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L'exil

Featured Replies

Posté(e)
  • Administrateur

Il existe des départs qui ne plient jamais les valises,

des traversées muettes qui laissent les rives à distance fixe,

des pas qui ne résonnent qu’au creux de soi-même,

et des silences drapés de villes pourtant jamais visitées.

 

Ainsi suis-je parti sans bruit, sans geste, sans saison connue,

vers un ailleurs trop semblable à l’envers du miroir.

Je loge désormais l’absence dans un mot sans contour,

comme on garderait un coquillage vide au fond de la poche.

 

L’ombre m’accompagne – non pas celle du corps au soleil,

mais l’autre, cette fêlure logée entre les battements.

Elle parle si peu mais  rature tout ce que je tente,

dessine des chemins qui s’effacent avant d’exister.

 

Certes, le vent passe, mais ne m’emporte jamais assez loin,

il tourbillonne autour de mes tristes pensées ankylosées.

Il me faut inventer des lieux irréels qui ne blessent pas,

avec des murs poreux aux souvenirs, aux flous, aux cris.

 

Mon exil n’a pas de frontière, ni de langue étrangère.

Il a cette saveur unique de l’eau qui dort sous la peau,

la lente morsure du doute quand le jour se lève,

et l’impossibilité d’habiter la joie même en plein été.

 

À m’écrire sans me lire, me relire sans me comprendre,

je suis devenu le brouillon inachevé de celui que j’étais.

Dans chacune de mes phrases, le vide dit la ponctuation,

et je suspends les points comme on suspend sa voix.

 

J’habite désormais l’écart, la béance, l’interstice flou,

là où plus rien ne peut s’attarder, où l’attente est bannie.

Ce n’est pas même l’oubli — c’est une dérive immobile,

sans port ni voilure, sans boussole ni terre à l'horizon.

 

Tant de secrets portés m’ont cousu une seconde peau,

faite de renoncements, de pudeurs, de mémoires floutées.

Mais parfois, au creux inattendu d’une nuit sans défense,

j’entends quelqu’un respirer dans cet exil — moi, vivant.

Modifié par Eathanor
Correction de fautes de frappe

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un très beau poème, d'une grande profondeur, en forme de confidence.

On est touché par l'émotion présente à chaque vers.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L'Exil même, en images de haut vol où l'écriture se trace elle-même. Le ton mélancolique n'empêche pas une chute presque positive: se retrouver. Seul.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ce sentiment d’être en exil de soi, qui ne l’a ressenti ? Mais il est exprimé dans ces vers avec profondeur et une rare intensité. Le poème se termine cependant par une réconciliation de l’auteur avec son moi intérieur, ce qui nous rassure !

Posté(e)

Poésie intime, cet intime dont les faiblesses font la force des poèmes sincères .

Posté(e)

Je partage le sentiment d'émotion des précédents commentateurs sur ce texte très personnel.

La souffrance d'être "en dehors" de tout et la solitude s'en dégagent à chaque ligne.

Mon interprétation de la fin est toutefois différente de ce que j'ai pu lire par ailleurs...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il est tant de vers émouvants dans ce poème profond et intense, @Eathanor

Pour n'en citer que quelques-uns...

Il me faut inventer des lieux irréels qui ne blessent pas,

avec des murs poreux aux souvenirs, aux flous, aux cris.

Il a cette saveur unique de l’eau qui dort sous la peau

Posté(e)

J'aime ce cri qui vient de l'intérieur et qui s'offre sans pudeur à nous, pauvres lecteurs, qui n'osent s'immiscer dans cette intimité que l'on ne saurait déchiffrer. Les "psy" écoutent mais ne parlent guère ...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Avec quelle profondeur et densité des mots vous saisissez le vide ressenti…

Un très beau moment de poésie @Eathanor

Posté(e)

La création n'est possible que dans l'exil. Ce poème l'exprime (le chante) à juste titre.

Posté(e)
Il y a 23 heures, Eathanor a écrit :

c’est une dérive immobile,

sans port ni voilure, sans boussole ni terre à l'horizon.

comme une ile

qui serait une prison...

Posté(e)

Un exil sans carte ni bagage, celui qu’on porte à l’intérieur quand le monde extérieur ne suffit plus. Une errance dans le silence et l’absence bouleversante de pudeur et de profondeur.

Posté(e)

@Eathanor

Oui, je est vraiment un autre... top !

  • 6 mois plus tard...
Posté(e)
Le 04/06/2025 à 18:37, Eathanor a écrit :

À m’écrire sans me lire, me relire sans me comprendre,

je suis devenu le brouillon inachevé de celui que j’étais.

Deux vers qui illustrent avec force le titre de ce poème, quelle que soit la forme de l'exil.

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