasion se présentait, j’allais m’y promener des heures entières sans jamais rencontrer âme qui vive. Comme les peuples primitifs devaient être heureux ! Nous autres, nous avons perdu le lien qui nous unissait à la nature, et c’est ce qui nous mènera à notre perte. »

« Et moi, je me demande où nous conduira ce chemin », se plaignit Frederick. « Cela fait déjà plus d’une heure que nous sommes revenus sur nos pas et nous ne sommes toujours pas arrivés sur la grand-route. »


(à suivre)

Modifié par Borys de Pozenailles

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une histoire intéressante, les personnages sont bien campés.

À suivre...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Voilà qui sent le soufre. Une entrée en matière typique: l'étrange s'immisce, la peur s'installe...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ça va mal tourner, forcément.

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