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En haut de l'escalier

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Posté(e)

En haut de l’escalier

 

Au dernier étage de la maison, un escalier mène vers le toit terrasse. C’est là que je passe mes après-midis pendant les vacances, quand nous n’allons pas à la plage et que nous restons à la maison. J’y vais juste après le déjeuner. Je prends toujours Tiki, le petit perroquet vert, sur mon épaule, avec un chiffon pour essuyer ses fientes, ainsi que mon matériel de couture ou un livre. Je vais m’isoler pour plusieurs heures, c’est mon domaine, mon refuge. Comme c’est l’été, j’ai le droit d’ouvrir la porte fenêtre dans mon dos. La luminosité est alors accrue, ce qui facilite le travail minutieux des pièces minuscules destinées aux vêtements de poupées. Je m’applique, même si personne n’accorde d’importance à ce que je fabrique, mais je suis heureuse de donner une forme à ces morceaux de tissu, et d’obtenir une copie miniature de ce qui existe « pour de vrai ». Je ne descends que rarement deux étages plus bas, à la cuisine, pour me désaltérer de thé glacé et je ne m’attarde pas.

Aujourd’hui, je n’ai pris que mon nouveau livre. Il m’a été offert à l’occasion de Noël, pour meubler utilement le temps des grandes vacances qui suivent de près cette fête. C’est un roman pour la jeunesse dont l’action se passe dans la nature. Le volume est épais. J’aime le contact soyeux de sa reliure cartonnée et l’image colorée sur la jaquette. D’après les illustrations qui ponctuent le volume, il y est question de chevaux, de plantes, de prairies, de montagnes boisées… L’histoire est située dans la lointaine Europe, que je ne connais pas, mais dont Mamie me parle souvent. Quel exotisme ! Dans le monde réel, quand je regarde par les fenêtres de la maison, je vois d’abord la rue et en deuxième plan, le parc municipal, où végètent quatre palmiers et quelques cannas, dans un carré de d’herbe jaunissante. Plus loin, aux abords de la ville, c’est le désert de pierre et de sable. J’ouvre le livre et je plonge dans les pages. C’est magique : dès les premières lignes, je m’en vais. Qu’importe le ciment dur des marches sur lesquelles je suis assise et les murs nus de mon recoin solitaire. Dans ce roman, les protagonistes sont des enfants qui sortent seuls, qui se promènent. Ils sont libres. Je voudrais leur ressembler et je leur ressemble, d’ailleurs, dans ma tête, parce que je suis ailleurs, quelque part à l’intérieur du livre. Je sens parfois Tiki me chatouiller l’oreille et je lui gratouille distraitement le cou en retour. Ce qui importe ce sont les mots qui construisent un nouvel univers. Un monde s’est ouvert sur mes genoux, entre mes mains. Je sens, je vois, j’entends une autre réalité, dans laquelle j’évolue sans peine, à ma guise et avec bonheur. Maman vient sur le palier pour y suspendre le linge mouillé après la lessive. Je la perçois vaguement, plus que je ne la vois Peut-être me dit-elle quelque chose ? Mais je ne l’entends pas, puisque je n’ai plus d’oreilles, que je n’ai plus de corps.

Mais voilà que la lumière baisse, que j’entends mon prénom, au loin. On m’appelle pour le dîner. Je dois rejoindre le monde des autres, le monde gris et banal dans une ville tout en béton et en poussière. Déjà, il me semble entendre, dans une pièce de la maison, des cris, des pleurs. C’est peut-être une nouvelle dispute ? Je comprendrai dès que je verrai qui a les yeux rouges, qui boude, qui digère sa colère ou rumine son aigreur. Je dînerai vite, en silence, dans mon imaginaire que je rejoindrai probablement cette nuit, dans mes rêves, et demain certainement, dans un nouvel après-midi de magie livresque.

Modifié par Diane
Corr.plusieurs fautes de grammaire

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un beau récit qui sonne vrai et juste.

"Ce qui importe ce sont les mots qui construisent un nouvel univers. Un monde s’est ouvert sur mes genoux, entre mes mains. Je sens, je vois, j’entends une autre réalité, dans laquelle j’évolue sans peine, à ma guise et avec bonheur."

En effet.

L'art, sous toutes ses formes, c'est bien une porte qui s'ouvre, une liberté qui apparaît, un monde de possibles qui surgit, c'est un enrichissement du cœur, de l'âme, de l'esprit, en résumé, une autre dimension ajoutée à la vie.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Les souvenirs d’enfance, dans une ville qu’on situerait au Maghreb près de la mer, d’une petite fille qui s’échappait du quotidien par la lecture. Bien écrit et émouvant.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Joli texte, Isabelle. 😊 Ainsi se construit le monde intérieur d'une enfant.

Il me rappelle la chanson de Catherine Lara: elle, c'était "assise par terre sous l'escalier".

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