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Lucie et la pierre vivante

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Lucie et la pierre vivante

 

Lucie aimait se promener le long des rives du fleuve avant sa journée de travail Tantôt calme, tantôt agité par une brise rebelle, reflétant toujours les merveilles du ciel, le cours d'eau ne manquait pas d'attrait. Ce matin-là, pourtant, tout ne se déroula pas comme à l’ordinaire. En effet, tandis qu’elle marchait sur le chemin de halage, elle tomba brusquement sur une grosse pierre placée sur le côté de la route. L’avait-elle déjà rencontrée ? Elle en doutait. La forme bizarre de cette roche aurait sans doute déjà attiré son attention, c’était certain. Elle ne put dans l’immédiat mettre un nom sur la nature de son malaise et décida de reprendre sa promenade.

Elle dépassa la pierre et se retourna pour la contempler un moment plus attentivement. Pourquoi donc la trouvait-elle étrange ? Que se passait-il donc entre ce simple caillou et elle-même ? Elle eut une illumination soudaine. Il ressemblait prodigieusement à une forme humaine allongée, couchée sur le flanc. Tout y était, quasiment. Les jambes, jointives, les bras le long du corps, le buste légèrement replié sur lui-même dans l’attitude caractéristique du dormeur, la tête aux yeux clos. La forme était grossière, comme taillée à la hache, certes, mais tout y était, jusqu’au costume rugueux qui semblait l’envelopper.

Quel drôle de personnage le long du fleuve, désert à cette heure ! Il était bien de pierre mais avait une présence étonnante. Quel mystère ! Toutefois, comme Lucie n’avait pas la clé de ce qui lui apparaissait comme une énigme, elle dépassa la forme bizarre et poursuivit sa promenade matinale. C’était tout ce qu’il lui restait à faire. Cet étrange personnage l’accompagna toutefois tout au long de sa sortie, et bien après, lorsqu’elle rentra chez elle puis ressortit pour rejoindre son poste de surveillante pénitentiaire à la Maison d’Arrêt de Château-Rivolle.

La routine carcérale l’absorba toute la journée. Pourtant, lors de la pause ou de son trajet retour chez elle, elle fut surprise de constater que l’étrange silhouette le long du fleuve, perdue dans un rêve sans fin, revenait pour la hanter. Dans sa tête, elle semblait vivante.  Quelle énigme indéchiffrable ! Elle se promit de retourner sur les lieux de cette rencontre hors du commun dès le lendemain matin. C’est bien ce qu’elle fit. Très tôt, et par un temps splendide de début mai, elle fut à nouveau debout, immobile, à côté du dormeur de pierre, comme si elle attendait quelque chose. Ce « quelque chose » arriva très vite, cette fois-ci.

Il sembla à Lucie que l’homme de pierre remuait un bras, puis une jambe. Oui, il paraissait littéralement s’étirer, comme au sortir d’une longue nuit. Il prenait vie, il s’incarnait ! Sous les yeux incrédules de la jeune femme, la silhouette se redressa et lui adressa quelque chose que l’on pourrait presque qualifier de « sourire ». Dans le même temps, sa peau minérale fondit littéralement et une peau humaine la recouvrit. Un habit à la mode du XIXème siècle remplaça le costume de pierre. Lucie avait à présent en face d’elle un individu du passé, jeune gandin romantique assis par terre dans les fragments de la roche émiettée. Il lui jeta un regard enjôleur.

Lucie fut frappée par la douceur mêlée de cruauté de son regard noisette. Une étrange attraction émanait de ce personnage mystérieux. Elle se sentit magnétiquement attirée vers cet hypnotiseur. Elle crut rêver, ou plutôt, faire un cauchemar Par un effort surhumain sur elle-même, frissonnant de terreur, elle parvint à échapper au charme méphitique de ce sorcier qui l’entraînait vers lui. Elle courut à toutes jambes sur le chemin de halage parmi les oiseaux qui s’envolaient et les cris des mouettes qui montaient vers le ciel. À bout de souffle, elle parvint jusqu’à son domicile. Elle n’avait pas cessé de se hâter sur le chemin du retour, sans tenir compte du regard étonné des rares passants qu’elle croisait.

La jeune femme se remémora la scène de la rencontre avec cet inconnu pierreux pendant toute sa journée de travail à la prison. Elle sentait son angoisse monter à vue d’œil. Un océan de ténèbres semblait vouloir l’engloutir. Lorsqu’une collègue lui proposa à la pause de l’accompagner à la bibliothèque de la Maison d’Arrêt, elle accepta volontiers. Peut-être parviendrait-elle ainsi à oublier son affreuse aventure du matin. Laissant sa collègue choisir un roman, elle se dirigea vers la section des périodiques. Là, elle feuilleta négligemment la première revue qui lui tomba sous la main. C’était un magazine historique. L’ouvrant au hasard, elle découvrit un article illustré décrivant dans le détail un épouvantable criminel du XIXème siècle qui avait défrayé la chronique à l’époque.

Intéressée, elle s’absorba dans sa lecture. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que l’individu décrit ressemblait fâcheusement à son fantôme matinal ! Une gravure ancienne de l’individu était jointe à l’article, comme complément iconographique. C’était lui ! Même regard noisette, même charme envoûtant dans la posture, même sourire hypnotique. Et surtout, même costume noir à parements violets, très XIXème siècle. Elle avait vu, de ses yeux vu, cet assassin machiavélique après son étrange résurrection le long du fleuve ce matin. Il lui avait même souri. Mijotait-il donc déjà un prochain assassinat ?

Voilà donc le mystère de l’homme de pierre élucidé : c’était ce criminel du passé qui, pour une raison inconnue, s’était fossilisé puis incarné à nouveau sur les rives du fleuve longeant Château-Rivolle. Malgré elle, Lucie termina l’article. Outre la liste des victimes du criminel en série du passé, qui était bien longue, figurait son lieu de naissance. Elle eut l’impression soudaine que la foudre la frappait. Il était né à Château-Rivolle en 1811, la ville même où résidait la surveillante pénitentiaire. Quelle coïncidence invraisemblable ! C’était à peine croyable, et pourtant, c’était vrai.

Le monstre était ainsi revenu sur son lieu d’origine par un étrange transfert, faisant fi des lois du temps et de la logique mais aussi de celles de la vie et de la mort. Ce grand criminel devait donc être sorcier, c’était sûr, ou bien scientifique de génie, ou bien encore l’objet de forces mystérieuses et sans nom, forcément maléfiques. Lucie referma rapidement le magazine, rejoignit sa collègue et reprit son travail, sans dire un mot de ses pensées. Tout ce qui lui était arrivé depuis deux jours était proprement incroyable et de nature, si elle le révélait, à lui attirer beaucoup d’ennuis. Il lui fallait se taire et faire comme si de rien n’était, en tremblant, naturellement.

Ce qu’elle fit, avec succès. Elle laissa filer les jours, sans retourner sur les bords du fleuve, se contentant de mener sa petite vie tranquille de surveillante pénitentiaire de province. Les mois passèrent. En octobre, les premières feuilles commencèrent à tomber. L’Automne revenait. Elle n’avait eu aucune nouvelle de l’inconnu des rives du fleuve et s’en réjouissait. Avec le temps, elle était presque parvenue à oublier son visage et sa terreur. Lucie n’était d’ailleurs jamais retournée sur les lieux de sa rencontre fatale avec ce qui paraissait bien être un dangereux criminel du passé réincarné. La vie se déroulait bien paisiblement à nouveau pour elle.

Serait-ce tenter le Diable que de retourner près de la pierre vivante ? Elle le désirait ardemment, curieusement, après tout ce temps, pour en avoir le cœur net. C’est ce qu’elle décida un dimanche matin. Elle ne connaîtrait pas le parfait apaisement si elle ne retournait pas une dernière fois sur les lieux de cette funeste aventure. Pour mettre un point final à son histoire, naturellement. C’est ce qu’elle souhaitait de tout son coeur. Arrivée sur place, le long du fleuve longeant les rives de Château-Rivolle, elle ne trouva nulle trace du rocher ensorcelé, nul caillou, nul gravier suspect. Tout avait disparu. Elle en fut presque déçue. Peut-être qu’en fait, rien n’avait existé de tout cela. Mais qui aurait pu le dire ?

 

FIN

 

 

Posté(e)

@Alba

« Lucie et la pierre vivante » est un conte fantastique très classique, peut-être un peu trop dans le style, la structure et l’imaginaire. Il est bien mené, mais manque de renouveau. Le lecteur familier du genre s’y retrouvera, mais sans questionnement latent. Par ailleurs, saluons cette pierre qui roule dans le paysage de la fiction fantastique

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Marc pour ton regard sur ce conte, qui relève du registre fantastique en effet !

Les mots"un peu trop", entre autres, montre que ton commentaire exprime un jugement de valeur qui relève de la pure subjectivité du critique et de ses goûts.

Reflet de la modernité, flirtant avec un passé romantique séduisant, ce récit des métamorphoses, emprunt de cruauté latente et d'horreur suggérée, me semble néanmoins doté de traits propres à le considérer comme un renouvellement du genre, tout en s'inscrivant, naturellement, dans la tradition du conte fantastique.

Mais chacun ses goûts et ses appréciations !

Merci encore pour ta visite !

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Modifié par Alba

Posté(e)

@Alba

On pouvait dire… bien des choses en somme :

"Lucie et la pierre vivante" se présente comme une courte nouvelle fantastique dont la qualité première réside dans la subtilité de son écriture, la maîtrise du suspense, et l’originalité du thème abordé. L'auteur, en peu de pages, parvient à capter l'attention du lecteur, à l’intriguer et à le conduire dans une atmosphère où le réel et l’étrange s’entrelacent sans heurts.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci encore, Marc ! Ta plume est divinement fluide (mais il ne faut pas se contredire !) !

Ce qui m'a surtout intéressée, c'est ce surgissement du passé au coeur d'un présent bien prosaïque. Doté de toutes les séductions du rêve, de la beauté et du péril, il revient pour hanter cette jeune femme si facilement séduite, si facilement effrayée !

Cette passerelle virtuelle entre les temporalités, ce mystère, ces questions, et cette lourdeur d'un quotidien pesant, voilà qui m'a semble digne d'une publication sur ce site.

Encore mille fois merci !

(¬‿¬)

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je ne sais pas ce qui m’a le plus intéressé, cette histoire fantastique de tueur en série revenu du passé ou le dialogue entre @Marc Hiver et @Alba .

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Jeep !

Il y a bien des choses à dire sur cette nouvelle fantastique.

La jeune Lucie semble un modèle de lucidité et de clairvoyance. Elle est pourtant peut être aveuglée par les sentiments, comme le suggèrent à la fois son prénom et le final, fidèle à l'ambiguïté fantastique.

Sa jeunesse, ses désirs, sa solitude, sa surémotivité la poussent peut-être tout naturellement vers le fantasme et l'émoi.

"Peut-être qu’en fait, rien n’avait existé de tout cela. Mais qui aurait pu le dire ?" : un psychologue, un psychiatre, sans doute, si elle existait.

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une paréidolie hallucinatoire? Mais révélatrice de la malfaisance traumatique qui peut influencer notre perception des choses.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour ta visite sur cette fable, Thy Jeanin, un simple objet littéraire !

La littérature dans mes oeuvres n'a pas d'autre ambition que de divertir un moment !

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Modifié par Alba

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